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Histoire de marcher…

Histoire de marcher…

Bruno Sananès, un écrivain voyageur de 51 ans a traversé cet été la France via ses voies navigables, de Dunkerque à Bordeaux, dans un petit canot qui s’est arrêté à Chalon-sur-Saône et à Mâcon. En 2011, il avait déjà parcouru plus de 3500 km à pied, accompagné d’un âne bâté sur les chemins de grande et petite randonnée. Un périple qu’il raconte de belle façon dans « Histoire de marcher », un récit paru l’an dernier.

C’est en aôut 2011 que Bruno Sananès a traversé la Bourgogne, aux côtés de César, un âne provençal âgé de 11 ans à l’époque. Des falaises de Baubigny aux collines du Beaujolais, l’équipage a cheminé parmi  vignobles et prairies de la région, quatre mois après son départ de Charente. Il se souvient de son appréhension, parfois, à devoir traverser des pâtures pleines de vaches, des ruines de l’Abbaye de Cluny, de sa fatigue momentanée générée par une nuit humide sous la tente.

Après avoir parcouru la planète comme reporter photo, il a décidé de trouver l’aventure en bas de chez lui, au fil du sentier. Les grandes oreilles et le bon tempérament de César lui ouvrent des portes et la sympathie des habitants des villages. Car au-delà de la France rurale et de ses détours, du quotidien du marcheur, c’est avant tout une pléiade de rencontres en tout genre que nous présente le randonneur. Artisans, apiculteurs, artistes, paysans, fans de sport automobile, miss France, joyeux bringueurs, retraités actifs ou malades bien contents d’être distraits, les personnes croisées qui lui offrent ou non l’hospitalité dressent le portrait d’un pays certes méfiant mais hospitalier et curieux de l’autre. Il ne nous épargne aucun détail, de ses fatigues passagères, à ses frayeurs ou à ses joies. César broute les hautes herbes du bord des chemins mais avance, aguerri par d’autres randonnées faites avec son précédent maître. 

Evitant les grandes villes par son tracé précis, Bruno et César ont à l’époque relayée leur aventure sur une page Facebook, régulièrement actualisée par les photos des paysages traversés. Bruno Sananès à son retour chez lui prend son temps pour écrire, puisque son ouvrage est publié plus de deux ans après le bouclage de son Tour de France dans une maison d’édition qu’il a créé lui-même.

Un couple de cavaliers, qui traverse un jour son hameau charentais, donne sans le savoir à Bruno Sananès l’idée de sa marche pas comme les autres. Sans beaucoup d’expérience antérieure de la randonnée, il acquiert son matériel, s’entraîne et surtout déniche (sur le Bon Coin !) son valeureux compagnon. Ces dignes héritiers de Stevenson ont marché 229 jours, sans sponsors, avec un budget limité de 5 € quotidiens. Un exploit qui dit aussi que l’aventure est à la portée de tous. Le récit des aventures de Bruno et César est en tout cas atypique, très sympathique à lire et propre à susciter des vocations.

 

Florence Genestier

 

« Histoire de Marcher ou le tour de France avec un âne », Bruno Sananès. Editions de la Mandragore.

http://www.editionsdelamandragore.fr/livres/

 

Quinze millions de Français aiment marcher et randonner. Pour ceux qui veulent tenter la balade accompagné d’un âne dans la campagne saône-et-loirienne, on trouve plusieurs âniers dans le Charolais-Brionnais, près de Cluny ou encore dans le Morvan.

 

Extraits

 

« Notre première journée en montagne débute par une ascension lente et progressive. Tant mieux, je dois ménager mes cuisses. Il fait beau, pas trop chaud, c’est une journée idéale pour apprécier la randonnée. Nous marchons plein sud et picorons des mûres. Je choisis les plus grosses. César engloutit les vertes, les rouges et vient même quémander un peu de ma récolte. Sur un chemin de gravillons de granit gris, qui crisse et se fracture sous les sabots ferrés de César, je retrouve les odeurs résineuses des pins, leur vert prononcé, leur ombrage, leur grande majesté. La journée s’écoule dans les bois, la nature est belle et je me sens mieux ».

 

« Je crois que l’aventurier a surtout besoin de se nourrir de moments forts, inédits, rares avec de l’insolite en fil conducteur de sa vie ».

 

« Nous quittons le chemin de Stevenson et pendant trois jours, nous ne rencontrons personne. Trois jours sans communiquer, sinon avec César. « Allez, allez, César » Nous passons nos journées dans des paysages majestueux, souvent arides, parfois lunaires. Ils sont variés comme nos chemins. (…) Je trouve dans les torrents ou les fontaines d’altitude l’eau nécessaire à notre survie »