Livres
Info-Chalon a lu pour « L’ange gardien », de Jérôme Leroy
Publié le 28 Décembre 2014 à 09h05
La trêve des confiseurs est aussi l’occasion de prendre un bon roman, ceci pour se changer les idées. Info-Chalon a repéré pour vous L’ange gardien [1], le petit dernier de Jérôme Leroy. A lire dès que possible.
Martin Joubert, l’« écrivain à gages en pleine crise existentielle » recruté par le protagoniste de L’ange gardien est-il le double littéraire de l’auteur de ce roman, c'est-à-dire Jérôme Leroy qui, lorsqu’il ne pige pas pour l’hebdomadaire hyper-droitier Valeurs actuelles [2], s’occupe des pages culture d’une autre publication classée elle aussi à droite : le mensuel Causeur [3] ? On pourrait le penser, tant il existe de similitudes entre Jérôme Leroy, homme de gauche déclaré qui gratte pour des canards bien réacs, et Martin Joubert, ex-prof de ZEP et ex-militant PCF qui pisse de la copie pour Boulevard Atlantique, site d’information « qui a fait de la menace islamiste et du choc des civilisations ses thèmes de prédilection » [1]. Votre serviteur n’est d’ailleurs pas loin de le penser. Et s’il était psychanalyste, tendance lacanien, il se laisserait même aller à quelques développements… Mais il ne l’est pas et, à vrai dire, peu lui chaut que Jérôme Leroy entende purifier son âme, évacuer son mal être ou résoudre les contradictions qui le minent depuis peut-être trop longtemps à travers un personnage dont la vie ressemble visiblement comme deux gouttes d’eau à la sienne.
Mais alors, pourquoi une telle entrée en matière, me demanderez-vous, à fort juste titre ? Tout simplement pour situer l’auteur de L’ange gardien, un roman qu’Info-Chalon ne saurait trop vous recommander de lire. Plus exactement, un roman de la trempe de son grand frère, que d’aucuns qualifiaient à juste titre de « formidable » [4] au moment de sa parution à l’automne 2011 : le fameux Bloc [5].
De quoi parle L’ange gardien ? De Berthet, un tueur de l’ombre œuvrant pour le compte d’une organisation aussi secrète qu’efficace : « L’Unité », une sorte d’ « Etat profond » de la France, « celui que les apparents changements de régime ne touchent pas » [1]. Autrement dit, d’un… barbouze. Un barbouze qui, un jour de l’année 1992, se retrouve littéralement subjugué par sa rencontre avec Kardiatou Diop une adolescente black issue d’un milieu pauvre qui, malgré les déterminismes sociaux, a décidé de vivre, pour ne pas terminer comme le Mozart si magnifiquement décrit par Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes [6] : assassinée avant même d’avoir eu le temps de donner toute la mesure de son potentiel.
Un barbouze à ce point subjugué qu’il décide de consacrer le reste de son existence à la protéger, à favoriser son ascension, ainsi que l’aurait fait un… ange gardien. D’où le titre du roman…
Et ça vaut la peine d’être lu, ça ? Il n’en a pas forcément l’air, présenté comme cela, mais ce roman, une fois commencé, vous ne le refermez qu’une fois sa lecture terminée. C’est dire si cela vaut le coup de l’ouvrir ! Ceci étant, s’il faut le lire, ce n’est pas seulement parce que Leroy sait raconter de putains d’histoires dont on ne décroche pas. C’est aussi, et surtout, parce que par-delà l’étiquette d’auteur de polar que la presse tend à lui coller, Jérôme Leroy est un écrivain talentueux, dont on gagne à s’imprégner de certaines pensées fulgurantes, comme par exemples celles-ci : « L’Histoire s’en va, les vieilles nations ne sont plus que des entités administratives chargées de simplifier le commerce mondial » ; « Un homme qui a un ami est un homme qui risque bien de ne pas trouver essentiel de vivre dans une zone périurbaine avec barbecue dominicaux et réunions de parents d’élèves » ; « Les fantômes n’ont pas besoin d’aller aux toilettes » ; « Toutes les rédactions sont indépendantes (…) mais jusqu’à un certain point » ; « C’est toujours le fric qui permet aux gens de mal parler à d’autres gens » [1].
Ou encore celle-ci : « On dit que le pouvoir est aphrodisiaque. C’est faux. Le pouvoir est ennuyeux. Ce qui est aphrodisiaque, ce sont les situations de tension générées par le pouvoir. Les crises à gérer » [1].
Bref, vous l’aurez compris, à votre place, on se dépêcherait d’acquérir ce roman et de le dévorer.
S.P.A.B.
[1] Jérôme Leroy, L’ange gardien, Gallimard, coll. « série noire », 2014, 332 p, 18.50 euros
[2] HYPERLINK "http://www.valeursactuelles.com/" http://www.valeursactuelles.com/
[3] HYPERLINK "http://www.causeur.fr/" http://www.causeur.fr/
[4] Jérôme Anciberro, Témoignage chrétien, 20.10.2011, p 27
[5] Jérôme Leroy, Le Bloc, Gallimard, coll. « série noire », 2011, 296 p, 17,50 euros
[6] Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, Gallimard, coll. »Folio », 181 p, 6 euros
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