Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « Elle était un peu hystérique alors je l’ai prise par les cheveux pour la calmer".

Et puis en fait je lui ai arraché ses vêtements pour pas qu’elle s’en aille, pour la protéger, pour pas qu’elle retourne chez les gens qui avaient abusé d’elle la veille… ça m’a mis hors de moi ! Elle avait déjà été violée, elle savait qu’il ne fallait pas aller chez eux. » Elle a déposé plainte le lendemain contre lui. 14 jours d’ITT. Les gendarmes ont interpellé son compagnon dans l’après-midi, il avait sur lui 9 grammes de résine de cannabis et un bâton. Un barreau de chaise. Celui avec lequel la veille, il menaçait de la violer.

C’était à Louhans mercredi dernier, le 22 mai. Le couple, sans domicile fixe, a planté une tente dans un squat, et passe son après-midi « sur un banc vers les toilettes publiques » à boire des bières. L’histoire de la veille (elle, allant chez des gens qui l’ont « tripotée ») ne passe pas. Il commence par lui reprocher sa tenue vestimentaire, il la gifle, il la jette. Le second acte se joue au squat. Environ une heure de gifles, de coups de poing, de coups de pied, y compris derrière la tête. Il l’étrangle avec un torchon, menace de la tuer si elle pose plainte, etc. Deux chiens désertent les lieux, il sort alors pour aller les chercher. Le médecin qui examine la femme relève des hématomes si grands qu’ils lui couvrent « presque toute la face », précise la présidente Catala en passant des photographies à ses assesseurs. Un hématome de 8 cm dans le dos. La chaise s’est cassée sur elle. Un témoin raconte la même scène aux gendarmes, le prévenu dit que c’est un faux témoignage.

« Elle faisait sa scène en pleurant, ‘reprends-moi, reprends-moi’ »

Lorsqu’il est interpellé, il arpentait Louhans, il la cherchait pour « la frapper, parce qu’elle n’avait pas compris ».  Le principe de la méthode « coups » est identique à celui de la méthode Coué : la répétition. Faut qu’ça rentre. Lorsqu’on lui notifie ses droits, il demande à appeler sa famille : sa mère et ses frères feront pression sur la victime pour qu’elle retire sa plainte. Il a 32 ans, elle en a 35 ans. « Ah les calottes volent, c’est sûr, et puis elle a toujours une lame sur elle, vous avez vu son casier, je pense ». Il est incohérent dans certaines de ses déclarations à l’audience mais bien en phase néanmoins avec certains éléments de réalité et il la charge. C’est elle qui le collait, qui revenait toujours vers lui. « Elle faisait sa scène en pleurant, ‘reprends-moi, reprends-moi’ », elle le suppliait, alors « je l’ai reprise ». Il parle comme on parlerait d’un chien abandonné qui vient quémander affection et gamelle, et lui il en serait dès lors le maître car tout se paie ici-bas.

« J’aime bien fumer mon joint le soir devant la télé »

Elle a un casier, c’est vrai (des violences, « mais sans arme » relève la présidente). Elle a 4 enfants, « on lui a retiré, elle les frappait », jette du box, le justicier. Ils étaient pour autant bel et bien en couple puisqu’ils percevaient le RSA couple. Y avait-il un intérêt financier ? lui demande un juge assesseur. Non, renvoie le gars, « tout seul je touche 500 euros, à deux on touchait 700 et on les partageait, ça fait 350 euros chacun, j’étais perdant ». 5 condamnations à son casier pour détention et usage de stups, chèques falsifiés, récidives stups et chèques contrefaits, vol. Il est sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une information judiciaire dans une autre juridiction : interdiction de paraître dans le 42. Sorti de ça il mène une vie tranquille qui a sa routine : « j’aime bien fumer mon joint le soir devant la télé ». 

Désinsertion sociale accompagnée de déchéance

Christel Benedetti, substitut du procureur, observe que la légitime défense dont le prévenu se réclame ne tient pas : « Il a dit qu’il a pris des coups de couteaux mais n’a pas de blessures. Par contre la victime a des plaies à l’arrière du crâne. » Elle requiert 18 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve, mandat de dépôt pour les 12 mois ferme. Maître Marceau plaide la désinsertion sociale accompagnée de déchéance, il plaide également une enquête exclusivement à charge alors qu’on peut imaginer qu’une femme avec un tel casier a sûrement dû se montrer agressive et violente, « mais il y a disproportion entre l’action et la réaction » de mon client. « Il était boulanger, il souffrait déjà d’addiction, un jour il a tout perdu, sa femme, son fils, et pour couper le dernier lien il décide de quitter sa région. C’est alors la spirale. » Une spirale descendante à tel point qu’il ne porte pas ses 32 ans, il est déjà sans âge. « Il aurait mérité mieux », conclut l’avocat.

Jalousie féroce et perverse

Il aurait mérité mieux, oui, sans doute, mais il y a mis du sien, à picoler, à chichonner, à « couper le dernier lien », et puis elle aussi elle aurait mérité mieux que son incapacité à tenir la route, son incapacité à sortir de la violence qui la tient tout autant que celle qu’elle continue à subir. Il lui a mis le visage façon compote le 22 mai dans une maison abandonnée de Louhans. Si l’expression est légère, peut-on faire l’effort de se représenter le nombre de coups et leur force, nécessaires à obtenir ce résultat ? Sa réaction fait plutôt penser à de la jalousie, une jalousie féroce qui taille les rues toutes dents dehors et bâton en main pour remettre ça, une jalousie perverse qui dit vouloir « la protéger » d’agressions sexuelles en menaçant de la violer avec un bâton.

10 mois ferme et 2 ans de SME

Le tribunal le condamne à 16 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans avec obligation de soins (pour les toxiques, et des soins psychologiques aussi), de travailler, et interdiction de contact avec la victime. Ordonne son maintien en détention pour les 10 mois ferme.

Florence Saint-Arroman

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