Chalon sur Saône

Son Ange & Démente corrosif, Mélanie Rodriguez l'a assumé pleinement...

Son Ange & Démente corrosif, Mélanie Rodriguez l'a assumé pleinement...

Elle a manifestement la langue préférablement bien pendue, et n’a pas froid aux yeux, Mélanie Rodriguez ! Vendredi soir au Théâtre Piccolo de Chalon-sur-Saône à l’occasion de la quatrième étape des Evasions Rieuses d’A Chalon Spectacles, la jeune femme a étalé ostensiblement son humour noir, voire au vitriol, le nec plus ultra de sa personnalité artistique. Ames sensibles s’abstenir pour cet Ange & Démente dont elle est coauteur !

A l’hôpital il s’en passe des bonnes !

 

En mettant d’entrée de jeu le public dans la confidence, Mélanie lui a instantanément  montré la direction à suivre, celle du politiquement incorrect, mâtiné selon les circonstances d’autodérision. Où la « Grande Faucheuse » guette souvent au coin de la rue...aidée par ses peu recommandables sbires : immoralité, hardiesse, inconvenance. « Il doit y avoir dans la salle des mangeurs d’enfants, des tueurs de vieux, des violeurs d’animaux. Mon seul point commun avec l’Espagne, c’est que je suis en faillite, et on peut m’avoir pour pas cher ! » La comédienne, qui a quitté dans ce cas précis l’école à 18 ans (en 6ème !) n’a eu que faire de la bien-pensance par rapport à l’hôpital et l’enseignement dispensé. « Comment convaincre un enfant de faire ses devoirs en phase terminale ? » Sans fard, vous a-t-on dit. « A l’hôpital on avait un jeu très sympa : la mort est dans le pré. » Aucune limite. «J’allais en milieu médical pour tester les médicaments. Là-bas ils nous fabriquent nos antécédents médicaux. », a-t-elle révélé, expliquant que l’affection de sa mère, « c’était plutôt étranglement sur mineure ! », allant jusqu’à feindre la mort pour faire plaisir à sa maternelle ! Lorsqu’elle incarne une soignante qui accouche au forceps, de raconter que « la tête, je l’ai eue, mais le reste du corps, c’est la mère qui l’a gardé… » Encore plus dégoulinant de cynisme, l’histoire du cœur artificiel à attribuer. Le hic, c’est qu’il y a deux enfants en attente, et donc l’un d’entre eux ne survivra pas… »Une petite mousse pour faire passer la mise en bière ? »

 

Chaque pique est enduite de cyanure

 

Il n’y a jamais eu la moindre accalmie dans son parcours déviant, qu’une litanie de coups fourrés vis-à-vis du bel ordonnancement de la normalité. Simplement, parfois, une oppression moins lourde. «C’est l’amour fou avec mon chéri. Il m’a avoué que ça avait été très dur pour lui de me tromper, et qu’il ne l’avait pas fait exprès… » Ouf, l’honneur est sauf ! Dans la même veine, l’assertion libératrice, « mon mec il est tellement vieux que ses fringues de 20 ans reviennent à la mode ! », ou alors : »J’ai fait un cauchemar : j’ai rêvé que j’avais eu une idée ! » Chassez le naturel, il revient cependant rapidement au galop. Sans crier gare. « J’ai fait de la téléréalité : Une chimio presque parfaite, Qui veut éponger mon fils…Dans cet amoncellement de contre-pieds à la logique cartésienne, Mélanie Rodriguez s’est fendue d’un avertissement sans frais. « Soyez toujours cool avec vos enfants, puisque ce sont eux qui décideront si vous irez à l’hospice. » Transition commode pour aborder le cas de cette vile directrice de maison de retraite officiant aux « Chrysanthèmes » avec des dortoirs de cinquante places afin d’habituer les pensionnaires au cimetière, et des chambres chauffées par le crématorium. Bigre ! Horrible, cette responsable sûrement pas pilotée par son sentimentalisme… »Il y a eu 3% de morts ce mois-ci. Allez, allez, on y va…J’aimerais bien qu’on se fixe des objectifs, si je veux des subventions, il faut du roulement ! « Prenant une personne handicapée à part pour lui faire un mauvais parti : « Vas-y le tétra, lève-toi si t’es un homme ! » Grincements de dents…Quand sur fond de racisme la flèche est décochée, elle touche sa cible. « J’ai vu des Noirs pas agressifs, je pense qu’ils acceptent leur sort… » Conscients que le trait est tellement grossi qu’il en perd de son caractère diffamatoire, les spectateurs ont systématiquement emboîté le pas à la comédienne, riant tout haut, absolvant par ricochet les « péchés » déversés à tire-larigot…

                                                                                                           Michel Poiriault

                                                                                                           [email protected]