Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « Pourquoi j’aurais fait ça au dentiste ? C’est même pas le mien ! »

La présidente Verger lui avait bien dit qu’il serait jugé le 26 novembre, mais ce n’est pas le genre à avoir un agenda, et puis de toute façon il apparaît au rôle de ce jeudi 29, ainsi que deux avocats. Il n’est pas là, les avocats non plus. Incarcéré le 11 octobre pour avoir volé 30 euros au local du PS de Chalon, il a été élargi il y a une semaine, le 22 novembre. Où est-il passé ? Mystère et boule de gomme.

E.G. est un voleur. On l’écrit ainsi parce que c’est le genre à nourrir les stats à la hausse quand il est dehors. Polytoxicomane (addict à l’alcool, aux médicaments, au cannabis), sans domicile fixe, il aura 53 ans le 10 décembre prochain. Le parquet avait tenté le coup de l’insérer dans le dispositif d’accompagnement individuel renforcé (AIR – on peut lire le compte rendu de l’audience du 11 octobre ici : http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2018/10/12/39982/tribunal-de-chalon-il-avait-fracture-le-local-du-ps-et-mis-la-main-sur-30-euros/) mais ça n’a pas tenu, il ne donnait pas les moyens à la chargée de mission de faire son travail, avec lui. Il fauche à tour de bras tout ce qui peut lui procurer un peu d’argent : sacoches, portefeuilles, moyens de paiement, tout.

Ce jeudi 29, ça cafouille un peu parce que E. G. est convoqué pour deux séries de faits, deux dossiers. Que peut-on juger en son absence ? Les magistrats (juges et procureur) en parlent entre eux. La présidente Grosjean recherche les citations à comparaître, « on a des signatures, mais comme ce monsieur ne signe jamais de la même manière… ». De plus E. G. avait bien dit ne plus avoir d’adresse postale : sa mère ne veut plus de lui (il a plus de 50 ans, faut dire). Comme c’est la seule adresse connue, on s’en sert, mais le destin de ces courriers reste improbable. Dans l’un des dossiers, il y a une utilisation frauduleuse de carte bancaire. Le tribunal renvoie devant une composition collégiale (3 juges), « ça va être difficile de citer ce monsieur qui n’a pas d’adresse », et décide de juger le second dossier.

La seule victime présente va pouvoir rentrer chez elle. Le vol de son portefeuille en janvier 2016 a entraîné son lot de soucis et ses coûts, si ce monsieur veut être indemnisé, qu’il envoie ses justificatifs au tribunal. C’est déjà fait, depuis longtemps, on passe donc au second dossier : le 19 septembre dernier, en soirée, un jeune homme qui guette de sa fenêtre l’arrivée de sa copine assiste au manège de E. G. à l’extérieur qui finit par prendre une plaque d’égout et s’en sert pour défoncer la porte d’un cabinet dentaire. Un second témoin l’a croisé dans l’escalier et le décrira. Quelques jours plus tard il le recroise dans le quartier, prévient la police, on l’arrête. Pendant la fouille il tente de se débarrasser d’une carte bleue, c’est celle d’une femme. Il l’avait volée dans sa boîte aux lettres, il a une clé-passe de la poste…

En dépit de tout, E. G. commence par contester, et trouve un argument qui ne manque pas de bon sens : « Pourquoi j’aurais fait ça au dentiste ? C’est même pas le mien ! » Le cabinet dentaire a été indemnisé par son assurance (660 euros la porte). Bref, le voleur attrapé finit par reconnaître. Le substitut du procureur Dominique Fenogli requiert 6 mois de prison et un mandat d’arrêt.

Le tribunal condamne l’absent à 6 mois de prison ferme, ne décerne pas de mandat d’arrêt. Il va falloir signifier à ce monsieur sa future nouvelle convocation en correctionnelle, ainsi que cette nouvelle condamnation. Vu son mode de vie, asservi à ses besoins (cigarettes, cannabis, alcool et médicaments, et manger, parfois), la police finira bien par le croiser.

Florence Saint-Arroman

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