Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Après 44 infractions, il est condamné à 6 ans de prison

Entre le 5 mars dernier et le 20 avril, soit en moins de 3 mois il aurait commis au moins 75 vols en 10 lieux différents de la Côte d’Or et de la Saône-et-Loire.

Les gendarmes de Louhans qui bossaient H24 sur cette affaire sont allés l’arrêter en début de semaine sur les plages de Saint-Tropez. Qui ? Saban X., 40 ans, confondu comme étant voleur attitré dans les campings. Entre le 5 mars dernier et le 20 avril, soit en moins de 3 mois il aurait commis au moins 75 vols en 10 lieux différents de la Côte d’Or et de la Saône-et-Loire. Il est jugé ce jeudi 20 juin selon la procédure de comparution immédiate : on le poursuit pour 44 infractions, il les a reconnues lors de sa dernière audition. Il est en état de récidive légale : il encourt une peine doublée (cela la porte à 14 ans au lieu de 7).

Préjudice total estimé à plus de 64 000 euros

L’une des difficultés de ce dossier tient à la qualité des victimes : des touristes, des personnes de nationalités étrangères de passage, qui signalent les vols mais ne vont pas toutes poser plainte. Du coup seuls 44 vols sont retenus. Des vols avec dégradations puisque Saban X., dont le mode opératoire est identique depuis des années, opère de nuit, entre 2 et 3 heures du matin et découpe les tentes ou les auvents, casse les portes ou les fenêtres des camping-car, rafle tout ce qu’il peut et bye-bye. Du numéraire, des portefeuilles, des ordinateurs, appareils photos, lecteurs MP3, clés, bijoux, trousses de toilette, couteaux, objets divers, téléphones bien sûr, tout ce qui lui tombait sous la main était bon à prendre. Le préjudice total est estimé à plus de 64 000 euros. Le prévenu semble choqué de la somme, mais il avait oublié le coût des réparations du matériel de camping ou des véhicules.

Les éléments à charge

Il est si choqué que « ça lui fait mal au cœur d’y penser » traduit l’interprète. Les enquêteurs aussi auraient pu en avoir une nausée de saturation à recenser tous les vols - commis à Vignoles, à Beaune, à Gigny-sur-Saône, à Cormatin (deux fois), à Saint-Marcel, à Champagnat, à Dijon, à Digoin -, puis les victimes dont la plupart sont reparties chez elles. Leurs soupçons se portent assez rapidement sur Saban X., déjà condamné pour des faits similaires, dont le véhicule est repéré à Beaune le 5 mars, dont les téléphones vont borner à proximité des lieux de vols aux jours où ils furent commis. De plus un témoin l’a vu en avril sur un camping et l’identifie sur planche photos. Ses véhicules sont tracés aussi. Il va se servir de 5 des téléphones volés en associant les cartes SIM à ses portables. Comme le reconnaît maître Jérôme Duquennoy qui intervient pour sa défense : difficile avec tout ça de ne pas entrer en voie de condamnation.

Enquête du nord au sud du pays

Les enquêteurs quittent donc la Saône-et-Loire il y a quelques jours et filent à Grimaud où Saban était visiblement occupé à écumer les campings du coin. Il est arrêté, ramené à Louhans puis placé en garde à vue. A ce moment là la brigade de recherche se tourne vers ses homologues d’Hautmont, toute proche de la frontière avec la Belgique où Saban, sa femme et leurs 5 enfants vivent. La perquisition est blanche : le domicile a été vidé de son contenu. Le prévenu avait acheté plusieurs véhicules « de fortes valeurs » précise la présidente Catala, son train de vie n’était pas proportionnel à ses revenus déclarés soit les allocations que perçoit une famille nombreuse.

Apatride

Pourtant l’homme a expliqué voler « pour sa famille dans le besoin ». Famille pauvre, c’est sûr car Saban, né en 1978 en Italie de parents serbes, est apatride et de surcroît ne parle pas le français ou si peu alors qu’il vit ici depuis 1998. Titulaire d’un titre de séjour vie privée et familiale (valable jusqu’en juillet 2022, il n’a donc pas de titre de résident malgré sa présence depuis 20 ans), il ne travaille pour autant pas, « personne ne m’a aidé pour trouver du travail, répète-t-il, et je ne comprends pas assez le français, alors c’est difficile ». On a une pensée pour Calimero qui est dans le box avec lui mais somme tout il est peut-être illettré cet homme-là, et au bout d’un moment il y a des situations personnelles et administratives qui se conjuguent si mal que bien des choses sont impossibles.

« Un mode de vie »

A part son casier judiciaire et son statut administratif, au final on ne sait pas grand-chose de lui. Le domicile vidé juste avant la perquisition est l’indice qu’il a au minimum un entourage impliqué et des choses à cacher ; son mode opératoire rodé et sa cible exclusive sont l’indice qu’il peut y avoir une bande organisée. Son casier judiciaire raconte « un mode de vie » comme dit le tribunal : 10 condamnations dont 6 pour des vols et recels de vols, il a déjà été incarcéré plusieurs fois. Il est de taille moyenne, trapu, des traits très réguliers. Il laisse calmement se dérouler l’audience, on lui traduit tout mais enfin il ne songe qu’à l’issue de ce nouveau jugement et quand le vice-procureur Prost requiert 6 ans de prison, il souffle dans ses mains unies en conque devant sa bouche. Ça sent le cramé, clairement. On requiert également une interdiction du territoire français de plusieurs années, si cela est possible malgré son statut d’apatride.

« Pas 6 ans, c’est trop sévère »

« A-t-il choisi d’être apatride ? interroge maître Duquennoy. Ce n’est pas un statut que l’on choisit, il ne permet pas de s’insérer. Être apatride c’est n’être chez soi nulle part. Une peine ferme, vu son casier et les faits, oui, mais pas 6 ans, c’est trop sévère. » La présidente, fait rare, fait traduire les principaux arguments de la défense au prévenu (d’ordinaire le tribunal ne prend pas cette peine, pour ce qu’on en a vu). A-t-il quelque chose à ajouter ? « Il a mal au cœur pour sa femme et ses enfants, il pense à eux », transmet l’interprète.

6 ans de prison

Décision du tribunal : 6 ans de prison, maintien en détention. Le visage du prévenu verse dans ses mains. L’interprète prend la parole : « Il demande si du coup il a 6 ans de prison. – Oui. Il a 10 jours pour faire appel. – Il veut en discuter avec son avocat. – C’est son droit. L’audience est levée. »

Florence Saint-Arroman

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