Bourgogne

Ambiance de folie à Dijon pour porter aux nues Johnny Clegg

Ambiance de folie à Dijon pour porter aux nues Johnny Clegg

Signe ostensible d’une réussite prévisible, Il n’y avait qu’à se repaître jusqu’à satiété des mines radieuses et épanouies au terme du spectacle de Johnny Clegg à Dijon dimanche soir pour remarquer que le chanteur n’avait pas largement payé de sa personne en vain. Volontaire et réactif en diable, le public lui a rendu la pareille. A l’aune d’une communion d’esprit nette et sans bavures.

Le swing de Johnny a fait mouche

Avec l’Afrique du Sud en qualité d’invitée d’honneur à la foire dijonnaise (elle fermera ses portes ce lundi 11 novembre en fin de journée), située à deux pas, la venue du showman ne pouvait qu’épouser, grâce à Dijon Congrexpo et Euromuses, en accord avec Caramba Spectacles, l’actualité du moment. Dans un amphithéâtre plein comme un œuf (à guichets fermés) au nom évocateur -Romanée Conti !- accolé au Palais des congrès, le charismatique auteur-compositeur-interprète et danseur zoulou aura enflammé la salle haut la main. Brassage de chansons nouvelles et d’anciennes où le combat sans merci contre l’apartheid apparaît comme une constante, le menu du jour s’avérait prometteur à plus d’un titre. Les yeux la plupart du temps clos pour intérioriser davantage la puissance  de feu de textes jamais rédigés à la légère, s’accompagnant parfois à la guitare ou au bandonéon, le sémillant séxagénaire disposait par ailleurs d’une arme redoutable ayant par le passé construit partiellement son personnage : la danse. En dessinant nerveusement des arabesques sur le sol, de conserve le cas échéant avec l’omniprésente danseuse-chanteuse, Johnny Clegg, ainsi relié à la terre, conférait plus de relief à son travail scénique, sérieusement épaulé par ses quatre musiciens (un batteur, un bassiste, un saxophoniste régulièrement aux avant-postes, et un guitariste). Artiste engagé s’il en est, le « Zoulou blanc » a oscillé entre des affirmations péremptoires (« Pour moi en 1989 le mur de Berlin est une métaphore architecturale de la libération de Nelson Mandela »), des divagations (« L’esprit suit le voyage de la vie »), ou, raccourci non exhaustif, la mise en avant de la culture guerrière des Zoulous. Simples aperçus. Quel que fut le thème décliné, partout un dénominateur commun : les mouvements énergiques dansés, ce en vertu des surabondants rythmes chaloupés, entraînants dès la première note. Les « spect’ acteurs » n’ont en définitive guère subi de round d’observation de leur côté, tant ils laissaient rapidement leur corps s’exprimer comme bon leur semblait, finissant même « l’évangélisation » debout. Soudés par une frénésie collective qui a atteint son point culminant lors des cultissimes « Asimbonanga » (en hommage à Nelson Mandela), et « Scatterlings of Afrika » (« Les dispersés de l’Afrique »). Duquel chacune et chacun n’avaient aucune envie de descendre, des frissons parcourant leur échine avec une sublime délectation…

                                                                                                Michel Poiriault