Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 32 ans et déjà 20 condamnations et il y retourne

Un produit de la prison. Encore un. Il est dans sa 32ème année, mais « à chaque fois que je suis sorti de prison, le peu de fois que je suis sorti, j’ai toujours trouvé du travail. Ça a empêché de me remettre en prison ? Non. Pourquoi on en rajoute à la vérité ? Y a ce que j’ai fait, et c’est tout. » O. M. est jugé ce jeudi 29 novembre pour une série d’infractions (violences, rébellion, outrages, menaces) commises au sein même du palais de justice puis pendant son transport au centre pénitentiaire.

Le 11 octobre il est interpellé pour conduite sans permis. Le lendemain on le déferre pour cela mais aussi pour outrage et refus de se soumettre aux analyses (alcoolémie). Dans le bureau de la substitut du procureur, ça se passe déjà difficilement. « On se comprenait pas, je voulais me faire entendre. » On lui notifiait alors qu’il serait jugé le 27 décembre pour ces faits-là, mais on mettait en même temps une peine antérieure à exécution : l’escorte de policiers allait devoir l’emmener à Varennes, il y resterait jusqu’en mars.

Il voulait fumer, mais on ne trouve pas de briquet…

La police le redescend dans le garage, et là « il part en live » dit le substitut du procureur Dominique Fenogli. « Monsieur (le prévenu désigne la victime principale de l’équipage qui est dans la salle, les deux autres sont requis par leurs obligations de service) se permet de me parler de ce qui s’est passé dans le bureau, mais ça le regarde pas ! Il a rien à me dire ! En bas, il me fait une morale, mais c’est juste lui, pas les deux autres. C’est un mensonge, les violences. » Il voulait fumer, les policiers étaient ok, mais dans sa fouille on ne trouve qu’une cigarette sans briquet. Pas de feu… pas de clope. Il refuse de monter dans la voiture. Menotté, il se sert de ses pieds pour bloquer son passage, l’équipage doit littéralement le porter puis le contraindre à rentrer. « Moi j’ai tendance à croire les policiers, dit le procureur. – Ben voilà ! s’exclame le prévenu, sur le ton ‘évidemment, c’est toujours comme ça, et c’est ainsi que je me retrouve en prison’. »

« On ne crache pas sur l’autorité »

« Et d’une, dans la voiture, je ne portais pas de ceinture. De deux, j’ai tapé personne. J’étais énervé, j’ai gueulé, j’ai insulté, c’est tout. » Au sortir du trajet, au cours duquel le conducteur a dû s’arrêter deux fois tellement c’était violent dans l’habitacle, les policiers procèdent aux formalités administratives de son entrée, le prévenu est dans une cellule provisoire : il crache sur sa cible, visiblement le chef de l’équipage, « comme une bénédiction, risque poétiquement le substitut, mais c’est le summum. On ne crache pas sur l’autorité ». Le policier a en outre une entorse, poignet et pouce. Le prévenu lui en veut à tel point que lorsque sa victime s’exprime à la barre, c’est plus fort que lui, il ferme d’abord le poing droit, et a tôt fait de se retrouver les deux poings en boule. Sa respiration est courte, il est tendu dans sa direction. Quand le procureur requiert 15 mois de prison avec mandat de dépôt, il ne bronche pas.

L’ex-enfant placé en foyers, puis en centre éducatif fermé

  1. M veut donc, il l’a dit, se faire entendre, mais du coup il n’entend pas grand-chose lui-même. « Moi j’ai demandé à voir un infirmier en psychiatrie, puisqu’on me dit que je suis violent. Mais avec toutes vos condamnations, j’ai jamais eu d’obligation de soins, de suivi. - Votre casier judiciaire, monsieur, comporte 22 mentions dont 20 condamnations. Ça commence au tribunal pour enfants. Dégradations, vols avec violences, violences, menaces de crime, etc. » La présidente Grosjean entreprend de lui démontrer que si, il a eu des suivis, pendant sa minorité et après sa majorité. Elle le fait avec beaucoup de minutie, elle prend le temps, et le rageux s’apaise un instant : on lui parle de lui, posément, et ça l’intéresse. Au cours de l’audience il dira une chose vraie. Vraie pour lui, donc vraie. C’est l’ex-enfant placé en foyers, puis en centre éducatif fermé, qui parle, suivi ou pas, accompagné ou pas : « Moi je me suis débrouillé tout seul, on m’a pas aidé. »

« Fallait-il partir, dans ces conditions ? C’était risqué pour l’équipage »

Dans le sillage du substitut et de sa pointe de poésie, maître Diry choisit une attaque de plaidoirie proche des surréalistes : « Un palais de justice n’est pas une boulangerie, c’est un lieu générateur de stress. » Il évoque le malheureux mineur qui s’est jeté d’une coursive du nouveau tribunal de Paris* il y a 8 jours, et en profite pour verser au débat les conditions dans lesquelles « seulement trois hommes ont eu à maîtriser monsieur puis à le transporter dans une Mégane, ou une Clio. Fallait-il partir, dans ces conditions ? C’était risqué pour l’équipage. Une telle audience pouvait être évitée : on peut comprendre que monsieur ait eu des réactions violentes puisqu’on l’incarcérait, et cela a donné lieu à un rodéo dangereux pour tout le monde. On n’a pris soin de personne : ni de lui, ni des policiers. »

« Toi, tu vas voir, enfoiré ! Tu vas voir, toi, à ma sortie de prison »

Le tribunal déclaré O. M. coupable de tous les faits, et le condamne à 18 mois de prison dont 12 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Pour les 6 mois ferme, le tribunal décerne mandat de dépôt. « Vous aurez donc un suivi, veut lui expliquer la présidente, avec obligation de soin, et… » Il l’interrompt. Il est énervé. Il fixe le policiers assis en civil dans la salle, il s’adresse à la présidente : « C’est vous qui me rendez nerveux. » Il lance au policier : « Toi, tu vas voir, enfoiré ! Tu vas voir, toi, à ma sortie de prison. » Son escorte est déjà debout, le fait sortir du box. « … interdiction de contact avec les victimes, ça tombe bien, poursuit la juge, obligation de travailler et d’indemniser les victimes ». Elle demande à la greffière si elle a bien acté les menaces.

Florence Saint-Arroman

Maître Mirek a pris la parole pour les trois victimes, leur mission d’escorte ce jour-là, « ce n’était pas les mêmes que ceux outragés la veille ». Elle demande des indemnités. Le tribunal accorde 500 euros chacun à deux policiers, 1200 euros à la victime principale.

*Tribunal de Paris : on trouve (hélas, d’un certain point de vue) sur Twitter des vidéos qui montrent la scène au cours de laquelle le corps du jeune homme, suspendu dans le vide, est retenu par les policiers qui l’escortaient, mais les mains étaient moites, ça glissait (et le garçon battait des pieds pour qu'on le lâche), le corps chute. On y voit aussi, et c’est intéressant, l’intérieur de ce palais qui évoque un vaste centre commercial tout de blanc et de plexiglas, avec des escaliers et des coursives à la pelle, dans un espace ouvert incroyablement gigantesque. Le lieu est angoissant rien qu’à le voir, on s’interroge (et encore plus à Paris qu’ici évidemment) sur les choix d’architecture et leur validation, mais aussi sur les procédures : état de choc et de stress pour tous ceux qui y travaillent. Un palais de justice n’est en effet ni une boulangerie, ni un centre commercial.

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