Opinion
Agriculture : changer un modèle socialement et écologiquement intenable
Publié le 12 Août 2016 à 22h39
La seule réponse du gouvernement à la détresse des agriculteurs sera sans doute une fois de plus quelques
aides financières puisées dans les fonds publics. Mais ces crises à répétition ne se régleront pas avec une
addition de chèques sans fil conducteur.
Quand allons nous tirer les leçons du choix engagé depuis des décennies par les représentants du syndicat
agricole majoritaire, la FNSEA, d'une agriculture intensive, industrielle, spécialisée et tournée vers l'export
avec à la clé toujours plus de précarité, de disparitions d'exploitations et de dégâts écologiques. Loin de
représenter les intérêts des exploitants ou de répondre aux attentes des consommateurs, ce modèle, au service
de l'industrie agroalimentaire, est dépassé.
Un produit agricole n'est pas un minerai bas de gamme. C'est un enjeu majeur de santé public. La
production à outrance de produits à bas coûts nous revient très cher en terme de maladies, de dépollution de
l'eau potable (55 milliards pour enlever les nitrates), de disparition des abeilles, d'érosion des sols …
De plus elle n'est pas rémunératrice pour les agriculteurs. Sur 100 € dépensés pour l'alimentation, le secteur
de l'agriculture en reçoit 8,2 contre 12 en 1999 (3). Cette situation ne peut pas durer. Dans l'immédiat, la
commission européenne doit fixer des prix plafond de vente pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur
métier. Puis tous les pouvoirs publics doivent accompagner le changement de modèle :
• accroître l'autonomie protéique des exploitations ce qui limitera d'autant la part des produits importés
pour l'alimentation des élevages
• accompagner la conversion vers l'agriculture bio
• rapprocher producteurs et consommateurs
• approvisionner la restauration collective en produits locaux de qualité avec une augmentation de la
part du bio
• éduquer à consommer mieux
• reprendre les négociations sur la PAC en réorientant les subventions sur les emplois crées et non plus
la surface
• refuser le traité TAFTA dont l'impact serait catastrophique sur les secteurs de la viande et du lait.
Nous appelons aussi à saisir et amplifier les opportunités offertes par la loi d'avenir pour l'agriculture,
l'alimentation et la forêt, en développant les groupement d'intérêt économique et environnemental (1) et les
contrats alimentaires territoriaux (2).
Enfin, faut-il rappeler que l'agriculture est faite pour nourrir pas pour surproduire à bas coût des produits
médiocres. La vraie mesure d'aide aux agriculteurs endettés sera de favoriser la transition vers l'agroécologie,
assurant la qualité des produits et la vie des agriculteurs, le respect de notre environnement, eau,
sol, et par la même de la santé de tous.
MC Colin Cordier porte parole EELV 71
(1)groupement d'intérêt économique et environnemental (GIEE) : des collectifs d'agriculteurs s'engagent dans un projet
pluriannuel de modification ou de consolidation de leurs pratiques en visant des objectifs économiques,
environnementaux et sociaux, avec des soutiens de l'Etat. 4000 agriculteurs sont engagés dans 246 GIEE, dont le
premier souffle tout juste sa première bougie. 300 000 hectares sont
concernés.source :http://www.campagnesetenvironnement.fr/loi-d-avenir-bilan-d-tape-encourageant-8074.html )
(2)contrats alimentaires de territoire : ils permettent de mettre en synergie les différents acteurs de l'alimentation sur
un territoire : agriculteurs, parents d'élèves, personnel médical, agents des collectivités...dont la Région peut s'emparer.
(3)sur 100 € dépensés pour l'alimentation, le secteur de l'agriculture en reçoit 8,2 contre 36,5 pour les services,
commerce et transport, 13,2 pour les industries alimentaires, 3,2 aux autres industries. 29,6 rémunèrent les
importations en produits alimentaires. A cela s'ajoute 9,3 € de taxes. ( étude 2015 de l'observatoire des prix et des
marges)
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