Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Une histoire des dents de la mer canin

« Cette histoire, c’est les dents de la mer, mais avec un chien. » Une femme qui assiste à l’audience de comparution immédiate ce lundi 19 novembre résume ainsi le dossier. « Les dents de la mer, mais avec un chien » : le 11 août dernier, dans un village entre Louhans et Lons-le-Saulnier, le pitbull de madame X s’échappe de son enclos et attaque une dame, une voisine. Quand on l’a héliportée, son pronostic vital était engagé. Mordue sans relâche par l’animal déchaîné, elle a perdu beaucoup de sang et doit sans doute la vie à l’intervention courageuse d’une autre voisine, blessée au bras.

« Cette histoire, c’est les dents de la mer, mais avec un chien. » Une femme qui assiste à l’audience de comparution immédiate ce lundi 19 novembre résume ainsi le dossier. « Les dents de la mer, mais avec un chien » : le 11 août dernier, dans un village entre Louhans et Lons-le-Saulnier, le pitbull de madame X s’échappe de son enclos et attaque une dame, une voisine. Quand on l’a héliportée, son pronostic vital était engagé. Mordue sans relâche par l’animal déchaîné, elle a perdu beaucoup de sang et doit sans doute la vie à l’intervention courageuse d’une autre voisine, blessée au bras.

C’était mi-août, et la victime principale, madame P. nous dit (pendant le délibéré), 3 mois plus tard, que « ça ne fait que 15 jours que je peux me regarder dans une glace ». Elle a cru mourir sous les crocs, elle en garde le visage abîmée (un morceau de lèvre), une oreille (un morceau aussi), son décolleté n’est plus que cicatrices, lacéré, et c’est pareil sur son ventre, sur ses cuisses, sur sa nuque. Puis elle pose sa main droite à plat : on a dû l’amputer de plusieurs phalanges, « deux doigts sectionnés » lit le président Therme. Il y a deux ans, ce même pitbull avait attaquée son chien, et l’ambiance dans ce coin du village s’est tendue, « deux ans de passages chez les gendarmes pour poser plainte, mais ils ne voulaient pas ».

« Il est fait état de comportements antérieurs agressifs du chien »

L’ambiance empoisonnée est palpable dans la salle d’audience. La prévenue, 39 ans, s’est installée avec une jeune fille sur la partie droite des bancs, et le clan d’en face occupe la partie gauche. Les parties sont adverses et ça ne date donc pas d’hier, ni même d’août, aussi la prévenue doit-elle faire face au tribunal et aux ondes hostiles, est-ce cela qui la rend si défensive ? « Il est fait état de comportements antérieurs agressifs du chien, dit le Président. – Peut-être, mais après, ça reste un chien. C’est un chien de garde, de catégorie deux. Je sais ce que j’ai entre les mains, c’est pas un caniche ! » Ce qu’elle « avait entre les mains » : son american staff a été euthanasié. Après une courte garde à vue, elle fut placée sous contrôle judiciaire jusqu’au jugement. Elle travaille dans le Jura.

« Elle se servait de son chien pour nous faire peur, c’est elle qui l’a rendu comme ça »

« Je suis désolée de ce qui s’est passé, dit-elle d’un ton neutre. Il y a eu un concours de circonstances. » Elle a subi en août une coupure d’électricité et a dormi ailleurs pendant quelques jours, passant seulement nourrir son chien. Le 11 août, trop tard : une mer de sang, les gendarmes, les pompiers, le SAMU, et tous les proches voisins, choqués. Son avocat, maître Benjamin Marraud des Grottes (barreau du Jura) verse aux débats des attestations favorables, qui décrivent ce chien comme « gentil, doux, affectueux ». En face on produit des témoignages qui disent « elle se servait de son chien pour nous faire peur, c’est elle qui l’a rendu comme ça. » On dit qu’elle le sortait parfois sans muselière, on dit qu’un jour elle lui a mis un coup de poing dans la tête pour le faire obtempérer. On dit des tas de choses sur ce qui était depuis deux ans vécu comme une menace par les riverains.

« Par sa négligence, la clôture est restée vétuste et sommaire »

Il n’y a plus de menace, mais madame P. a perdu son intégrité corporelle. « Elle a un préjudice esthétique et ne peut plus écrire, elle parvient seulement à signer, c’est tout », intervient maître Grenier pour les deux victimes. Angélique Depetris, substitut du procureur, est très claire : indépendamment de tous témoignages, la responsabilité de la propriétaire du chien est engagée, car « c’est par son imprudence qu’elle a permis à son chien d’aller attaquer. Dix mois auparavant on lui avait demandé de faire quelque chose, mais par sa négligence, la clôture est restée vétuste et sommaire. La loi prévoit jusqu’à 3 ans de prison. Quelle est la peine la plus juste, eu égard à la prévenue ? (1 condamnation au casier, pour conduite sous l’empire de stupéfiants, ndla) Quelle est la peine la plus juste pour les victimes, la peine qui réparera ? Il n’y en a pas. Dans ce domaine, la seule chose qui importe, c’est la prévention. » Elle requiert 15 mois de prison avec sursis, et l’interdiction de détenir un animal pendant 5 ans. La prévenue, assise, bras croisés, visage fermé, ne bronche pas.

Plus de 31 000 euros de frais médicaux

Le tribunal condamne madame X à 12 mois de prison avec sursis et à l’interdiction de détenir un chien pendant 5 ans. Elle doit verser 3 000 euros de provision à la victime principale et 1400 euros pour les frais d’avocats des deux victimes. Le tribunal ordonne expertise médicale pour madame P. et renvoie sur intérêts civils en mars pour fixer des montants d’indemnités. La CPAM a déboursé plus de 31 000 euros pour les soins que madame P. a reçus.

Un sinistre remake canin des « dents de la mer »

Celle-ci nous a parlé un peu pendant le délibéré, entourée de ses voisins. Son mari est malade, elle s’en occupe, or le 11 août on a dû l’hospitaliser aussi, qui s’en serait occupé ? Elle veut dire sa gratitude, elle y tient. « Ce qui m’a touchée, c’est quand ma voisine est venue me voir à l’hôpital. Et faut dire qu’à Dijon, à l’hôpital François Mitterrand, ils sont super, et tous les services le sont, et tout le personnel est merveilleux, il faut le dire. Je leur dis merci. » Tous ceux qui ont assisté à la scène du 11 août restent choqués d’avoir assisté, horrifiés, à un sinistre remake canin des « dents de la mer » dans leur village. La propriétaire du chien n’a pas pris une seule fois des nouvelles des victimes.

Florence Saint-Arroman

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche