Bourgogne
En matière de prévention routière, faut-il choquer pour changer les mentalités ?
Publié le 06 Mars 2015 à 19h07
Située à 5 km au sud de Dijon, la commune de Bretenière en Côte d’Or défraie la chronique ces dernières semaines suite à l’installation fin 2014 d’un panneau routier pour le moins surprenant. Les explications d’Info-Chalon.
Si vous traversez la grande ligne droite du bourg de Bretenière, vous aurez la surprise de voir apparaitre un panneau avec la mention suivante : « Il reste encore des enfants à écraser, vous pouvez accélérer ». Car le moins que l’on puisse dire est que ce type de panneau est inédit sur nos routes.
Pour sa part, le maire de la commune, Hervé Bruyère, assume ce choix, quelque peu teinté d’humour noir qui, il l’espère, fera réfléchir les automobilistes avec son message provocateur. En effet, la traversée de l’agglomération de Bretenière étant limitée à 30 km/h, des ralentisseurs et un petit rond-point ayant été posés, de nouvelles priorités à droite instaurés, les automobilistes continuent néanmoins de traverser la commune à une moyenne de 70-80 km/h. Même le précédent panneau « Attention à nos enfants » n’a pas réussi à changé les fâcheuses habitudes de conducteurs enclins à rouler beaucoup trop vite. C’est pourquoi le maire, en désespoir de cause, a souhaité, avec ce nouveau panneau, attirer l’attention des automobilistes indélicats, espérant ainsi leur faire lever le pied.
Une initiative heureuse ? Du côté des habitants de Bretenière, on est plutôt mitigé. Pour être exact, l’opinion est divisée. Mais pour l’instant, aucun administré n’a encore demandé le retrait du panneau. Même si le slogan dérange.
Quoi qu’il en soit, cette initiative, pour le moins étonnante, n’est pas sans rappeler les campagnes de publicité de la sécurité routière en matière de prévention. Des images toujours plus réelles, plus choquantes, impliquant souvent des enfants. Des images qui nous touchent et nous obligent parfois à détourner le regard. Comme celles de ce spot de 2010 qui a marqué les esprits, en mettant en scène le violent accident mortel de jeunes adolescents fortement alcoolisés (1). Elle n’est pas non plus sans rappeler celles que connaissent d’autres pays, qui vont également très loin dans ce domaine, comme par exemple l’Irlande. Un pays qui, l’année dernière, a mis en scène la mort de plusieurs enfants en sortie scolaire, écrasés par une voiture faisant des tonneaux, ceci parce que le conducteur n’a pas jugé utile de réduire sa vitesse à l’entrée d’un virage (2). C'est-à-dire un spot qui a de quoi donner des sueurs froides à tous les parents. A tous les parents et même à tout le monde en général, les émotions ressenties étant souvent exacerbées lorsqu’il s’agit d’enfants.
Si, sur le fond, cette initiative n’est pas isolée, elle est en revanche très éloignée de ce qui se pratique en Nouvelle-Zélande, où l’on ne trouve pas d’images trop choquantes, mais une prise de conscience par la parole. Là-bas, et pas plus tard que l’an dernier, un spot de publicité mettait en scène deux automobilistes sur le point d’entrer en collision. L’image se figeait et l’on apercevait les deux conducteurs discuter sur le sort funeste qui les attendait, passant en revue les erreurs commises par chacun d’eux, saisis d’effrois devant l’inéluctable résultat de celles-ci (3). Une prise de conscience plus en douceur mais toute aussi lourde de conséquences.
Cette manière de faire prendre conscience, c’est désormais ce à quoi s’emploie la sécurité routière en France. En effet, on trouve à présent moins d’images choquantes, plus de réflexion et plus d’émotions. Ainsi a-t-on vu se déployer une campagne sur les séquelles physiques des accidents de la route et les regrets qui en découlent (4). Et plus récemment, cette vidéo d’un père embrassant son enfant avec un slogan évocateur : « On a tous une bonne raison de rester vivants » (5).
Une campagne capable de nous sensibiliser une bonne fois pour toutes, de nous rendre enfin plus responsables ? Ou une énième campagne qui, bien que fort bien conçue, ne nous empêchera pas de continuer à détourner le regard et de se dire que ça n’arrive qu’aux autres ? Cela, seul l’avenir nous le dira. Et l’avenir, parfois, dure longtemps…
M.M.
(1) https://www.youtube.com/watch?v=zTiOA-leX8Q
(2) https://www.youtube.com/watch?v=ALVPxhiiJRg
(3) https://www.youtube.com/watch?v=1ds85ioybKc
(4) https://www.youtube.com/watch?v=HYsafTywB9U
(5) https://www.youtube.com/watch?v=5c7ay3VBk6M
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