Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Au volant d'une voiture volée, remplie d'objets volés, il avait été interpellé aux Près Saint Jean

« Vous n'êtes pas un bandit de grand chemin », dit le président. « Être une petite frappe suffit à pourrir la vie des autres », répond la vice-procureur. Il a 18 ans depuis quinze jours. Avant-hier, à Chalon-sur-Saône, il a fui la police d'une façon spectaculaire et dangereuse au dernier degré pour tout le monde. Sans permis de conduire, au volant d'une voiture volée chargée jusqu'à la gueule d'objets volés eux-aussi, il a tracé à 80 km/h voire 100 km/h en ville, en plein après-midi. Il grille un feu rouge, un stop, saute un trottoir, emprunte pelouses et chemin piétonnier. « Circonstances surréalistes », dit le président.

« Ça commence comme Taxi et ça finit en Grand bleu »

Ce qui arrête le prévenu : un accident finalement avec la BAC, les voitures s'accrochent. Le gamin file en courant, « c'est totalement débile, il n'y a pas d'autre mot ». Il finit sa course dans le lac des Prés Saint-Jean, deux policiers s'y engagent pour l'arrêter. « Ça commence comme Taxi et ça finit en Grand bleu », résume le parquet. On frémit un peu en songeant au fond de ce lac dont on connaît les dangers, d'autant que le garçon ne se laisse pas embarquer sans résister, sans essayer encore et encore de se soustraire... Pourquoi ?
Ce garçon est suivi par la PJJ*. « Vient d'un milieu familial défavorable », dit un rapport, « c'est sûr que c'est pas facile quand on a un atavisme familial chevillé au corps », dit la vice-procureur. Il était sous contrôle judiciaire mais a manqué un rendez-vous. Son éducatrice à la PJJ lui dit qu'il y aura des conséquences à ce manquement. Il interprète illico la phrase de la manière suivante : il va retourner en prison. Il vient d'y passer 1 mois, au quartier des mineurs. Il avait refusé le centre éducatif fermé. A partir de là que fait-il ? « Il découche, explique maître Pierre Ndong Ndong. Il ne dort plus chez ses parents, il dort ici ou ailleurs, beaucoup dans sa voiture, de peur qu’on le trouve et qu’on l’incarcère à nouveau. »

Les principales victimes sont frappées au cœur

Bon. Ce n'est pas sa voiture, il l'avait volée, avec un autre, le 16 mars dernier au Creusot. « C'est un suiveur », insiste son avocat. Ensuite il commet deux vols importants, à Sassenay, les 6 et 16 avril dernier. Pas n'importe où : au domicile de l'ancienne famille d'accueil de sa petite amie. Lui, un échalas couronné par d'épais cheveux blonds en pétard, est né début 2001 à Saint-Vallier. Elle, elle fut placée dès ses deux ans dans une famille chez qui elle a pu grandir. Elle n'est en foyer que depuis ses 15 ans, et voilà pas qu'ils décident d'aller dévaliser la famille d'accueil. Les enquêteurs le remarquent tout de suite : « On dirait que c'est des gens qui vous connaissent. » La mère de famille est à l'audience avec son mari et certains de ses enfants, elle dit qu'ils ont tout pris (elle estime leur préjudice matériel total à 19 000 euros, nous dit-elle pendant le délibéré). Elle pleure, ça craque aussi sur les bancs des siens, puis ça pleure aussi dans le box. Le gosse dit : « Je regrette, vraiment, et si je peux faire n'importe quoi pour... » On hausse les épaules : faire quoi ? Le mal est fait et il y a de l'irréversible là-dedans. « Vous n'avez pas conscience que ça fait mal, monsieur, d'être volé ? »

« Immature et un peu limité »

C'est donc au volant de ce véhicule chargé des fruits de ses vols (dont un du jour), que le 16 avril, K. entreprend de faire la tournée des dépôts-vente de Chalon-sur-Saône. Son chargement est louche, on prévient la police. La BAC croise ce véhicule : le voleur n'en a pas changé les plaques d'immatriculation, une affaire de résolue. Puis, course-poursuite, passage dans le lac, garde à vue. Le gosse commence par mentir comme un arracheur de dents, les faits se calent ensuite. Un rapport le décrit comme « immature et un peu limité ». « Le mot 'limité' n'est pas très gentil, concède le président, mais ça peut expliquer des choses. » ça peut, en effet, mais ça ne dit rien de la chance qu'il a eu de ne tuer personne, avant-hier à Chalon. « Ce jeune homme a pris tous les risques, on salue le professionnalisme des policiers, plaide maître Bibard. On connaît les difficultés des poursuites en voiture, risques majeurs, pour tous, pour celui qui fuit, pour les gens qui se trouvent sur son chemin, et pour les policiers. Ça a été infernal, ils ont eu peur. Ils sont méritants d'avoir engagé ces risques avec sérieux. »

Le même jour, il dépouille cette famille et manque la percuter en voiture

La mère de famille ne peut se constituer partie civile que pour elle-même, pourtant elle tient à dire qu'ils sont 6 à avoir eu une autre grande frayeur, ce mardi 16 : le jeune K. tout occupé à essayer de semer les policiers a manqué les percuter. « J'ai pilé, il est passé à un mètre de notre voiture. » Du coup, elle demande des indemnités pour le préjudice moral, quant au préjudice matériel... son mari et elle ont acté des pertes sèches, ils n'ont pas de factures pour tout, certains achats sont si anciens. Et puis, dit-elle : « Je ne demande rien de plus, je ne veux pas l'enfoncer davantage, j'espère que ça lui servira de leçon. » Les parents du jeune prévenu sont à l'audience, le président salue leur présence, « il est jeune, encore ».

« Il est juste et normal qu'il retourne en prison, c'est là qu'on met les voyous »

Il est jeune et il invoque « la peur » (de retourner en prison). C'est pourtant ce qui va l'y conduire, lui renvoie le tribunal. Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, reprend les faits, « synopsis digne d'un film d'action », puis : « Il a peur, nous dit-on, mais il n'a pas peur de voler, de conduire sans permis, là il n'a pas peur. Pourtant il est encadré depuis des années par la PJJ, il est porté à bout de bras pour essayer d'en faire quelque chose, autre chose qu'un voleur de scooter qui fait n'importe quoi. » Mais, dit-elle un peu plus loin, « on n'éduquera pas des mineurs contre leurs volontés ». Elle requiert 1 an de prison dont 4 mois assortis d'un sursis mis à l'épreuve de 2 ans, un mandat de dépôt. Outre travailler, et engager des soins, obligation de travailler : « Je refuse que la société doive porter à sa charge l'indemnisation des victimes. Et il est juste et normal qu'il retourne en prison, c'est là qu'on met les voyous. »

Mandat de dépôt

Le « voyou » en question « pleure depuis tout à l'heure », pointe maître Ndong Ndong. « Il est allé s'inscrire à la mission locale, il voulait s'inscrire à l'école de la 2ème chance, mais il a continué son festival de bêtises. C'est un suiveur, il ne fait jamais rien tout seul. Vous allez faire quoi ? Le remettre en prison ? Il ne le supportera pas, regardez-le : c'est un gosse. » « Je m'excuse encore une fois », dit le garçon qui ne semble pas vraiment conscient de ce qu'il a fait vivre à ses victimes, ni aux policiers qui l'ont pris en chasse. Le tribunal le condamne à 12 mois de prison dont 10 mois sont assortis d'un sursis mis à l'épreuve (obligations de travailler, de soins, d'indemniser), décerne mandat de dépôt pour les 2 mois ferme.

« Ce qu'il faut, monsieur, c'est changer »

Le président n'aura eu de cesse que d'essayer, par ses adresses, de contribuer à contrer ce qui en ce jeudi 18 avril, à l'audience de comparutions immédiates, apparaît comme la chronique d'une catastrophe annoncée. Rien n'est jamais gravé dans le marbre, quoi que disent les statistiques : « Eu égard à votre jeune âge, le tribunal a réduit de manière conséquente la peine de prison requise, mais ça n'arrivera qu'une fois. Il reste 10 mois au-dessus de votre tête pendant 2 ans, révocables en tout ou partie à la moindre infraction. Ce qu'il faut, monsieur, c'est changer ! Ne passez pas les deux mois à regarder la télé, réfléchissez... »

Florence Saint-Arroman

Le jeune majeur devra indemniser la mère de famille d’accueil de 2000 euros au titre de son préjudice moral, et les 4 policiers concernés de 700 euros chacun, ainsi que 600 euros pour leurs frais de justice.

*PJJ : protection judiciaire de la jeunesse

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