Bresse Chalonnaise

TRIBUNAL DE CHALON - Cinq hommes jugés et condamnés pour des vols dans des maison en Bresse

Par Florence SAINT-ARROMAN

Publié le 12 Décembre 2025 à 07h34

TRIBUNAL DE CHALON - Cinq hommes jugés et condamnés pour des vols dans des maison en Bresse

Comme des oiseaux posés sur un fil, ils sont dans le box, les uns à côté des autres. Ils sont cinq, cinq hommes. Ils ont commis des vols dans des maisons à Montret, ont tenté le coup à Branges, ont tâté de la menace des fusils, ont été arrêtés.

 C’était le 30 octobre dernier. Ils sont tous en détention provisoire depuis le 1er novembre, soit à la maison d’arrêt de Dijon, soit au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand. Ils sont jugés ce 11 décembre. La présidente ne dit pas pourquoi une telle attente.

Les faits 

Ils sont partis de Clermont-Ferrand au volant d’une Passat, « emprunté à un ami, on lui a dit qu’on allait voir des femmes, et pour ne pas l’exposer à des problèmes, on a modifié les plaques d’immatriculation ». Avec du gros scotch noir. Vrai ou faux pour l’ami on ne sait. Les recherches ont établi que ce véhicule appartient en réalité à une femme, que celle-ci a établi son adresse dans un CCAS du sud de la France, et que, petit bonus, elle n’a pas de permis de conduire. Voilà pour la voiture.

Partis de Clermont le 29, si on les suit, ils arrivent à Chalon-sur-Saône et prennent des chambres dans un hôtel. Le lendemain matin go en Bresse. Ils laissent leurs téléphones portables dans leurs chambres, « pour ne pas les perdre », et pas du tout pour que leur trajet soit traçable. Cette présidente, vraiment, a l’esprit bien soupçonneux… Les juges sont souvent comme ça, hein. On est là à reconnaître qu’on est parti pour cambrioler des maisons et y rafler des objets de valeur, dont en premier lieu, des bijoux, mais la juge ne s’en contente pas. Elle veut une reconnaissance des faits (l’obtient sans difficulté) et cerner les profils (ça sera plus difficile).

A Montret, deux maisons sont visitées et cambriolées. Deux couples donneront l’alerte, vers 18 heures pour l’un, un peu plus tard pour l’autre. Les gendarmes constatent, font des relevés, et voilà. Sauf qu’un peu plus tard, une nouvelle alerte arrive de Branges : des hommes ont garé une Passat à côté d’une maison inoccupée. La fille de la propriétaire de cette maison (une dame âgée qui ne vit plus chez elle) était en train de dîner quand l’application rattachée à l’alarme du domicile de sa mère signale une effraction.

A Branges on a sorti les fusils

Dans cette maison, rien n’aurait été volé mais la tentative de vol est retenue car en un rien de temps, « tous les placards du rez-de-chaussée ont été vidés et leurs contenus jetés au sol ». Là-dessus un voisin intervient. Trois ou quatre des hommes s’enfuient. Ils courent en direction du bourg où trois hommes les interceptent. « Ils étaient armés, on a eu peur. »
Si on a compris (et rien n’est moins sûr), après avoir « supplié » qu’on ne leur tire pas dessus (tout s’est déroulé sans violence), et proposé un peu d’argent pour qu’on ferme les yeux, trois des hommes sont repartis en courant, coursés par deux des habitants de Branges. Les gendarmes placent tout le monde en garde à vue. Dans la voiture, ils retrouvent les bijoux volés.

Les gens qui ont vécu de près cette histoire ne retrouveront peut-être pas dans cet article pas ce qu’ils ont vécu, car le récit qui en est fait à l’audience est un peu décousu. Le souci du tribunal, étape par étape, est de construire ce qui lui permettra de rendre une décision avec des peines adaptées aux situations des uns et des autres, et de ce point de vue, ça a roulé.

Un groupe ethnique nomade malmené partout en raison de son mode de vie qui échappe volontiers à la vie administrative que nous connaissons

Le plus âgé des prévenus a 39 ans, il est en état de récidive légale pour tout (condamné une fois en 2022). Il est né en Serbie, dit y vivre et venir souvent en France. Deux des hommes sont nés en 1996, en Italie, dans deux villes différentes. Le quatrième est né en 2001 en Allemagne. Le cinquième est né en 2003 en Suisse. 
Ce sont des rroms. Ce peuple sans terre, sans pays (donc sans armée, au passage), qui a pour mode de vie de bourlinguer et dont les enfants naissent ici ou là, au gré des périples des parents. On écrit « bourlinguer » pour rendre la facilité avec laquelle ils peuvent vivre dans n’importe quel pays, mais leurs vies sont dures, de fait, car aucun pays d’Europe n’aime les nomades, et en Roumanie ou en Bulgarie dont certains sont des ressortissants, ils sont très mal traités.

La présidente interroge chaque prévenu pour border un peu leurs lieux de vie. Leurs situations administratives sont approximatives ou inexistantes. Ça va compter dans les décisions du tribunal.

Pour deux vols aggravés par trois circonstances (dans un local d’habitation, en réunion et avec effraction) et une tentative de vol aggravée par les mêmes circonstances, le tribunal condamne :
Le plus âgé à la peine de 9 mois de prison ferme avec maintien en détention puis à une interdiction du territoire français (ITF) de 5 ans.
Les deux nés en 1996 en Italie, à la même peine et à la même ITF. 
Celui qui est né en 2001, à 1 an de prison ferme avec maintien en détention et une ITF de 5 ans.
Le plus jeune (2003), à la peine de 9 mois ferme avec maintien en détention.

Ils devront indemniser les trois parties civiles pour leurs préjudices matériels et moraux. Pour l’heure les escortes les ont ramenés dans leurs cellules, à Dijon ou à Varennes-le-Grand.