Saône et Loire
Prévention de la radicalisation religieuse en Saône et Loire : une première journée d'échanges prometteuse
Publié le 01 Février 2016 à 17h50
Sur l’écran, ce vendredi 29 janvier après-midi les sons et les images du dernier clip de propagande de l’Etat Islamique défilent. Le montage est plus que professionnel, parfaitement réalisé, rythmé. Voilà pourquoi la communication web de Daech est si redoutable : la propagande est parfaitement enveloppée, de manière séduisante, dynamique et simplement compréhensible. Un discours formaté qui veut cibler « l’émotion, via un vocabulaire binaire ». Dans la salle du palais des Sports de Mâcon, trois cents personnes : élus, travailleurs sociaux, militaires, gendarmes, des parquetiers et autres personnes intéressées écoutent plus qu’attentivement. On pourrait qualifier le silence de la salle de « religieux » mais c’est tout le contraire…
« La connaissance protège » a répété à l’envi un des intervenants, Bruno Domingo, catalan d’origine et consultant, qui a entre autres été directeur de l’Observatoire de la Tranquillité de Toulouse sous le maire PS Paul Moudenc. Connaître les processus de radicalisation, comme les idéologues de l’islam radical d’Oussama Ben Laden à Abou Moussab al-Souri, après les vagues d’attentats de 2015 font hélas partie de la culture générale pour chacun désirant prévenir les dérives meurtrières. Une affaire de citoyen éclairé, au-delà du professionnalisme de l’acteur social, qui doit désormais cheminer avec ces nouvelles données sans tomber dans l’alarmisme. Un équilibre subtil qu’une seule journée de formation, dense comme celle de vendredi, ne permet cependant pas de trouver, tant le sujet est complexe. D’autres sessions sont d’ores et déjà prévues en mars, à Paray, au Creusot notamment. « On apprend en marchand » a résumé Milada Pantic, la directrice de cabinet du Préfet, après avoir détaillé la mise en place de deux cellules spéciales en Saône-et-Loire. Un dispositif commun à tous les départements français.
Première journée de formation et d’échanges sur la prévention de la radicalisation religieuse, orchestrée par la Préfecture et le conseil départemental et peaufinée dans ses détails par les services du CD 71, la formation a fait le plein. « On a dû vite freiner les inscriptions parce qu’on a vite été assailli de demandes », explique une cadre organisatrice de la journée, membre de la DRH du conseil départemental, qui joue les porte-micro pendant les séquences de questions du public. Des questions nombreuses et averties, précises. Si une dizaine seulement du personnel réuni a été amenée à faire un signalement de radicalisation dans l’année 2015 qui vient de s’écouler, ou à s‘inquiéter du comportement provocateur de certaines personnes croisées, trouver la bonne attitude face à des cas éventuels préoccupe sainement les présents. Beaucoup de psychologie est nécessaire pour connaître, appréhender, répérer puis inverser ces processus de radicalisation.
Tous les participants ont eu à remplir une fiche d’évaluation. Nul doute que Sid Abdellaoui, ancien conseiller d’orientation devenu docteur en psychologie et expert judiciaire dont le récit d’expériences a passionné à juste titre la salle sera bien noté.
F.G.
Le Communiqué du conseil départemental
Prévention de la radicalisation religieuse
Le Département et la Préfecture luttent ensemble
Comment a-t-on pu passer à côté de cette radicalisation ? Quels signes avant-coureurs n’ont pas été détectés ? Aurions-nous pu empêcher cela ?
C’est autant de questions auxquelles le Conseil départemental de Saône-et-Loire et la Préfecture entendent répondre ensemble, en formant leurs personnels car « la lutte contre le terrorisme, c’est bien l’affaire de tous ».
Ce vendredi, près de 300 agents du Département et de l’Etat, de la CAF, de l’Education nationale, de la justice, de la gendarmerie, de la police ont participé à une première journée de prévention de la radicalisation religieuse. Des salariés des services sociaux pour la majorité, qui, sur le terrain, peuvent être amenés à détecter des profils potentiels et à réagir.
Car « très souvent, comme le précisait le Président André Accary, les auteurs de ces actes barbares sont des Français qui ont grandi dans les écoles de la République, qui ont fréquenté les associations et les clubs sportifs de nos communes, qui ont parfois travaillé, pour certains, dans les services publics de notre pays… ».
Le Conseil départemental dispose de nombreux services chargés des interventions sociales par le biais de la Direction Générale Adjointe aux Solidarités. Ainsi, la prévention peut être largement envisagée dans les Territoires d’Action Sociale de Saône-et-Loire, et par le biais de la Direction de l’Enfance et des Familles ; du Réseau d’Aide Sociale à l’Enfance et aux Familles ; de la Cellule départementale de Recueil des Informations Préoccupantes ou encore des collèges dont il a la charge.
Du côté des services de l’Etat, qui a impulsé de nouvelles dispositions sur le plan de la sécurité et aussi sur le plan de la prévention de la radicalisation religieuse, la lutte contre le terrorisme est également une priorité. A tel point que les organisateurs « ont dû gérer les protestations de ceux qui n’ont pu s’inscrire à cette journée », assurait le Préfet Gilbert Payet.
Des clefs pour déjouer la tentation sans stigmatiser
Vendredi, quatre intervenants (Patrick Charrier, docteur en psychologie et criminologie, directeur de cabinet spécialisé en prévention et gestion des risques psycho-sociaux ; Sid Abdellaoui, professeur de psychologie sociale et du travail, expert judiciaire et vice-président de l’Association française de Criminologie ; Bruno Domingo, consultant et formateur, ancien auditeur de l’INHESJ, chercheur associé en Sciences politiques ; Linda Testouri, psychologue clinicienne spécialiste psycho criminologie et victimologie) ont exposé leurs connaissances à un public captivé.
Beaucoup de questions ont été posées à propos d’un sujet qui est aujourd’hui l’affaire de tous, insistait André Accary. « Il faut que les professionnels qui travaillent au contact de ces proies potentielles sachent comment leur parler, comment leur ouvrir les yeux sur ce milieu fanatique, comment leur faire entendre que la radicalisation n’est pas la solution. Il faut que tous soient en mesure de savoir comment réagir, et comment donner les clefs à ces jeunes, pour qu’ils ne cèdent pas à la tentation de l’extrême. Il faut aussi que ces personnels de terrain soient bien armés pour trouver le juste équilibre, pour ne pas sombrer dans la stigmatisation de publics aux pratiques de l’Islam, ou de jeunes en crise identitaire.
Cette journée de formation marquait le début de cycles de formations qui commenceront début mars.
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