Opinion
LIBRE OPINION - "Le problème n'est pas dans l'assiette, le problème c'est la politique du maire de Chalon sur Saône"
Publié le 09 Septembre 2015 à 18h27
Parmi les membres de ce nouveau collectif "Une ville pour tous", deux des signataires de plusieurs textes critiquant la politique du maire de Chalon-sur-Saône, Jean-Yves Boursier, professeur émérite des universités et Robert Chantin, professeur agrégé retraité, ancien professeur d'histoire de Gilles Platret au Lycée Ponthus de Thiard.
Libre opinion :
« UNE VILLE POUR TOUS, UNE VILLE VIVABLE »
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LE PROBLÈME N’EST PAS DANS L’ASSIETTE,
LE PROBLÈME, C’EST LA POLITIQUE DU MAIRE DE CHALON-SUR-SAÔNE !
LES ENFANTS NE SONT PAS GAGNANTS
« La laïcité a gagné » dit Gilles Platret? Mais sur une question de repas dans les cantines scolaires, les seuls qui doivent gagner, ce sont les enfants.
Qu’est-ce que la laïcité vient faire là-dedans ? La laïcité, c’est l’affirmation de la liberté de conscience et c’est la tolérance. Cela n’a jamais interdit de donner à manger à un enfant.
Et là, les enfants ne gagneront pas puisque certains seront discriminés, laissés de côté à la cantine à cause de la nourriture.
Gilles Platret a engagé un combat national à son niveau : dans l’assiette des élèves, sur les cantines scolaires, mettant fin brutalement aux menus diversifiés que Dominique Perben avait initiés en 1984. « Il est indispensable de revenir à une pratique exigeante du vivre-ensemble », prétend M. Platret. Mais le « vivre-ensemble » dans cette conception, c’est : ensemble, mais chacun de son côté. La politique de Gilles Platret risque d’inscrire dans la conscience des enfants cette division, entre ceux qui peuvent manger du cochon et ceux qui ne peuvent pas. Cela n’a rien de laïque, c’est une simple manœuvre politique.
En effet, au nom de la « laïcité », M. Platret veut faire manger du cochon à tout le monde dans les cantines des écoles. Se cachant derrière ce prétexte, il s’active à stigmatiser les « musulmans » comme cibles de sa décision. En effet pourquoi fait-il une fixation sur le cochon et pas sur la dinde, sur le lapin, sur le bœuf ou sur le poisson du vendredi ? Renvoyé de partout à son ignorance, il persiste dans sa volonté d’imposer son menu unique.
Le « vivre-ensemble », pour lui, c’est décider, le faire savoir, envoyer une lettre aux parents (le 10 mars 2015) avant que le conseil municipal ne délibère et vote (le 29 septembre). C’est une singulière conception du fonctionnement institutionnel et de la collégialité, une conception de petit monarque.
LA LAÏCITÉ COMME NOUVELLE RELIGION D’ÉTAT
À Chalon, il y a des gens de toutes origines, de cultures diverses, de religions diverses et aussi des gens sans religion. C’est une ville de diversité culturelle, celle des hommes et des femmes venant d’horizons divers, qui ont fait cette cité par leur travail, leur labeur, à Creusot-Loire, Kodak, St-Gobain, Philips, Gardy, Jacquard, Sateba, Terrade, SEVA, etc. C’est comme ça, et ce sont tous des gens d’ici.
La conception de Gilles Platret est de s’occuper de la façon dont les gens vivent sur le plan culturel. La « laïcité » est comme une nouvelle religion d’Etat ou une nouvelle science à laquelle on serait obligé d’obéir pour s’habiller, pour manger, et sans doute pour penser. C’est une conception étatique très en vogue, que ce soit à gauche avec Valls, et à droite avec Sarkozy, qui considèrent « la laïcité » comme une « réponse » au « communautarisme », mot qui, en fait, cache « les musulmans ».
Or, la laïcité n’est pas un dogme, une religion, elle doit permettre de créer un espace afin de rassembler les gens en dehors des particularismes culturels des uns et des autres, mais aussi en les prenant en compte. Cela ne se situe pas au même niveau. La laïcité historique est bienveillante, c’est ne pas opposer les gens, ne pas mettre en avant des questions de nourriture (donc de cultures, d’habitudes culturelles) pour les diviser ; c’est les traiter à égalité dans leurs différences. Il existe toujours une solution allant dans le sens du collectif dès l’instant qu’on la souhaite et qu’on la cherche.
Dans cette affaire de cantines scolaires et de repas, il faut avoir un seul principe : un enfant = un enfant, l’école ne doit laisser aucun enfant sur le bord de la route. C’est une question d’éthique, ce n’est pas normal que des enfants soient abandonnés par l’institution et ce qu’il y a autour (les cantines scolaires) en excluant certains enfants des cantines par des mesures de ce type. Certes le maire peut dire que le service de restauration scolaire constitue un service public administratif facultatif, que c’est un accueil périscolaire, ce qui lui laisse du pouvoir, mais la concertation est nécessaire, tout comme sur les rythmes scolaires où il avait d’ailleurs oublié de consulter les conseils d’école ! Les menus diversifiés, c’est tout simplement un accommodement raisonnable dans la maison pour tous. En faisant l’inverse, il alimente le communautarisme qu’il prétend combattre en favorisant les écoles confessionnelles.
UNE VILLE POUR TOUS, UNE VILLE VIVABLE
Tout ce qui fonctionnait, quelle qu’en soit l’origine : les menus dans les cantines scolaires, « la Vie des métiers », les Saônates, le festival « Chalon dans la rue », la vie associative, sont soit liquidés, soit menacés. Que dire d’un maire qui n’a même pas la politesse, et qui n’a peut-être pas eu le courage d’inaugurer le festival international artistique qui se déroule dans sa ville, et qui attire de 200 à 300 000 spectateurs chaque année ? Du jamais vu !
Tout cela contribue à développer une ambiance anxiogène dans la ville. On ne gouverne pas avec la peur, la peur des gens, celle des musulmans, celle des jeunes, celle de quelques clochards, celle des intermittents du spectacle, sinon pour camoufler l’absence totale d’idées positives, de politique pour transformer le quotidien (les emplois ?), autre que de parsemer le seul centre ville de décorations florales, de planter des clous dans les rues pour ne pas se perdre, avec ses processions et ses flonflons, ses baraques au port Villiers baptisées pompeusement « guinguettes ».
Chalon doit rester une ville vivable, une ville pour tous où chacun est pris en compte quel qu’il soit, quelle que soit son origine, sa culture, sa religion ou sa non-religion.
Organisons un espace de dialogue pour réfléchir et pour agir afin de faire respecter le droit des gens, en dehors de toute religion d’Etat ou de religion (qui elle est une affaire personnelle).
Collectif « Une ville pour tous »
Contact :
[email protected]
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