Saône et Loire
« J’ai un coup de cœur pour Chalon » : l’écorce de Bunny Godillot se fendille…
Publié le 04 Mai 2014 à 09h48
Actrice, auteur, réalisatrice, productrice, directrice artistique, Bunny Godillot est tout cela. Pas une mince affaire ! Une diversité des genres nécessaire à son bourlingueur esprit créatif, elle qui abhorre le fait d’être cataloguée, étiquetée puis enfermée dans des tiroirs. Loin du parisianisme ambiant, l’artiste majuscule, inclassable et à tendance iconoclaste à ses heures, nullement emplie de suffisance pour deux sous, révèle un for intérieur aux antipodes du stérile m’as-tu-vu.
« J’ai joué beaucoup plus de 10.000 fois… »
Avec un pedigree corsé long comme le bras, Bunny pourrait se la jouer perso en restant inaccessible sur un nuage constellé de faits et gestes hors norme. Que nenni ! Cultivant l’antithèse de la superficialité et l’un de ses corollaires (strass, paillettes…), elle sait raison garder, la tête sur les épaules, les deux pieds sur terre. Ce en dépit des collaborations antérieures, à un titre ou à un autre, en compagnie des Bernard Tapie, Claude Brasseur, Jacques Villeret, Jean-Paul Belmondo, Christian Clavier, Jean Poiret, Maria Pacôme, Robert Hirsch, Francis Huster, Michel Serrault…traduites par une trentaine de pièces de théâtre, une quinzaine de téléfilms, une dizaine de films, des courts-métrages, des scenarii de long-métrage, etc. Elle a souvenance de moment très durs (des blessures physiques, le décès de proches…) passés sur les planches, mais vaille que vaille, il fallait faire fi des impondérables et abstraction des contextes agressifs. « The show must go on… » « J’ai joué beaucoup plus de 10.000 fois tous spectacles confondus. C’est un vrai métier, il faut jouer, qu’on ait envie ou pas. C’est totalement sacerdotal le théâtre.»
Un petit faible pour l’Abattoir/Centre national des arts de la rue
Partager, aider à extirper tout un chacun de sa coquille ou de sa condition, Bunny en raffole : « Je suis pour élever les gens ». Ca ne souffre pas la discussion. Il n’est pas obligatoire au demeurant de devoir se cantonner au strict cadre du théâtre où la bénédiction se donne rituellement. Elle préfère s’écarter des sentiers battus. « Je ne suis pas obligée d’être dans un théâtre. Je pense que le théâtre doit sortir de ses murs. Ce que j’aime, et c’est à ça que j’ai envie de dédier ma vie, c’est de créer des trucs, des événements dans des lieux bizarres, dans les deux-trois ans qui viennent. J’aime les friches, les endroits qu’on arrange, les lieux doivent s’ouvrir. Marie-Antoinette a été accueillie aux Galeries Lafayette. Mais je trouve qu’administrativement c’est compliqué de monter des pièces, des films. Je trouverais ça fantastique de jouer dans un vrai abattoir. Autrement, je rêve de présenter mon spectacle à l’Abattoir de Chalon-sur-Saône. » Chiche ? D’autant plus qu’elle est conquise par le dynamisme culturel de la cité… Cette soif inétanchable d’élaborer, construire, n’a pas de frontières. « J’ai envie d’exprimer ce que j’ai à exprimer. Il faut aller à la rencontre des publics, donner notre exemple du personnel à l’universel », a-t-elle indiqué avec force conviction.
Se défaire d’un immobilisme tenace
Pas du genre non plus à se cacher derrière son petit doigt, surtout que l’ignorance, l’obscurantisme, ne s’avèrent point de bons conseillers. Le grand public et elle sont-ils sur la même longueur d’onde ? L’exhortation au ressaisissement ne se pratique pas à demi-mots. «J’aimerais qu’il me connaisse mieux, qu’il voie quelqu’un qui transmet. J’aimerais vraiment faire croire aux gens que tout est possible. On peut partir n’importe où et arriver à réaliser son rêve ; ce sont aussi des valeurs morales comme l’éthique, l’économie durable, etc. Il ne faut pas rester la tête baissée, mais rencontrer l’autre, ne pas avoir peur de qui on est, et des autres. Moi, j’aime l’autre, et être bien avec. On peut agir avec bienveillance, s’exprimer, se mettre en route ensemble. Mon travail est ouvert à tous. » Dans la capitale Bunny Godillot (depuis décembre 2013, et pour un an encore) fait partie d’une couveuse de projets. Le but de la manœuvre, c’est de former des artistes qui deviennent avec un projet global, des entrepreneurs de spectacle. A suivre donc. A l’image de sa forte détermination à ne pas se tourner les pouces face à ce qui l’irrite. Par le biais de sa compagnie ART-US ([email protected]), la comédienne caresse en effet un dessein louable : « Pourquoi n’appliquerait-on pas le principe du recyclage et du développement durable pour les décors ? Ca nous éviterait d’envoyer des camions qui polluent sur les routes », a-t-elle dit avec détermination.
Un court-métrage qui a tapé dans l’œil de l’O.N.U.
Dans le cadre de «The World Memory Film Project », Bunny a réalisé un petit court-métrage en milieu d’année dernière dans lequel il est question de génocide. Signalons qu’un certain nombre d’images ont été reprises par le secrétariat des Nations Unies, afin qu’elles s’en viennent contribuer à la confection d’un long-métrage. Mazette ! « Je pense avoir été la première à faire une histoire très simple avec des gosses. C’est le discours de deux enfants qui veulent être pareils «, a-t-elle précisé. Ce document est consultable sur YouTube (Stop Xenocide). Elle n’est tout bien considéré pas en reste en ce qui concerne les fondements humanitaires, puisque début mars, à l’invitation du ministère de la francophonie, elle a été, à Kinshasa (République démocratique du Congo) l’un des cinq grands témoins au Forum mondial des femmes francophones. Son rôle, la co-lecture du livre de Rachelle Mwanza : »Survivre pour voir ce jour ».
Michel Poiriault
Crédit photo (en noir et blanc) : Bruno Perroud
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