Chalon sur Saône

Un Gérard Jugnot convaincant qui a eu maille à partir avec cet argent ange et démon

Un Gérard Jugnot convaincant qui a eu maille à partir avec cet argent ange et démon

Avec leur sixième opus désigné sous l’appellation « Cher Trésor », les Théâtrales du Grand Chalon, premières du nom, fruit de l’union consommée entre Pascal Legros Productions et A Chalon spectacles, ont tiré lundi soir à Chalon-sur-Saône dans un Espace des Arts comble, leur révérence. Grâce à Gérard Jugnot elles sont sorties par la grande porte. On s’est poilé, le baromètre de la bonne humeur étant au beau fixe.

Après Chevallier-Laspalès en décembre (« Les menteurs »), Michel Bouquet en janvier (« Le roi se meurt »), Roger Dumas en février (« L’étudiante et Monsieur Henri »), Pierre Arditi-Evelyne Buyle («Comme s’il en pleuvait »), puis Patrick Haudecoeur-José Paul (« Le dîner de cons ») en mars, c’était au tour de la pièce créée et mise en scène par Francis Veber « Cher Trésor », de partir à la conquête d’un public chalonnais heureux d’avoir à domicile un autre ténor de la pantalonnade, à savoir Gérard Jugnot en personne dans la peau d’un François Pignon réduit à s’inventer une histoire à dormir debout pour prétendre exister davantage ! Jouant juste, sans esbroufe, avec une apparence naturellement brillante, le comédien aura mis l’assistance dans sa poche, aidé par des partenaires à leur avantage dans les répliques, cinglantes ou sulfureuses.  

 

Cette surabondance d’argent qui fait perdre toute contenance

Chômeur depuis deux ans, François Pignon accuse durement le coup. Gardien temporaire de l’appartement de son très aisé parrain, à l’intérieur duquel trônent çà et là des tableaux contemporains qui ne lui font pas passer le grand frisson, il a eu de surcroît l’infortune d’être éjecté par sa femme, vite ragaillardie auprès d’un autre mâle. Un ami de la fac, banquier, auquel il aurait pu se raccrocher, n’a pas la capacité d’entreprendre quelque chose pour lui. Alors François Pignon se dit que si d’aventure il faisait l’objet d’un contrôle fiscal, la vision des gens changerait du tout au tout ! Il fait des pieds et des mains pour y parvenir. Situation kafkaïenne, quand tellement de ses semblables ne cherchent qu’à en être exempté ! « L’important, ce n’est pas d’être riche, mais que les autres vous croient riche », a-t-il parlé à la cantonade. L’affabulation s’insinue : il aurait planqué 60 millions d’euros dans des paradis fiscaux. L’argent déglingue les moralités, les représentants de la gent féminine ouvrent les vannes de la vénalité : l’épouse tente de le ramener dans son giron, la décoratrice lui fait du gringue. Les péripéties s’enchaînent, le rythme soutenu est constant, bref, chacun de rire dans les travées de bon cœur des retournements brusques. D’autant plus que de la fiction à la réalité tangible il n’y a qu’un pas…Il n’y a guère qu’avec Olga, sa voisine russe de l’étage supérieur, qu’il goûte aux joies de l’oasis, elle-même affublée de problèmes personnels. Et puis coup de tonnerre ! Ce parrain si fortuné, de retour de croisière, lui fait part d’une décision sans appel : «J’ai mis tout l’argent que j’avais sur ton compte, un milliard d’euros, j’ai pas d’héritier. Ah oui, j’ai mis l’appartement à ton nom aussi. » Cette fois les bras lui en tombent, c’est pour de vrai ! Tant et si bien que le contrôleur fiscal retourne sa veste. Fini de persécuter et d’obtenir le scalp des fraudeurs, il entre dès à présent dans une dimension sans commune mesure avec la précédente. Opportuniste en diable, celui-ci lui propose tout bonnement de devenir…son conseiller fiscal !

 

En 2014-2015 les 2èmes Théâtrales du Grand Chalon appuieront sur l’accélérateur

De six la saison à peine écoulée, les rendez-vous majeurs prendront du corps en 2014-2015, puisqu’ils grimperont à huit. Là encore, de grands noms de la scène s’en iront (re)fouler le sol chalonnais, promettant de grandes émotions artistiques. Il y aura Josiane Balasko « Un grand moment de solitude » le 2 novembre, puis Amanda Lear « Divina » le 6 décembre, Michel Leeb « Le tombeur » le 6 janvier, Chevallier-Laspalès « Vous prendrez bien quelques sketches ? » le 22 janvier, Laurent Gamelon-Elie Semoun-Philippe Magnan « Le placard » le 15 février, Michèle Bernier-Frédéric Diefenthal « Je préfère qu’on reste amis » le 27 février, Mathilde Seigner-François Vincentelli-François Berléand «Nina » le 10 mars, et enfin Camille Cottin-Pierre Palmade-Anne-Elisabeth Blateau « Le fils du comique » le 10 avril. Information A Chalon Spectacles  au 03.85.46.65.89 ; infos-réservations : www.achalon.comwww.les-theatrales.com  

                                                                                             Michel Poiriault