Culture
Laurent Vignat : « J’écris parce que la vie ne me suffit pas »
Publié le 03 Mars 2016 à 19h25
Le territoire Grand Chalonnais n’est pas exempt de talents, qu’Info-Chalon rencontre pour vous au fil du temps. Cette fois-ci, gros plan sur Laurent Vignant, écrivain, dont Info-Chalon vous recommande « Particule d’enfance », un conte musical, qui sera à l’honneur ce dimanche 6 mars, à Rully.
« Maman disait toujours : ‘’la vie, c’est comme une boîte de chocolat. On ne sait jamais sur quoi on va tomber’’ ». Celles et ceux qui ont vu Forrest Gump [1] se souviendront sans doute de cette réplique d’un Tom Hanks tentant d’engager la conversation avec une jeune fille essayant de lire tranquillement un livre, alors qu’elle se trouve assise sur le même banc que lui, dans une sorte de parc municipal.
Rencontrer un écrivain, d’une certaine façon, c’est un peu la même chose : on ne sait jamais sur qui on va tomber. En effet, il y a de nombreuses espèces dans ce genre d’êtres humains : des bons, des mauvais, des pédants, des originaux, des qui feraient mieux d’arrêter… Laurent Vignat, lui, est plutôt une heureuse rencontre, et non pas, soyons clair, l’une des « rencontres intéressantes » dont parlait Charles Fourier… En réalité, c’est même quelqu’un que l’on a du mal à quitter, une fois la conversation bien engagée. Bien que « Parisien, de Paris intra-muros », comme il le dit lui-même quand on lui demande d’où il vient, celui qui est devenu agrégé de Lettres, qui plus est après des études au sein de la prestigieuse Sorbonne, est un homme avenant, chaleureux, pas prétentieux pour un sou. Pour tout dire, on parlerait des heures avec lui, s’il ne fallait que toutes les bonnes choses aient une fin et… s’il ne fallait rentrer écrire l’article qu’Info-Chalon a volontiers décidé de consacrer à un écrivain du Chalonnais, passé par la case Picardie, avant d’élire domicile dans notre contrée. Sans doute après avoir découvert le vin d’un village où l’une de ses œuvres, Particule d’enfance [2], sera à l’honneur ce dimanche 6 mars…
« J’écris parce que la vie ne me suffit pas »
Professeur de lettres au collège de Givry, « et non pas de français, car tous les profs en France sont quelque part des profs de français », Laurent Vignat aime les mots. Il aime les lire, les ruminer. Mais pas que. Il aime aussi les écrire. Ceci depuis longtemps. A l’écouter, écrire, c’est une impulsion qui l’agite depuis l’âge de 12 ou 13 ans. Une impulsion à laquelle il a fini par donner libre cours, suivant à sa manière le conseil d’un personnage d’Oscar Wilde, Lord Henry, pour qui « la seule manière de se débarrasser d’une tentation est d’y succomber » [3]. Ce qu’il résume en un mot, emprunté au poète lisboète Fernando Pessoa : « J’écris parce que la vie ne me suffit pas ».
Ecrire parce que la vie ne suffit pas, dans un tout autre contexte, cela pourrait sonner affreusement sinistre, lugubre. Avec Laurent Vignat, toutefois, rien de tel. Le « manque » ainsi pointé est source de vie, de créativité. Le besoin de saisir le monde au travers des mots débouche sur des romans, des nouvelles, qu’on lit sans se forcer, c’est-à-dire pour le plaisir. Il débouche aussi sur des contes. Comme par exemple Particule d’enfance. Un conte qui a la particularité d’être « musical ».
« La littérature va se réoraliser »
Une lubie, cette idée de conte musical ? Une stratégie de communication pour démarquer, sur un marché saturé, un produit culturel, afin d’en favoriser la vente et, par conséquent, se dégager un revenu substantiel ? On aurait pu le penser si, derrière le terme, qu’on pourrait imaginer sorti du cerveau plus ou moins fécond de quelque Séguéla de bazar, ne se cachait en réalité un concept, forgé à la suite d’une réflexion sur la littérature.
Laquelle ? Laurent Vignat est convaincu que « la littérature va se ré-oraliser ». Pour le dire autrement, il a l’intime conviction que c’en sera bientôt fini de la lecture autonome, pour soi, intérieure. Bref, que « l’activité silencieuse de lecture va disparaitre, qu’on est tout proche d’un changement de paradigme ». En effet, Laurent Vignat constate un besoin de récit, oral. Un besoin qu’il qualifie « d’anthropologique ».
Ecrire un conte qui ne soit pas qu’un conte mais également musical s’inscrit dans le prolongement de cette réflexion. Et si, au départ, Laurent Vignat répondait à la commande de Merwan Djane, le professeur de musique de ses deux enfants, qui souhaitait une « histoire à mettre en musique », ce qu’il a conçu est allé au-delà.
C’est-à-dire ? A ce stade, bien sûr, Info-Chalon pourrait tout vous raconter par le menu, ce qui vous dispenserait - voire dissuaderait - de vivre l’expérience proposée par Laurent Vignat et ses comparses. Ce ne serait toutefois pas vous rendre service, ni mettre à l’honneur le travail ainsi réalisé. Aussi votre site d’information préféré ne saurait-il trop vous recommander de vous rendre à Rully ce dimanche ou, si cela vous est impossible, le 29 juillet, à Cuisery, où Particule d’enfances sera de nouveau à l’honneur.
S.P.A.B.
[1] 1994. De Robert Zemeckis. Durée : 2 h 20.
[2] Particule d’enfance, Texte de Laurent Vignat, Musique de Merwan Djane, Editions Mutine, 2015, 5 euros

[3] Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, Le Livre de poche, coll. « classiques », (1890) 2015, p 60
Dimanche 6 mars – 17 h 30 – Salle des fêtes de Rully – 10 euros (gratuit pour les moins de dix ans)
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