Saône et Loire
INCENDIE A LOUHANS - « En fait, je ne pensais pas que ça allait brûler comme ça. »
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 07 Octobre 2025 à 09h06
Il ne pensait pas mais voilà. Parce qu’il était, à 36 ans, « en colère », le 4 juin dernier, il a mis le feu à un lit. Le feu a dévoré tout le bâtiment au n°30 de la rue d’Alsace à Louhans, et a brûlé aussi les numéros 28 et 26…
Autant dire que les victimes sont nombreuses. Des logements « et l’ensemble de leurs biens mobiliers », un local professionnel, le toit, les combles et le mur de l’immeuble suivant, et les poutres, les charpentes et les tuiles faîtières de celui encore après. L'homme, qui a reconnu les faits immédiatement, a été jugé ce lundi 6 octobre.
Il ne faut pas prendre les problèmes de voisinage à la légère ! On sait, par expérience, que les moyens des autorités publiques sont limités en la matière, c'est vrai. Au point qu’on dit souvent aux gens : « Déménagez, y a que ça à faire... » Il arrive que les conséquences prennent le visage de l'incommensurable, ce fut le cas à Louhans, rue d'Alsace, le 4 juin dernier.
Ça a commencé par emm… tout le monde
A la barre du tribunal, une des victimes de ce gigantesque incendie témoigne de l'ambiance stressante que ce couple (vieux de quelques mois) générait, par le barouf les soirs, les week-ends, un vrai « bordel ». De la violence, donc, parce que c'est déjà de la violence que de ne pas être capable de « voisiner » correctement, de respecter l'environnement humain et matériel. Et puis « un gros chien », « un couteau », et la gestion de crises à coup de menaces et d'insultes. Voilà pour le contexte général.
Ça s’est fini par une flambée
Du côté du prévenu et de sa copine, le contexte n'était pas bon non plus. Alcool, drogues, et une relation à l'avenant, rock n'roll si on veut mais alors en version réorchestrée par les Traceelords. La femme était locataire au 30 rue d'Alsace depuis quelques mois, il était venu vivre chez elle. Il n'a que des plaintes à formuler la concernant, dans ces conditions pourquoi il restait ? "Je pensais que ça se calmerait."
Il pensait..., soit, mais comme disait finement Jacques Lacan, la jouissance, ça commence par des chatouilles et ça finit à la flambée à l'essence. Et c'est ce qui s'est passé, une sacrée flambée, sans essence toutefois, mais puisque rien n'était venu les arrêter, elle et lui, avant...
On reprend le déroulé de la journée
Rien n’allait donc avec sa copine. Ce matin du 4 juin, monsieur se lève vers 10 heures et s’empresse d’aller acheter de la bière à la supérette. Il en profite pour voler du whisky, deux bouteilles (« Pour une je me suis fait prendre, pour l’autre, je ne me suis pas fait prendre »). A partir de là, en route pour l’autoroute de l’alcoolémie montante. Faute de méthadone, puisqu’il dit que sa copine lui prenait, il s’enfile un demi gramme de cocaïne. Plus tard dans la journée, il trouve finalement un peu de méthadone qu’il s’empresse d’ingurgiter.
Son avocat insistera : « C’est avec ce cocktail » qu’il a fini sa journée.
« Ton appartement de merde est en train de flamber »
L’après-midi, elle et lui se prennent la tête (magnifique expression, au passage, qui dit assez bien ce qu’elle a à dire, ndla). Elle finit par se rendre « aux Arcades » (centre de Louhans) pour « chercher des mégots pas finis » dit-elle, « pour chercher de la cocaïne », dit-il. Il se retrouve seul. Il dit qu’il a enflammé « un bout de papier », l’a jeté sur le lit, puis serait parti immédiatement (la question du timing a occupé l’audience), pour retrouver sa copine, à laquelle il annonce : « Ton appartement de merde est en train de flamber. »
Le manque, les excès, les trous…
Le prévenu a pu expliquer qu’il a « des trous noirs », à cause de son état de manque et tout ce qu’il s’est mis dans le buffet pour combler tout ça. Des trous noirs… Une photo de la chambre, point de départ du feu, montre un magnifique trou, bien rond, à l’emplacement où se trouvait le lit, explique la présidente. Le manque, les excès, les trous… tout cela est bien humain mais le procédé n’est pas économe, il aurait même pu être meurtrier. Est-il à même de le comprendre ?
« C’est bien fait pour leurs gueules »
Le SDIS envoie des hommes, bien sûr, et du matériel : 3 engins pompes, deux élévateurs et une ambulance pour le soutien sanitaire*. Les pompiers sont sur place, les passants aussi. Le prévenu est à environ 15 mètres de l’incendie et il est pris à partie. Il est très alcoolisé, il commence à s’énerver, lance : « C’est bien fait pour leurs gueules. » Les gens l’insultent. Il faut se figurer l’ambiance, les flammes qui parfois s’échappent par des ouvertures, le bruit que ça fait quand le feu détruit tout sur son passage. Une scène terrifiante.
Des préjudices sur tous les plans
Les victimes s’en remettent difficilement. Il y a ceux qui ont perdu leur logement et toutes leurs affaires, ceux qui ont vu leur outil de travail mis en péril, et dans un cas, les deux. Préjudices multiples, donc et pas mal de rancœur : ces deux-là enquiquinaient absolument tout le monde, les gendarmes se déplaçaient, mais le mode de vie du jeune couple l’a emporté. Les photos sont impressionnantes : table rase.
Le prévenu dira à plusieurs reprises qu’il regrette, « vraiment » : « Je n’ai pas voulu ce qui est arrivé. Je n'avais rien contre eux. Juste ma copine. »
« Il aurait pu tout éteindre »
Ce point est en débat, car l’expert incendie a rendu son rapport. Il écrit avoir fait des tests, et conclut qu' il aurait pu tout éteindre » car pour arriver à un tel ravage, il fallait d’une part, des matières combustibles autour du papier enflammé (qui aurait pu s’éteindre seul sans cela), et du temps : au moins 20 minutes pour que le feu se propage.
Le prévenu maintient qu’il est sorti immédiatement et donc ne s’est aperçu de rien, convaincu que ça s’éteindrait tout seul. Pourtant il dit à sa copine que son appartement « est en train de flamber ».
Sur l’intention
Pour le parquet, c’est plié : il avait l’intention de mettre le feu à tout le bâtiment. Pour la défense, pas du tout. Si le prévenu est responsable de ses actes, cela n’empêche qu’il les a commis dans un état de conscience très altérée. Ces deux locataires « peu fréquentables » comme a dit un témoin, vivaient dans un dé à coudre, un tout petit espace envahi par les dépendances et tous les moyens requis pour y répondre. Alors, le monde autour, hein.
Un très mauvais cocktail
L’expert psychiatre parle d’une personnalité dyssociale mais met en lien ce passage à l’acte « hétéro agressif » avec des addictions très importantes. Le prévenu au teint blafard dit se droguer depuis ses 14 ans, cannabis, cocaïne et héroïne aussi à une époque.
Quand il travaille, c’est dans les vignes, et il vivait chez ses parents. A son casier, 11 mentions avec tout le panel des peines possibles, pour conduite sous l’empire de l’alcool, stupéfiants, port d’arme, violences et en 2016, pour avoir mis le feu à une poubelle. « C’était pour faire le bête avec mes copains, un truc de gamins ! J’avais 18 ans… » Il est né en 1989.
5 ans de prison et 4 ans de SSJ
Le tribunal le déclare coupable et le condamne à la peine requise par la procureur soit à 5 ans de prison ferme et à un suivi socio-judiciaire (SSJ) pendant 4 ans (3 ans de prison à la clé s’il n’en respecte pas le cadre).
Obligations de soins, de travailler, d’indemniser les parties civiles (renvoi à janvier pour les intérêts civils), payer le droit fixe de procédure, et interdictions de contact (« par tous moyens ») avec les victimes, ainsi que de paraître sur la commune de Louhans.
Peine complémentaire : interdiction de porter une arme pendant 5 ans.
FSA
*Les secours en France sont gratuits pour la population mais ils ont néanmoins un coût, estimé en 2024 à 94 euros par habitant en Saône-et-Loire. Quand l’incendie est volontaire, le législateur estime que ce n’est pas à la solidarité nationale de prendre en charge le coût des moyens matériels et humains. Pour ce sinistre, ce coût s’élève à 16 000 euros.
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