Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Veuf, il avait sombré dans l'alcool avant de cumuler les infractions au code de la route

Son avocat le mène par la main. A petits pas, jusqu’à la barre. Maître Varlet le laisse s’y tenir, puis lui apporte une chaise. Ce monsieur est né en 1942. Il est devenu alcoolique, et ça le soule que tout le monde lui tombe sur le râble à cause de ça, alors qu’il n’a jamais tué personne, au volant de sa voiturette.

Il n’a jamais tué personne mais comme il est absolument interdit de conduire sous l’empire de l’alcool il a été condamné pour cela en 2007, en 2017, puis en septembre 2018. Il est depuis en sursis mis à l’épreuve, son permis a été annulé, et il a l’interdiction de conduire « tout véhicule terrestre à moteur » pendant 2 ans. Du coup quand les gendarmes le repèrent au volant d’une voiturette, le 4 décembre dernier, ils le contrôlent. Il semble alcoolisé, il l’est (presque 1 g d’alcool par litre de sang). « Vous reconnaissez ? » lui demande la présidente Verger. « J’avais combien ? » répond-il. La présidente sourit. « Vous vivez seul, vous avez l’habitude d’aller chercher le journal chaque matin, et de boire un ballon de blanc ou de rosé. » Silence.

« Mais qui a les clés de ma voiture ? »

« Vous ne vous souvenez pas que vous aviez versé votre véhicule, une fois, et qu’on a dû vous désincarcérer ? » Silence. « C’est dangereux pour vous et pour les autres. Votre fils était là qui a fait le nécessaire pour que clé et carte grise ne soient plus accessibles. – Qui les a ? - Il faut que quelqu’un prenne soin de vous, poursuit la juge. – Mais qui a les clés de ma voiture ? » Lors de la première comparution, le 6 décembre, le tribunal a ordonné une expertise psychiatrique. « Impact cognitif lié à sa consommation d’alcool », « est dans le déni », « dangerosité pour sa santé à cause de ses chutes », « difficile d’organiser des soins vu son âge, son manque d’autonomie » et vu son déni : maître Varlet le plaidera, comment soigner quelqu’un qui n’en fait pas la demande ? qui n’en ressent pas le besoin ? qui ne voit pas pourquoi ?

Grignoté par l’alcool

L’expert psychiatre retient une « légère altération du discernement » au moment des faits, en raison de ses troubles neuropsychiques. L’alcool lui a grignoté une partie du ciboulot et sa faculté à tenir sur ses deux jambes aussi, mais « voyez-vous, madame la présidente, mesdames du tribunal, monsieur n’a pas toujours été comme ça ». Maître Varlet va restituer à ce vieux monsieur sa dignité dissoute dans le vin. Il l’avait pourtant confronté sèchement pour lui faire dire que des copains lui apportent désormais de la boisson chez lui, et le prévenu a concédé mais l’avocat lui rend toutes ses dimensions dans sa plaidoirie, et c’est plutôt émouvant puisque les facultés perdues ne reviendront pas.

Sa femme décède, son casier commence

« Monsieur a travaillé toute sa vie. Jeune il a rencontré celle qu’il épouse en 1968. Elle l’a accompagné, toujours, et elle disparaît il y a 10 ans : c’est là que commence le casier de monsieur. Un drame, une grande peine, et il devient alcoolique. Avant de l’être il était très sportif, il s’est abîmé (la formule est jolie car elle évoque à la fois l’abîme dans lequel on tombe et les dommages qui en résultent, ndla). Et, seul dans cette petite commune de Bresse où un véhicule est nécessaire pour la moindre chose, il a commencé à avoir des copains de bistrot, ceux qui lui disaient bonjour, ceux qui s’enquéraient de sa santé, il a eu un mal fou à se défaire de ces liens. Vous ne pouvez pas l’empêcher de boire, vous ne pouvez que lui interdire de conduire. » Damien Varlet souligne la bienveillance qui entoure ce vieil homme qui n’a pas survécu au décès de sa femme : celle des gendarmes, celle de sa sœur.

« Il faudrait une mesure de protection civile »

Le juge d’application des peines a transmis un rapport : le suivi de la mise à l’épreuve court jusqu’en 2020, mais il ne reconnaît pas sa conduite addictive, ne comprend pas l’interdiction de conduire. Il a été hospitalisé récemment : il a des difficultés désormais pour marcher, et un début de signes de démence. A cause de ces troubles, le JAP est défavorable à une révocation de sursis. Pour ces mêmes raisons, au fond, le substitut du procureur, Dominique Fenogli, requiert que le tribunal lui interdise de conduire tout véhicule pendant au moins 3 ans, et qu’on adosse une peine de prison au cas où. « Il faudrait une mesure de protection civile », conclut-il.

Condamné à une interdiction de conduire

Le tribunal constate l’altération du discernement, et condamne ce veuf chancelant à une interdiction de conduire pendant 3 ans (6 mois de prison en cas de manquement). Il ordonne la confiscation du véhicule, et monsieur, désormais reclus, comme assigné à domicile puisqu’il vit à la campagne, repart, à pas menus et incertains, au bras de son avocat.

Florence Saint-Arroman

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