Chalon sur Saône
Haro vivifiant sur le cancer du sein, en compagnie d'une comédienne, Noémie Caillaut, digne de foi
Publié le 20 Octobre 2016 à 15h24
Vade retro, Satana ! Lorsque d’aucuns se font pincer par le crabe, démarre alors un cheminement chaotique peuplé d’embûches de toutes sortes, un parcours du combattant durant lequel oscillent doutes, espoirs, angoisses…Au fait de cette maladie car victime en 2012, la comédienne Noémie Caillaut a mercredi soir en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône, joué avec beaucoup d’à-propos « Maligne », un titre qui jette un froid glacial…
Que d’épreuves !
La protagoniste n’est pas quelqu’un de sombre dans l’existence, elle la croque d’ailleurs à pleines dents sans souci du lendemain. Un « vice caché » ? L’hypocondrie. Avouez qu’il y a pire, car, selon ses termes, « l’hypocondrie est la seule maladie que les hypocondriaques n’ont pas ! ». A partir du mois de janvier 2012, plus rien ne serait comme avant. Insignifiante au premier abord, la mammographie donne lieu à une biopsie, puis, après dix jours d’attente, la sentence tombe tel un coup d’assommoir : »Vous avez un petit cancer. » Elle va par conséquent devoir adopter un comportement idoine. « Je ne suis pas triste, je suis révoltée. Il faut que je m’approprie ce nouveau mot : cancer. Je n’ai pas envie qu’on me regarde comme une petite chose. » Le 25 la chimiothérapie entre en guerre contre cette tumeur maligne de 7 cm sur 6 cm. Un risque est réel, celui de n’avoir pas d’enfant(s). Pour anticiper cette menace, début février rencontre-t-elle un professeur pour une fécondation in vitro. A quelque chose malheur est bon. Lorsque l’on est en proie aux affres de cette maladie, les bénéfices secondaires ne tardent pas. A l’image des cadeaux que l’on vous offre. Ce peut être également l’aspect sentimental qui prend de la hauteur. « Quand on dit que l’on a un cancer à un homme, il nous aime un peu plus. » Bref, loin de se démobiliser, la cancéreuse fait front avec obstination. La série noire perdure. Quinze jours après la première chimio les cheveux commencent à tomber…tandis que le besoin viscéral d’affirmer sa féminité est toujours solidement ancré en elle. Au chapitre gravité, une mauvaise nouvelle se fait jour : des métastases ont été repérées sur les vertèbres. « Cela va disparaître avec le traitement », lui assure le corps médical. Tant et si bien que les chimios s’enchaînent, les examens de routine également. « Désormais, ma vie c’est chimio-boulot-dodo » », déclare-t-elle fataliste et sur un ton badin. Au mois de mai la tumeur a malheureusement toujours le même volume, d’où un changement de traitement. Ce à quoi son corps réagira superbement. La fin du protocole aura lieu fin août, et la tumeur est passée de 65 à 22 mm, laquelle sera extraite avec quelques ganglions. Qui plus est, sans aucune cicatrice pour couronner le tout ! Des séances de drainage lymphatique suivront, et début septembre, trente-cinq séances de radiothérapie. Au menu du mois d’octobre : reprise de la chimio ! Et en janvier 2013 un traitement…
« Vive la vie !»
« Un petit cancer c’est trois ans de traitement. Imaginez si j’avais eu un gros, je prenais perpète ! » Noémie Caillaut n’aura eu de cesse d’alterner le chaud et le froid, laissant même planer l’incertitude un an après l’entame de l’événement fâcheux sur la libération ultérieure éventuelle du carcan imposé…comme s’il n’y avait pas d’autre alternative que celle qui consiste à filer droit sans demander son reste pour faire la nique au trublion s’étant invité à son insu à l’intérieur de son organisme. La comédienne a réalisé le tour de force de démontrer avec aplomb comment il convenait de ne pas tendra la joue gauche après avoir été frappé à la droite en manifestant un esprit de résistance, le seul qui vaille pour ne pas sombrer. De bout en bout elle aura su tenir en haleine les spectateurs grâce à cette dualité vie-mort, et aux dommages collatéraux qui sont monnaie courante tout au long de ce mano a mano avec la lente détérioration…Si une conviction de chaque instant est impérative, l’humour dont elle a fait preuve itou. Minimiser –mentalement sans se soustraire aux règles édictées- l’impact en se retranchant derrière le paravent du dérisoire, et la tension baisse de plusieurs crans. Le public ne s’y est pas trompé, saluant à l’issue de l’aventure livrée clés en main, debout comme un seul homme. Le mot de la fin restera à Noémie : « J’ai une chose à vous dire : vive la vie ! »
Les retombées financières à trois associations ad hoc
S’agissant de l’introduction de « Maligne », Kenny Quaïo, l’organisatrice d’A Chalon Spectacles, structure qui pour l’occasion a fait alliance avec la Direction des Solidarités et de la Santé du Grand Chalon, a indiqué que tous les bénéfices de la soirée partiraient gonfler le bas de laine des trois associations locales se battant contre le cancer : l’antenne de la Ligue nationale contre le cancer, Corasaône et Toujours Femme. Ce mercredi matin, ce sont entre 5000 et 6000 euros qui avaient la certitude, au minimum, d’être remis aux bénéficiaires. Avant d’effectuer la promotion du livret du spectacle (dédicacé à l’issue de la prestation, disponible aux Editions Payot), ainsi que du calendrier 2016 du Rotary club de Chalon (coût : 15,00 euros) dont les photos sont à mettre à l’actif de Josyane Piffaut.
Michel Poiriault
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