Chalon sur Saône

Cette zizanie dans les rapports amoureux à la fois risible et criante de vérité…

Cette zizanie dans les rapports amoureux à la fois risible et criante de vérité…

Aux grands maux les grands remèdes. Tel pourrait être en substance le message délivré par les quatre comédiens en faction samedi soir en la salle Sembat de Chalon-sur-Saône, d’après une très originale mise en scène d’Arthur Jugnot et David Roussel. Le sujet traité, les relations hommes-femmes, a fortiori lorsque celles-ci sous-tendent un feu intérieur à attiser, a démontré, souvent par l’absurde, qu’aucune piste ne doit être négligée pour (re)conquérir sa (son) bien-aimé(e). Le climat passionnel a fait des siennes…

Malgré les embûches, le dénouement a été des plus heureux

« T’es lâche, égoïste, menteur, immature, tu es devenu comme tous les hommes.» N’en jetez plus, la cour est pleine ! Laura n’en peut plus des faiblesses coupables, elle laisse donc choir son compagnon Max comme une vieille chaussette. Même s’il accuse le coup, le laissé-pour-compte reprend du poil de la bête en échafaudant une stratégie machiavélique pour, espère-t-il, partir à l’assaut de sa citadelle en faisant en sorte qu’elle ne soit plus imprenable. Dans un bar sympathise-t-il  avec Léo, bellâtre et coureur invétéré de jupons. L’ex- compagnon, simultanément déconfit et revanchard, lui confie alors le mode d’emploi censé séduire sa belle. A la nuance près que le plan drague est sciemment  foireux, pour que la courtisée, de guerre lasse, effectue un revirement à 360% et s’amourache à nouveau du petit ami largué. Sauf que le prédateur sexuel décide de tirer la couverture à lui, en cochant Laura, proctologue, sur son tableau de chasse. Le faussaire doit ensuite relater à son copain d’infortune les travaux d’approche, falsifiant l’outrageante réalité. Ce dérapage est du même acabit que celui de Max, lequel a succombé de son côté à la tentation de la fornication avec Salomé, à la fois cousine de Laura, et patronne de Léo, entiché de sa responsable, qui ne le lui rend pas. Un prêté pour un rendu en quelque sorte, inconscient, toutefois bien réel. Vous saisissez l’imbroglio ? La dernière ligne droite a eu pour toile de fond un mariage bidon entre Salomé et son employé Léo, avec Max en qualité de témoin. En provenance d’Afrique où elle est en mission, Laura découvre, tout à sa surprise, la présence de son ancien chevalier servant, qui ne lui produit pas un effet boeuf. Mais le pouvoir irrationnel de l’attraction de l’amour a repris les rênes en épongeant le passif. « On est adultes, on a chacun nos casseroles. Je voudrais qu’on reparte sur de nouvelles bases », le cri du cœur au féminin n’a pas souffert de discussion. Comme au bon vieux temps jadis. L’irrésistible attirance a fini par les faire se rabibocher. La morale était sauve.

 

Une kyrielle d’arguments en sa faveur

Les absents ont toujours tort, est-il communément admis. Dans le cas présent la comédie « Les grands moyens » de Stéphane Belaïsch et Thomas Perrier, présentée par A  Chalon Spectacles,  n’a pas fait recette (environ 400 spectateurs). La qualité du quatuor détonant (Cyril Garnier et Guillaume Sentou, antérieurement mis en évidence dans « On n’demande qu’à en rire » de Ruquier, ainsi que les non moins remarquables Marie Montoya et Magaly Godenaire) méritait une audience largement plus fournie. Des occasions de s’esclaffer à gogo, des gestes acrobatiques, un rythme échevelé grâce, notamment, à une scénographie inventive soucieuse de l’intérêt constant éprouvé par le public, des remises en question, renversements de situation, il y avait là largement de quoi se gausser des problèmes rencontrés par ces couples qui se faisaient et se défaisaient à vitesse grand V. Tout en donnant à réfléchir…

                                                                                           Michel Poiriault