Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Renvoi de jugement parce que les avocats chalonnais étaient en grève

Les avocats du barreau de Chalon étaient en grève ce jeudi 22 novembre*, aussi maître Marceau a-t-il immédiatement demandé un renvoi pour le jugement de son client. Un homme de 52 ans qui fut placé sous contrôle judiciaire le 20 septembre dernier. Il sera jugé pour « violence aggravée par deux circonstances, suivie d’incapacité supérieure à 8 jours », le 21 juin à Chalon-sur-Saône. Ce monsieur avait intégré le dispositif d’accompagnement renforcé individualisé (AIR) porté par l’association enquête et médiation (AEM) et voilà pas que l’AEM a demandé à être déchargée de la mesure. Emotions en salle d’audience.

Le parquet, compte-tenu du motif de la grève des avocats, ne s’oppose pas au renvoi, mais le tribunal doit statuer sur les mesures de sûreté concernant le prévenu dans l’attente du jugement. « Je vous demande de le placer sous contrôle judiciaire, sans la tutelle de l’AEM pour le suivi AIR, car les chargés de mission se sont aperçus que c’était peine perdue (la chargée de mission, dans la salle, se mord la lèvre inférieure : l’expression est maladroite). Il faut donc des conditions strictes » requiert le substitut du procureur.

La chargée de mission : « On n’arrive pas à accompagner monsieur dans le soin. Ses troubles psychiatriques l’empêchent d’accéder aux soins comme il devrait. Il est sur liste d’attente pour rentrer au pavillon Emeraude à l’hôpital de Sevrey. » Le curateur (le prévenu est sous curatelle renforcée) : « Effectivement il a besoin de soins et c’est compliqué à mettre en place. - Qu’en pensez-vous ? demande la présidente Therme au monsieur en question. – Moi je souhaite avoir une hospitalisation à Sevrey puis partir en postcure, pour 3 mois. Je voudrais m’en sortir une fois pour toute. »

Ce monsieur est alcoolique au point de se présenter parfois alcoolisé à l’AEM pour ses rendez-vous quotidiens, ce qui empêche tout travail constructif dans l’immédiat. Et pourtant, il y va, chaque jour. Ce point est important pour son avocat : « Je ne suis pas forcément pour que ce suivi s’arrête. Ça pouvait lui faire du bien de se sentir encadré, d’y passer tous les matins, même s’il y passait déjà alcoolisé. Mais si tout le monde veut se décharger de monsieur… Il est ancré dans une profonde dépression, il a une pathologie lourde, mais je vois du mieux quand je le reçois en rendez-vous. »

Le tribunal se retire pour statuer, et ce monsieur va se rasseoir dans la salle, à côté de son curateur. Il semble profondément malheureux, profondément. Ses yeux bleus, délavés, semblent s’éclaircir davantage encore sous l’effet de l’eau lacrymale qui les baignent : il a un chagrin, une peine qu’il refoule à grand peine. Ses yeux donnent une lumière à son visage raviné, plissé de rides et de cernes, qui dit sa douleur : l’AEM ne veut plus de lui, alors que lui, il veut de l’AEM.

La chargée de mission et son avocat se rapprochent de lui. Ils sont debout, il reste assis, à achever de ses doigts les quelques larmes qui se sont échappées malgré sa volonté de ne pas pleurer. On lui explique que tout ne s’arrête pas avec l’arrêt du suivi, qu’il est sur liste d’attente à l’hôpital, mais que quand même, s’il y mettait de la volonté, ça irait mieux. « Vous avez vu, mon impulsivité, les progrès ? » Oui, on le rassure qu’on a vu, mais on lui rappelle qu’il s’est dérobé aux soins à chaque fois qu’ils furent possibles et que ça, personne à part lui n’y peut rien. On lui rappelle aussi qu’il risque la détention s’il y avait un pépin pendant son contrôle judiciaire.

Le tribunal revient. Ce monsieur sera jugé dans un mois, et d’ici là, son contrôle judiciaire est maintenu avec ses modalités actuelles, il est donc maintenu par décision du tribunal dans le dispositif AIR, et si cela n’assèche pas son alcoolisme, au moins cela devrait-il apaiser son chagrin. Il y avait une détresse en lui, qui ne pouvait être feinte, à l’idée de perdre le contact.

Florence Saint-Arroman

*Le barreau de Chalon a voté un jour de grève pour protester contre une réforme de la justice votée en ce moment même à marche forcée à l’assemblée nationale, une réforme visant, c’est l’argument marketing, « une justice plus rapide, plus efficace et plus moderne » (il ne manque que « plus jeune » pour qu’on ait la totale du management dominant), argument auquel les professionnels du droit ont opposé pas mal d’objections de fond. Aussi, ce matin, les avocats présents au TGI de Chalon-sur-Saône ont-ils découpé à la hâte des rabats jaunes pour une photo de groupe en clin d’œil qui pourrait signifier que la solidarité dont les gilets jaunes disent se réclamer est au moins entendue ici, ou qui pourrait signifier que personne n'est dupe de la surdité délibérée au plus haut niveau de l'Etat.

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