Chalon sur Saône

"Non seulement, les budgets à la culture doivent être protégés mais augmentés" pour Pierre Laurent

"Non seulement, les budgets à la culture doivent être protégés mais augmentés" pour Pierre Laurent

Ancien directeur de la rédaction de L'Humanité, ancien secrétaire national du Parti communiste français pendant 8 ans, président du Parti de la gauche européenne de 2010 à 2016, Pierre Laurent était à Chalon dans la Rue. Il répond aux questions d'info-chalon.com.

Pierre Laurent, était l'invité de la Société des amis, lectrices et lecteurs de l'Humanité, organisateur du rendez-vous de la culture, au coeur de Chalon dans la rue, en présence de Judith Pavard, directrice artistique de la compagnie Koshka luna, Isabelle Poifol-Ferreira  - conseillère régionale déléguée à la culture et Jean-Marc Bonnot, régisseur général à la retraite.

 

Pierre Laurent, vous étiez invité à intervenir à la 38e édition de Chalon dans la rue, à l’heure où les budgets sont de plus en plus contraignants. La culture peut-elle être une variable d’ajustement ?

Ce serait une grave erreur. Les budgets de la culture restent très faibles, et pourtant ils sont essentiels à l'émancipation de la personne humaine. Non seulement, ils doivent être protégés mais augmentés. La vie culturelle et artistique est un puissant service public pour faire du lien, tisser de la solidarité, protéger notre liberté de penser. C'est pour cela que les forces d'extrême-droite et celles qui n'entendent que la voix du marché sont les plus acharnées contre les politiques publiques de la culture .

 L’exception du modèle culturel français a-t-elle encore un avenir devant elle ?
Bien entendu. Regardez aussi bien la cérémonie d'ouverture des JO , le rayonnement des  festivals comme Chalon dans la rue, et toute cette décentralisation culturelle qui fait vivre nos régions, cela montre la vitalité de notre modèle. Mais attention, tout cela est fragilisé par des acteurs économiques très puissants qui veulent faire des industries culturelles et médiatiques uniquement des sources de profit et de contrôle idéologique? C'est Elon Musk aux Etats-Unis, les milliardaires Bolloré et Stérin en France. Il faut défendre une culture vivante, créative et libre.

Comment réagissez-vous aux annonces formulées par François Bayrou sur le budget 2026 ?

Elles sont catastrophiques socialement et d'une violence inouie. Elles conduiraient notre pays à la régression si elles étaient appliquées. Comment oser par exemple demander à des salariés déjà exténués par le travail et si mal payés de monnayer leur semaine de congés payés. C'est d'un cynisme absolu.

Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut faire des économies. Au-delà du toujours plus de taxes, quelles réponses le PCF apporte.

Il n'y aucun consensus là dessus. Le plan Bayrou-Macron n'a qu'un seul objectif. Protéger une augmentation démentielle des dépenses d'armement que Trump exige des pays de l'OTAN et protéger le niveau de profits des ultrariches et des entreprises du CAC 40. C'est là qu'il faut aller chercher de l'argent. L'économiste Gabriel Zucman a démontré que la France est devenu un paradis fiscal pour les ultrariches et le sénateur communiste Fabien Gay a montré dans une commission d'enquête que l'utilisation des 200 milliards d'aides fiscales aux grandes entreprises n'est jamais contrôlée. Quand le gouvernement dit pas d'impôts supplémentaires, il faut comprendre pas d'impôts en plus pour ceux-là, car pour tous les salariés, le principal impôt, les recettes de TVA, ne cesse d'augmenter avec les prix à la consommation. Nous avons en réalité un énorme problème d'injustice fiscale. Nous devons dépenser plus pour les services publics, les investissements industriels et écologiques d'avenir, et pour cela faire payer les ultrariches, réduire les exonérations fiscales qui alimentent les profits et non l'investissement.


Vous êtes ancien sénateur, nombre de Français s’accordent à dire que les « privilèges » des élus sont bien trop grands au regard des services rendus. N’y-a-t-il pas un symbole fort que de s’attaquer aux indemnités des élus ?

La campagne contre les élus est une campagne populiste pour détourner la colère populaire contre la démocratie plutôt que contre les privilèges du grand capital. L'immense majorité des 500.000 élus, les élus locaux,  de notre pays ne touche aucune indemnité. La plupart des autres, maires ou adjoints de communes petites ou moyennes, touchent des indemnités très faibles pour compenser le temps consacré à leurs fonctions. Les maires des grandes villes et les parlementaires ont de lourdes responsabilités à temps plein.  On peut discuter du niveau de leurs indemnités, mais tout cela ne porte que sur des sommes infininiment inférieures, sans commune mesure par rapport  aux énormes profits des grands groupes et aux revenus indécents des ultrariches. Arrêtons cette démagogie et pour redresser nos comptes publics, attaquons nous à ceux qui pillent vraiment nos richesses.