Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 60 ans, déjà 23 condamnations pour exhibitions sexuelles et il a remis ça à l'occasion du Carnaval de Chalon

« Ah, ça tourne pas rond, là-dedans… Même moi j’en ai marre d’aller en prison. » Il en a trop marre. Il aura 60 ans en juin, il a 23 condamnations dont la majorité pour « exhibition sexuelle » et il a remis ça pendant le carnaval à Chalon-sur-Saône, hier dimanche 3 mars. Deux personnes voient cet homme se masturber, voient son sexe, le signalent à la police, donnent son signalement. Etat de récidive légale : comparution immédiate ce lundi 4.

« Avez-vous pratiqué des gestes masturbatoires sur la voie publique ? »

Que dit le prévenu ? « C’est vrai, mais je me suis mis à boire vers 19 heures, à côté du palais (de justice), et puis… moi j’ai vu personne. – ça s’est passé ou pas ? doit insister le président. – Moi j’ai vu personne. – Avez-vous pratiqué des gestes masturbatoires sur la voie publique ? insiste à nouveau le président. – Inconsciemment, lâche le prévenu. » Le parquet a retrouvé trace d’autres faits, il y a un an, en mars 20185 : monsieur se trouvait sur le parking d’un centre commercial, mais cette fois-ci se masturbait « dans le pantalon » rapporte le président. Détail important grâce auquel maître Marceau emportera une relaxe. Pourtant les deux femmes qui l’avaient alors vu sont présentes, et entendaient « sur le conseil de l’AMAVIP, demander un renvoi sur intérêt civil », peine perdue.

« Altération du discernement »

Reste que la juridiction a un problème sur les bras : un homme vieillissant qui passe le plus clair de sa vie sur un mode alternatif prison/exhibition, prison/exhibition, prison/exhibition. En plus il s’est remis à boire, et l’expert psychiatre en 2018 concluait à une « évolution défavorable », « infraction associée à la reprise de l’alcool laquelle est inadaptée avec son traitement médicamenteux », « altération du discernement ». Le tout chez un homme qui reconnaît du bout des lèvres et parce qu’on insiste, sortir son bigoudi « inconsciemment », et soutient ne pas être alcoolique, « c’est juste que si j’ai un problème ou une crise d’angoisse, j’en bois 6 ou 7. »

22ème comparution pour exhibition sexuelle

Il perçoit l’allocation pour adulte handicapé et est hébergé à tour de rôle chez des membres de sa famille, laquelle n’en peut mais, du reste personne n’est là pour son jugement. « C’est la 22ème fois que monsieur comparaît pour des faits d’exhibition sexuelle. On le connaît. Il ne sait pas pourquoi il fait ça, et il a du mal à reconnaître. Tout a été essayé, requiert Marie Gicquaud, substitut du procureur. Tous les SME ont été révoqués depuis 2011, il y a eu deux suivis socio-judiciaires. La solution, je ne l’ai pas. Il ne se maîtrise pas à l’extérieur. » Elle demande 12 mois de prison avec mandat de dépôt, et révocation du sursis de 2017. Le prévenu est tout triste.

Castration chimique ? Il faudrait qu’il la demande

La substitut évoque, comme le reprendra l’avocat, « des traits abandonniques » sans entrer dans les détails. Façon pudique de désigner ce qui rend cet homme si impudique. Maître Marceau pense avoir trouvé une clé : « Il a vécu une succession d’abandons, par son père, par des femmes, et il fut victime d’un exhibitionniste. Ça dépasse la raison mais ses passages à l’acte sont contraphobiques, ils l’aident à vaincre sa peur des femmes et sa peur de l’exhibition. » Plaidoirie culottée (elle) qui va jusqu’à ranger ce malheureux client dans la lignée des exhibitionnistes « fameux », dont le philosophe Jean-Jacques Rousseau serait un fleuron : il montrait son derrière en toutes occasions, à cause d’une fessée reçue qui l’aurait traumatisé. L’avocat hélas ne cite pas ses sources, et propose une « castration chimique » à laquelle nul ne pourrait contraindre son client (et dont Jean-Jacques Rousseau n’aurait pas voulu).

« Alors je me suis retrouvé tout seul » - Mandat de dépôt

Le tribunal condamne l’exhibitionniste compulsif à 1 an de prison, prononce le mandat de dépôt « compte-tenu du nombre de condamnations antérieures ». Il sera incarcéré dès la fin de l’audience. Renvoi sur intérêt civil en mai pour les deux personnes ayant vu furtivement son sexe alors qu’elles allaient profiter du défilé ce dimanche. Le prévenu a dit exactement ce qui fut la cause de son malheur ce week-end : « Je ne pouvais pas aller à l’organisme (il est suivi, il parle d’un des lieux où l’on s’occupe de lui), parce qu’il était fermé, le samedi et le dimanche. Tout était fermé, alors je me suis retrouvé tout seul. »

Florence Saint-Arroman

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