Bourgogne
« J’assume parfaitement de ne pas traiter mes vignes contre la flavescence dorée »
Publié le 20 Mai 2015 à 09h06
Le viticulteur bio, deuxième du genre, qui a refusé d’appliquer le traitement obligatoire contre la flavescence dorée et qui devait comparaitre hier mardi devant le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône sera finalement jugé en novembre prochain. L’affaire a été renvoyée.
Thibault Liger-Belair, un viticulteur de Côte-d’Or qui possède aussi des vignes à cheval entre Saône-et-Loire et Rhône a refusé d’appliquer les doses d’insecticide prescrites et rendues obligatoires sur recommandation préfectorale pour lutter contre la flavescence dorée, une maladie de la vigne. Il jugeait le traitement inefficace et inadapté. Le viticulteur bio, qui, poursuivi par la préfecture de Saône-et-Loire, devait comparaître hier mardi au tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône a demandé le renvoi de son affaire, puisqu’à l’heure dite, il devait pour raisons professionnelles représenter ses divers domaines à un rendez-vous commercial en Angleterre. Le renvoi a été accordé et l’affaire sera examinée et jugée lors d’une audience en novembre prochain au TGI de Villefranche.
Il faudra patienter bien après les vendanges 2015 pour savoir si Thibault Liger-Belair, viticulteur bio bourguignon, sera condamné ou relaxé pour avoir désobéi aux préfets de Bourgogne et de Saône-et-Loire. Comme Emmanuel Giboulot, le viticulteur côte-d’orien qui a comparu en correctionnelle au TGI de Dijon l’an dernier pour les mêmes faits, le professionnel de la vigne n’a pas mis en pratique le traitement recommandé et obligatoire en Saône-et-Loire et en Bourgogne. Il est donc hors-la-loi. Et il assume parfaitement.
« J’ai été poursuivi et je devais comparaître à Villefranche pour non-respect d’un décret qui rend obligatoire un traitement de la vigne avec un insecticide, traitement que personnellement, en tant que professionnel engagé dans le bio depuis des années, je ne juge pas nécessaire, d’après ce que l’on sait de cette maladie. Pour moi, cette décision préfectorale a été prise à la hâte », nous explique Thibault Liger-Belair par téléphone alors qu’il doit décoller pour Londres. « Mes vignes, appellation Moulin à Vent, sont à cheval entre deux départements, la Saône-et-Loire et le Rhône. L’un a rendu obligatoire le traitement, l’autre non. Ça me paraît incohérent. J’assume parfaitement le fait de ne pas traiter. Les insecticides causent de gros dégâts à la faune et à la flore et entraînent d’autres conséquences sur l’environnement qu’on n‘est pas encore capable de mesurer dans toute leur ampleur ». Comme Emmanuel Giboulot et d’autres viticulteurs en Bourgogne, Thibault Liger-Belair appartient au Collectif de vignerons contre la flavescence dorée. Emmanuel Giboulot, qui avait lui aussi refusé le traitement, avait été relaxé en appel à Dijon après avoir été condamné à une amende en première instance.
Comme Emmanuel Giboulot, le vigneron têtu est devenu l’icône de quelques mouvements associatifs anti- pesticides. Soutenu par des pétitions lancées par internet par des sites spécialisées dans les pétitions, l’une d’entre elles avait recueilli, à la veille de l’audience 211 000 signatures demandant à Gilbert Payet, actuel préfet de Saône-et-Loire en poste depuis quelques mois, de cesser ses poursuites à l’égard du viticulteur. Un temps de confusion a agité le microcosme militant écolo, la fausse info d’une relaxe du viticulteur ayant circulé un temps bien à tort sur les réseaux sociaux et associatifs hier soir. L’audience aura lieu le 17 novembre prochain, à Villefranche. On saura alors à cette date si les convictions environnementales et la désobéissance de Thibault Liger-Belair aux directives préfectorales lui vaudront ou pas, une condamnation.
Florence Genestier
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