Saône et Loire

L’or liquide du jardinage

L’or liquide du jardinage

Nous sommes tous des réservoirs d’or liquide. Telle est la théorie de Renaud de Looze, ingénieur belge devenu désormais pépiniériste en Isère qui tient à réhabiliter l’urine comme engrais naturel dans nos jardins. Etonnant mais férocement naturel.

L’agriculteur lambda n’a pas le droit d’utiliser l’urine humaine comme fertilisateur. Le particulier, le jardinier du dimanche, si. Et on l’aura compris, c’est une méthode que Renaud de Looze recommande particulièrement et expérimente à son profit depuis des années. Avec succès.

Dans ce petit guide très précis et pratique, bien illustré, aussi bien par des photos que par des croquis délicats du dessinateur Avoine, l’ingénieur belge signe mine de rien le premier plaidoyer en faveur de l’usage de l’urine –le pipi donc – au jardin. Une méthode qui a priori peut rebuter mais qui une fois l’ouvrage parcouru puis refermé paraît logique. Le bineur du dimanche a toujours su que pisser sur ses salades était bénéfique à sa production, mais il saura enfin pourquoi. Question d’azote, de dosage, de nutriments. L’apport de l’urine n’est pas un remède miracle face à un sol pauvre mais l’utiliser avec méthode et avec du compost peut générer  de belles surprises. Peu de monde s’intéresse aujourd’hui aux bienfaits de ce liquide humain : seules les villes d’Amsterdam et Durban testent des urinoirs publics expérimentaux en vue d’engrais

« Ressource gratuite, riche en sels minéraux propices à la culture des végétaux », l’urine contient aussi « du phosphore, du calcium, du potassium, du magnésium, du soufre ». Bref, sur une année, « 6 à 7 kg de minéraux qui ont transité dans notre corps sont équivalents à 30 kg d’un bon engrais bio complet ». Foin des idées reçues, il est temps pour l’ingénieur belge de réhabiliter cet engrais critiqué et oublié « Certains disent que l’urine pollue. Si l’urine est correctement dosée, tout ira aux plantes sans perturber les organismes du sol , aucun nitrate, ni phosphate n’ira dans les cours d’eau ».

Voilà des années que l’auteur du guide rêve de potagers en circuit fermé et autosuffisants, où le maximum de déchets recyclables viennent enrichir cultures et sols par leurs apports divers. Au fil de ses pérégrinations et essais, l’homme a testé les excréments de poissons en Californie, la lombriculture en Nouvelle-Zélande. Rien ne s’improvise. Tout se recycle, se transforme, se mesure. Sa pépinière iséroise satisfait à 90% ses besoins en eau grâce à un système de récupération et d’irrigation par les eaux de pluie typiquement belge. Les solutions préconisées dans le guide ont été testées et vérifiées à petite échelle par l’auteur au fil des années.

Toutefois, l’auteur reste réaliste : « l’idée de l’utilisation de l’or liquide (urine) et l’or noir (compost) est une initiative citoyenne applicable au niveau individuel uniquement. L reste encore du chemin à faire pour que cette pratique soit adoptée par la communauté des usagers, que la recherche confirme ses avantages et que les obstacles règlementaires soient levés ». En attendant, si le cœur vous en dit, rien ne vous empêche de tester la méthode de Renaud de Looze sur votre lopin de terre. Elle a fait ses preuves.

 

Florence Genestier

 

« L’urine, de l’or liquide au jardin » par Renaud de Looze, la collection Jardiner nature, éditions de Terran, guide pratique pour produire ses fruits et légumes en utilisant les urines et composts locaux. 12 €.