Chalon sur Saône
6 ans de prison pour le braqueur du Carrefour City de la rue au Change
Publié le 14 Octobre 2016 à 17h41
Le tribunal correctionnel de Chalon a condamné jeudi soir Alik Aloyan, l’auteur du braquage du Carrefour City de la rue au Change à Chalon, à 6 ans de prison. Les trois magistrates qui composaient ce tribunal n’ont accordé aucune indulgence au prévenu, en allant au-delà des réquisitions du ministère public, qui avait réclamé 5 ans de prison.
Ce trentenaire d’origine arménienne, toxicomane notoire, a payé cher son attitude durant son procès, qui aura duré un peu plus d’une heure vingt. En interrompant à plusieurs reprises le substitut Anne-Sophie Kopacz en train de requérir, le mis en cause, qui était jugé dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate, n’a pas choisi la meilleure ligne de défense. Ce d’autant plus que quelques instants auparavant, surmontant une émotion bien légitime, la victime, à la barre, avait affirmé une fois encore « Oui, je le reconnais, c’est bien lui ».
La jeune étudiante, qui travaille tous les week-ends et durant les vacances dans le supermarché pour se faire un peu d’argent, en est sûre. C’est bien lui qui, le 10 septembre dernier, aux alentours de 9h 30, l’a braqué en l’aspergeant de gaz lacrymogène et, après l’avoir bousculé tout en lui disant « Ta gueule ! », a dérobé l’argent contenu dans le tiroir-caisse, soit 264,73 €. Avant de s’enfuir en petites foulées en direction de la place de l’hôtel-de-ville.
Alik Aloyan a été finalement interpellé le même jour, en début d’après-midi, dans la chambre qu’il occupait dans un hôtel situé à 5 minutes à pied du lieu de l’agression. Le temps pour les enquêteurs de remonter jusqu’à lui, après avoir visionné les vidéosurveillances du magasin et celles de la Ville et avoir obtenu le témoignage du gérant de l’hôtel, signalant qu’il avait bien parmi ses clients un individu correspondant au signalement de l’agresseur.
A Torcy pour acheter de la drogue
Après avoir commis son braquage Alik Aloyan s’est rendu à Torcy afin d’acheter des stupéfiants. Au moment de son interpellation les policiers ont d’ailleurs découvert dans sa chambre 4,87 g de cannabis, 3 g d’héroïne et 1,27 g de cocaïne. Et au cours de son déplacement dans la banlieue creusotine le prévenu n’a pas hésité à montrer à la personne qui l’accompagnait une liasse de billets en indiquant que tout cet argent lui avait été donné par sa copine. Et, si l’on en croît ce témoin, pour une somme avoisinant celle du vol. C’est-à-dire à peu près 260 €.
Pas facile au mis en cause d’expliquer à ceux qui l’interrogeaient cette coïncidence. Comme il ne lui a pas été facile de dire pourquoi on avait retrouvé dans sa chambre une bombe lacrymogène de même couleur que celle vue sur les vidéos ainsi que le même survêtement et les mêmes lunettes de soleil noires que celui et celles portés par l’agresseur repéré sur ces mêmes vidéos.
Et pourtant Alik Aloyan a continué à affirmer qu’il n’était pour rien dans ce braquage. « Je ne vais pas faire un braquage dans un magasin, où je fais mes courses tous les jours. Je ne suis quand même pas con à ce point-là. J’insiste, ce n’est pas moi ».
« Une curieuse conception de la notion d’innocence
« Le prévenu a une curieuse conception de la notion d’innocence. » a confié Me Jérôme Duquennoy. «Dans ce dossier, il n’y a pas de doute, on a tous les éléments pour entrer en voie de condamnation ». L’avocat de la partie civile a été catégorique. « S’il a commis ce vol, c’était pour aller acheter des stupéfiants », avant de poursuivre, faisant référence à une précédente condamnation, « Il n’en est pas à son coup d’essai ». Comme l’a rappelé peu après le substitut Anne-Sophie Kopacz, Alik Aloyan a en effet été condamné par cette même juridiction le 1er août 2007 pour des faits quasiment identiques, ce qui lui a valu ce jeudi d’être en état de récidive. Me Duquennoy a aussi souligné que le supermarché avait subi un préjudice économique important : suite à ce braquage le gérant a pris la décision de fermer le magasin. Et aussi un préjudice en terme d’images : le Carrefour City de la rue au Change se serait bien passé d’une telle publicité. Enfin Me Duquennoy, qui défendait la jeune caissière, a fait remarquer que cette dernière, qui a fait l’objet de 10 jours d’ITT, n’était toujours pas remise de l’agression, étant toujours en arrêt de travail jusqu’au 22 octobre prochain. « Elle n’est pas prête d’oublier ce qui lui est arrivé ce 10 septembre 2016 ».
Des faits extrêmement graves
« Le vol avec violences, ce sont des faits qui sont les plus graves » a fait observer le substitut Anne-Sophie Kopacz. « Ce sont des faits graves, parce qu’ils ont été commis dans un commerce, au cœur de la ville, dans un lieu où il y a souvent beaucoup de monde. Ce sont des faits graves, parce qu’une jeune femme a subi des atteintes physiques et psychologiques particulièrement importantes ».
La tâche de Me Benoît Diry, conseil d’Alik Aloyan, s’annonçait difficile. En dépit d’une belle plaidoirie l’avocat de la défense n’a pas réussi à changer les convictions des trois juges. « On ne condamne pas s’il existe un doute, même infime » a-t-il déclaré. Finalement Me Diry, qui a aussi fait remarquer qu’il avait rarement vu une personne nier avec une telle insistance, n’a donc pas été entendu par le Tribunal. Lequel, outre la peine principale de 6 ans de prison, a condamné son client à 5 ans d’interdiction de paraître au Carrefour City de Chalon et aux alentours et à 5 ans d’interdiction de porter une arme. En attendant l’audience sur intérêts civils programmée le 9 février 2017 à 9h 30 le prévenu devra également régler à la victime 2 000 € de préjudice à titre provisoire. Il devra encore payer à Carrefour City 264,73 € de préjudice matérielle, 1 000 € de préjudice économique et 600 € au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale.
Gabriel-Henri THEULOT
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