Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Un artisan du bâtiment profitait des chantiers pour dépouiller ses victimes

« Si je n’avais pas vu les images de la caméra de surveillance, je n’aurais jamais pu penser que c’était lui qui nous volait ! » dit une des victimes dans le hall du TGI. « Lui », cet homme touché-coulé par son divorce, qui début 2017 se retrouve sans domicile, endetté, et… Et quoi ? On ne sait pas vraiment, et lui non plus dit-il. Jugé ce jeudi 27 septembre en comparution immédiate, Jean X , 53 ans, a passé ces 18 derniers mois à voler, à gauche et à droite, 7 victimes se constituent parties civiles.

Les victimes en ont gros sur la patate car il avait noué des relations personnelles avec plusieurs d’entre elles. Avec d’autres, non, c’était juste des gens chez qui il entrait pour y travailler (artisan du bâtiment), et chez qui il retournait ensuite, passer la nuit, ou regarder des films. Il volait des tas de choses, pour les revendre, avec une prédilection pour les armes de collection, des jouets anciens. Il piquait aussi du numéraire, en fractionné, pour couvrir ses dépenses et besoins immédiats. Il ne s’est pas enrichi pour autant, mais un secteur entier de la Bresse était devenu une supérette à ciel ouvert (Beaurepaire-en-Bresse, Louhans, Vincelles, Branges, Saint-Usuge, Ratte).

Les gendarmes font le rapprochement avec d’autres plaintes

Le pire reste pour ceux qui l’avaient hébergé. C’est le cas de ce couple de restaurateurs. Jean avait chez eux une chambre, il mangeait dans leur restaurant, il avait les clés, il aidait au bar. Ils étaient comme amis, passaient des soirées ensemble, ils trouvaient Jean enjoué, pas déprimé du tout. Ce choc, à le regarder piquer dans la caisse sur la bande vidéo. Ils posent plainte à la gendarmerie, les gendarmes font le rapprochement avec d’autres plaintes. Ils géolocalisent son portable, repèrent sa Xsara (volée, elle aussi). Ils l’arrêtent.

« Je l’estimais vraiment, il n’est plus rien pour moi aujourd’hui »

Jean ne conteste rien ou si peu, « ce n’était pas malin, je regrette à fond, je présente des excuses ». Il regarde les parties civiles mais un des hommes mime un joueur de violon pour lui signifier que le pipeau, c’est bon, ça suffit. « Je l’estimais vraiment, dit le restaurateur, et je conçois qu’un divorce soit difficile, mais on lui a offert plein de possibilités pour redémarrer, et en réponse on a quoi ? Un coup de couteau dans le dos. Il n’est plus rien pour moi aujourd’hui. » « Moi aussi je l’ai nourri et hébergé, raconte une femme, et il prenait de l’argent la nuit dans mon porte-monnaie. »

« Il m’a dit ‘je ne parle pas avec les autres’, mais il va falloir qu’il s’y mette »

« J’ai fait l’autruche, dit le prévenu, et je me suis enfermé dans un système… » C’est plutôt qu’il en était sorti, du système, se mettant hors la loi en permanence, mais le mot important pour lui est « enfermé ». Il est allé jusqu’à contrefaire un chèque volé qu’il a déposé sur le compte de sa fille (il a 3 enfants) en l’endossant avec sa propre signature… « C’est quelqu’un qui est passé sous l’eau, plaide Maître Leray Saint-Arroman. Il m’a dit ‘je ne parle pas avec les autres’, mais il va falloir qu’il s’y mette, ça préserverait de la récidive. Il aurait sans doute suffi d’un rendez-vous avec une assistante sociale pour trouver des solutions à tout, mais… Les personnes victimes se disent trahies, à juste titre. »

« Il a profité de l’hospitalité des autres »

C’est là-dessus que le vice-procureur Charles Prost a requis : « Il a profité de l’hospitalité des autres », « confiance trahie ». En mars 2017, à plus de 50 ans, le prévenu s’était créé un casier judiciaire. Deux jugements le même mois, l’un pour abus de confiance, l’autre pour falsification de chèques : 1 mois de prison avec sursis, et un sursis mis à l’épreuve (5 mois de prison à la clé). Mais Jean n’indemnise pas les victimes, « je ne pouvais pas, je n’en avais pas les moyens », et ne se rend plus aux convocations chez son conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation. Résultat : les 5 mois de prison sont révoqués, et furent mis à exécution ce matin-même.

« Je vais payer », « Avec quoi ? » s’exclame une des parties civiles

Cet homme ne se défend pas, ne proteste nullement. Il reste là, à subir un peu l’audience. Le voilà détenu, quelle que soit la peine à venir, et il ne sait pas pourquoi il a fait tout ça. Comment voit-il l’avenir ? lui demande la présidente Chandet. « Je vais payer. (« Avec quoi ? » s’exclame une des parties civiles) Je vais me remettre dans le droit chemin. » Curieuse expression que celle du « droit chemin » quand on sait à quoi ressemble la vie, qui n’a rien de droit, quand bien même on respecte les lois. Jean mouline des mains pour signifier au tribunal le méchant taboulé qu’il avait concocté. « Je suis tombé dans un système », répète-t-il.

14 mois de prison ferme en tout

Le parquet avait requis 2 ans de prison dont 1 an ferme avec maintien en détention, puis un sursis mis à l’épreuve avec des soins, l’obligation d’indemniser les victimes. « Il se dit solitaire alors que paradoxalement il était très entouré », relevait son avocate. Sur quoi reposent des relations ? Jean garde ça pour lui.

Le tribunal le condamne à 18 mois de prison dont 10 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve pendant 2 ans. Obligation de travailler, de voir un psychologue, d’indemniser les victimes. Le tribunal révoque le mois de sursis de mars 2017, donc, avec la peine mise à exécution ce matin, ça fait 14 mois de prison ferme. Renvoi sur intérêt civil en février prochain pour les parties civiles. « C’est triste, cette histoire » dit l’une d’elles.

Florence Saint-Arroman

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