Opinion de gauche
Loi El Khomri : "le refus d'être de la chair à patrons" pour le NPA Saône et Loire
Publié le 20 Mars 2016 à 09h47
Ca fait neuf mois qu’ils sont sur le coup. Une attaque violente, sans précédent, contre un siècle de code du travail. Au lieu d’adapter les entreprises aux humains, ils veulent adapter les humains aux besoins des patrons. Le patron du MEDEF l’avait braillé sans relâche : « le code du travail est l’ennemi n°1 des patrons ».
Mais devant plus d'un million de signatures enregistrées dans la pétition "loi travail : non merci !", les marionnettes de Gattaz le ventriloque (Valls, Macron, El Khomri) ont reporté de 15 jours la présentation de la loi, reçu les jeunes, reçu les syndicats, proposé d’amender, de corriger, puis expliqué que le texte était « nouveau »… mais en fait ils ont organisé une mise en scène avec le mauvais acteur Laurent Berger de la CFDT, qui a eu le culot de dire que le texte était « potentiellement porteur de progrès (sic) » alors que c’était du pipeau ! Ils ont reculé sur un seul point. Ils ont renoncé à faire travailler les apprentis 40 h par semaine et 10 h par jour ! Les autres annonces, c'est du flan !
C’est tellement un enfumage que Gattaz, selon le Canard Enchainé, demande discrètement à ses fédérations Medef, par circulaire, de ne pas prendre trop au sérieux les signes d’opposition qu’il a été obligé de manifester pour jouer le jeu du patron des patrons effarouché. Ils n’ont rien changé d’autre sur le fond et ils recommencent à essayer de bourrer les crânes, afin de contrarier les prochaines manifestations des jeunes et des salariés.
En fait les licenciements sont toujours aussi grossièrement facilités : à quoi servira un juge sans moyens, qui devra prouver que l'employeur a fraudé et arnaqué ses salariés, une fois… que ceux-ci auront été licenciés et alors que la loi Macron prévoit que même si les salariés licenciés obtiennent gain de cause, ils ne seront ni indemnisés, ni ré intégrés ?
La garantie « jeune » c'est du vent : déjà versée comme une aumône à 50 000 jeunes, limitée à 460 euros/mois et pendant un an, elle serait étendue d’ici 2017… . Mais c’était déjà prévu depuis de nombreuses semaines. C’est un pitoyable effet d’annonce. En plus, quel crédit peut-on accorder à cette mesure, il n’y a même pas de collectif budgétaire pour la financer d’ici 2017 ?…
Désormais les négociations se feront en tête à tête avec le patron avec tous les chantages que cela sous-entend. En inscrivant cette logique de dialogue social "de proximité" dans le code du travail, c'est une machine à remonter dans le temps qui sera institutionnaliser pour mieux instrumentaliser le dumping social. A ce rythme là tous les verrous garantissant les dernières sécurités pour les travailleurs auront sauté. Nous n'aurons plus rien à défendre.
Valls annonce que le texte va réduire la précarité, c’est un énorme mensonge, une escroquerie intellectuelle. Il prend les français et notamment les salariés pour des " jambons". Il nous assure vouloir inciter la multiplication des CDI alors qu'il offre les pleins pouvoirs aux employeurs pour mieux licencier. « Travailler plus, plus mal pour gagner moins », telle est la norme de cette loi infâme qui produira davantage de chômage et de précarité; des salaires toujours plus bas et moins de dignité pour des millions de salariés. C’est la pire attaque contre un siècle de nos droits. Elle brisera la vie de millions de travailleuses et de travailleurs.
Au lendemain du mouvement étudiant de 1986 contre la loi Devaquet, Pierre Bourdieu, éminent observateur de cette société de fin de 20è siècle, écrivait un texte qui prend encore aujourd'hui tout son sens : "Le refus d'être de la chair à patrons". Il y évoque le profond malaise de la jeunesse française. Une jeunesse tourmentée et agressée par une société qui lui laisse de moins en moins de place, de moins en moins de débouchés. Une société qui chasse les rêves.
Cette agression contre les jeunes, contre les travailleurs sacrifiés, n'a cessé de s'ampifier depuis lors. Aussi, cette dernière attaque majeure contre le monde du travail impose une riposte à la hauteur de l'enjeu : une grève générale, une mobilisation de millions de salariés et de jeunes. Ce modèle qu'ils nous infligent, nous ne pouvons le laisser en héritage aux générations futures. Nous devons les faire reculer. Nous n'avons plus le choix.
Jean-Guy Trintignac NPA 71
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