Agglomération chalonnaise

Kevin, famille d’accueil pour la SPA du Chalonnais témoigne : « Il faut tenter le coup »

Kevin, famille d’accueil pour la SPA du Chalonnais témoigne : « Il faut tenter le coup »

Kevin n’est ni éducateur canin ni maître-chien. À 31 ans, il est professeur et, depuis quelques mois, famille d’accueil pour la SPA du Chalonnais. Un engagement ponctuel mais précieux : accueillir temporairement des chiens du refuge, le temps de les rassurer et de les aider à retrouver un équilibre.

Il est des chiens comme des humains : nous n’avons pas tous la même capacité d’adaptation. Leur tempérament, leur vécu ou les blessures du passé peuvent rendre la vie en refuge éprouvante. Le bruit constant, la proximité agitée des congénères, le manque d’exercice ou de repères génèrent parfois un stress intense, qui se traduit par des troubles du comportement.

Comment rendre un chien « adoptable » ?

Les membres du refuge doivent précisément relever ce défi : comment faire pour que ce chien soit « adoptable » ? Qui voudrait adopter un chien anxieux, imprévisible ou au contraire apathique ?
Pour Olivier, président du refuge Ernest-L’Henry et comportementaliste canin, ces comportements ne sont pas définitifs : « Ils sont souvent l’expression d’un stress, d’un ennui ou d’un mal-être. Avec un cadre, une routine et de l’exercice, un chien peut se transformer. »

La famille d’accueil peut être une baguette magique

Alors, depuis quelques mois, le refuge lance un appel : Devenir famille d’accueil. Il s’agit de constituer un réseau de personnes capables d’accueillir, pour quelques semaines, un chien ou un chat proposé par la SPA. Leur rôle est précieux, parfois déterminant : offrir un cadre rassurant, le temps que l’animal s’apaise et trouve un équilibre.

Kevin a été le premier à répondre à cet appel. Et les résultats sont parfois incroyables, comme l’histoire de Pika en témoigne.

De Dick à Pika

En 2021, dans une SPA de la Drôme, Kevin adopte Dick, un Bruno du Jura de 8 ans, atteint de dysplasie. Ils partagent trois années ensemble, jusqu’au décès du chien à l’âge de 11 ans.

En 2025, il découvre sur le site de la SPA l’appel aux familles d’accueil. « Je connaissais le principe, très répandu dans les pays anglophones. Me réengager avec un chien à vie, je n’y pensais pas. Mais être famille d’accueil, je me suis dit : pourquoi pas ? Ça ne me gêne pas d’accueillir un chien temporairement : je sais que je rends service au refuge, et surtout au chien. »

Pika, sept semaines pour changer de vie

Kevin contacte le refuge Ernest-L’Henry. Il attend fin mai pour accueillir le premier chien : Olivier lui parle de Pika, un jeune croisé berger malamute, maltraité par un précédent propriétaire, dont Infochalon a fait le portrait et le récit de son adoption définitive.

« Vu le profil dont m’avait parlé Olivier, je voulais être disponible, être avec lui 24 heures sur 24. »

Pika restera 7 semaines chez Kevin, dans un environnement calme, loin du stress des box, avant d’être adopté en juillet 2025 par Julien et sa fille Ambre. Sept semaines, un temps suffisant pour que ce chien imprévisible change du tout au tout. Le cadre, certes, a fait son effet, mais aussi la routine – si importante chez les chiens anxieux.

La routine sécurise un chien

Kevin raconte ces semaines d’accueil : « Je le sortais tous les jours en laisse, de 5 h 30 à 6 h 30, quand il n’y avait personne. À l’intérieur, il était calme. C’est en extérieur qu’il pouvait se montrer imprévisible. Mais il s’est assez vite apaisé : il se dépensait, je le faisais marcher tous les matins dans les champs et la forêt de Champforgeuil. Et des repas à heures fixes, une routine pour qu’il sache à quoi s’attendre. »

Marches quotidiennes, repas à heures fixes, balades ritualisées : autant de repères essentiels pour les chiens anxieux. Une routine stable permet de sécuriser l’animal, de restaurer sa confiance et de favoriser son équilibre.

La transition dans une famille d’accueil a été un élément clé dans l’adoption de Pika.

Il n’en est pas toujours ainsi.

Parfois, la magie n’opère pas…

Kevin en témoigne avec Titus, afin de rappeler un point essentiel : si ça ne fonctionne pas, il ne faut pas culpabiliser.

Début septembre, Titus, un croisé malinois-molosse, lui est confié après que ses propriétaires s’en soient séparés. Intelligent, puissant, parfois difficile à canaliser, le chien donne du fil à retordre. « Il arrivait même à ouvrir les fenêtres tout seul », raconte Kevin. Olivier intervient à plusieurs reprises pour trouver des solutions.

« Le 4e jour, pendant sa promenade quotidienne en longe, un autre chien non tenu en laisse s’est précipité sur lui. Il y a eu bagarre. J’ai apprécié la réactivité d’Olivier. Il m’a dit que ça pouvait arriver et qu’il allait trouver une autre solution. » Et en effet, tout s’est bien terminé pour Titus, qui a été adopté.

Cette expérience rappelle deux choses essentielles :

  • tenir son chien en laisse lorsqu’on croise un congénère inconnu est un acte prudent et responsable ;
  • une expérience de famille d’accueil écourtée n’est pas un échec. « Il faut tenter le coup », résume Kevin.

Verso, le coup de cœur devenu adoption

Lorsque Kevin découvre l’appel à devenir famille d’accueil, un chien attire déjà son attention sur la page Facebook du refuge : Verso, un croisé griffon et grand bleu de Gascogne.

L’été puis la rentrée scolaire passent. En octobre, Verso est toujours au refuge.

Quand Olivier lui propose de l’accueillir temporairement en tant que famille d’accueil, Kevin accepte : « Je me suis dit que s’il se sentait bien, je l’adopterais. »

Après deux semaines seulement, Kevin adopte Verso. Un chien de chasse qu’il décrit avec tendresse : « Verso, c’est une bouille ! Je connais assez bien le comportement des chiens de chasse et j’aime bien ça. Son aboiement sonore m’amuse, sa peur de tout bruit, le changement total de comportement à mesure qu’on s’approche de la forêt. Alors, la truffe au sol, il rampe presque en émettant des reniflements bruyants. Je précise que je ne chasse pas et que j’attache toujours mon chien. »

L’adoption de Verso n’empêchera pas Kevin de continuer à accueillir d’autres chiens, ceux qui en ont le plus besoin.

N'hésitez pas à partager cet article, la SPA a besoin de vous !

Par Nathalie DUNAND
[email protected]

N.B. : Prochainement, nous publierons quelques remarques et conseils pratiques de Kevin à l’adresse de ceux qui hésitent encore.
Photos transmises par Kevin pour publication (encore plus de photos ci-dessous).

SPA Région chalonnaise – Refuge Ernest-L’Henry
Rue des Rotondes, 71880 Châtenoy-le-Royal
Tél. : 03 85 87 90 01
Site : spa-chalon71.fr
Mail : [email protected]
Devenir famille d’accueil