Chalon sur Saône

TRIBUNAL DE CHALON - Samantha Avril est passée devant la Justice chalonnaise ce lundi

Par Florence SAINT-ARROMAN

Publié le 19 Janvier 2026 à 20h28

TRIBUNAL DE CHALON - Samantha Avril est passée devant la Justice chalonnaise ce lundi

La prévenue qui est appelée à la barre de l’audience correctionnelle ce lundi 19 janvier à 11h30 ne comparaît pas sans pression : il y a bien plus de journalistes que d’habitude. Mais cette prévenue est un objet de curiosité, connue pour s’être fait passer pour médecin, à Montceau les Mines en 2020.

 Elle n’en mérite pas tant, plaidera son avocate en fin d’audience. Nous y reviendrons. Ce 19 janvier, la femme, née à Beaune en 1984, doit répondre d’avoir falsifié des documents, en vue d’être admise en master 2. Elle dépose un dossier de pré-inscription à l’Université de Bourgogne, sous son nom de femme mariée : elle a détourné et falsifié des relevés de notes de sa belle-fille, qui porte ce même nom. 
Le responsable de l’Inspé (pour institut national du professorat et de l’éducation) dépose plainte en septembre 2022.

Elle dit « qu’elle a été aide-soignante, assistante d’éducation et médecin » (sic)

La belle-fille, contactée, dit qu’elle n’est pas très étonnée car en 2021, sa belle-mère s’était connectée à son Facebook et à sa boîte mail dans laquelle elle avait pu trouver des documents. 
Entendue, la mise en cause reconnaît les faits. Elle a falsifié plusieurs documents, avec Photoshop. Elle dit qu’elle est sans emploi, « qu’elle a été aide-soignante, assistante d’éducation et médecin » (sic). Elle est hospitalisée le mois qui suit le dépôt de plainte. 
Pourquoi a-t-elle recommencé à vouloir se faire passer pour qui elle n’est pas ? Elle dit que c’était « pour trouver un emploi ou une formation, pour répondre à une obligation judiciaire ».

Casier judiciaire pour avoir enchaîné les faux

C’est l’histoire du serpent qui se mord la queue finalement : condamnée en 2020 pour faux document (un diplôme d’infirmier), puis pour usage de faux (pour obtenir la qualité d’institutrice), un sursis probatoire lui donne l’obligation de suivre une formation ou de trouver un emploi… et la voilà qui déclare que c’est cela qui la reconduite à briguer une formation sans avoir les diplômes requis. 
Si c’est vrai, pourquoi n’en a-t-elle pas parlé avec son conseiller pénitentiaire (en qui elle dit avoir confiance) ou à son juge de l’application des peines ? Ce dernier pouvait modifier le cadre du sursis probatoire. Mais non. La procureur dira des choses qui pointent bien l’écart, si on peut dire, dans lequel cette femme se loge. 
En 2022, elle a été condamnée également pour avoir contracté des crédits et imité la signature de son mari. Elle est en situation de surendettement et frappée d’interdit bancaire. 
Enfin, elle est toujours soumise à un contrôle judiciaire, mise en examen pour exercice illégal de la profession de médecin.

« Mécanismes délirants hallucinatoires »

Un expert psychiatre l’avait rencontrée en 2020 : « mécanismes délirants hallucinatoires et symptômes qui résistent aux antipsychotiques », donc « dangerosité psychiatrique ». Maître Grenier expliquera que le traitement a depuis été revu, et qu’aujourd’hui ça va mieux, sauf que c’est un traitement « très  lourd » et on sait que les neuroleptiques ne sont pas sans effets pénibles.

« Elle n’a jamais agi dans le cadre d’un délire »

« Madame a reconnu avoir falsifié les documents, commence la procureur de la République. La vraie question, c’est la récurrence des faits, et l’avenir. On ne peut pas faire comme si elle n’était pas malade, elle souffre d’une vraie pathologie. Elle souffre d’une psychose. Par définition, elle ne peut pas être consciente de ce trouble. Mais quand on est ainsi, est-ce qu’on est délirant tout le temps ? Ou y a-t-il des moments, dans la commission des faits, où on prend conscience ? Dans ces moments-là, votre personnalité pouvait prendre le relai, car hallucination ne veut pas dire passage à l’acte. Il fallait, en 2020, trouver un traitement pour stabiliser l’humeur, oui, mais en 2022 elle a conscience : elle n’a jamais agi dans le cadre d’un délire, même si elle voulait répondre à des injonctions (la voix qui lui parle). Elle est accessible à la sanction pénale. » La procureur requiert une peine de 10 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire pendant 3 ans.

Si la presse pouvait lever le pied 

Maître Grenier tient un article de presse dans les mains. « Cet article renvoie à une image d’elle-même qui laisse imaginer que madame est espiègle, et cette photo est utilisée systématiquement, alors que c’est l’image d’une femme qui n’est plus celle qu’elle est aujourd’hui. En 2020 elle n’était pas encore traitée avec des neuroleptiques très forts. Depuis cette affaire, elle vit recluse car tout est prétexte à lui rappeler ce qu’elle a fait. L’expertise de 2020 concluait à une altération du discernement en lien avec la schizophrénie. »

« La schizophrénie est quelque chose de très difficile à vivre »

« Puis elle a eu un traitement qui la stabilise, poursuit Laurence Grenier-Guignard. Mais ce traitement n’enlève rien aux voix qui lui disent ‘T’es nulle’, ‘Tu sers à rien’. Le médecin lui dit qu’il n’y a pas de solution. Alors quand elle entend ces voix, elle met un casque et passe de la musique : elle a l’impression de faire diversion à la voix. Elle se fait beaucoup de soucis pour le gros dossier (à venir), elle veut vous montrer qu’elle s’inscrit dans une continuité de soins. Des soins extrêmement lourds qui la shootent en permanence. Son quotidien est envahi par cette affaire. Alors elle reste recluse chez elle, tout le temps. Elle est profondément dépressive. Cette voix qui lui dit qu’elle est ‘bonne à rien’, entraîne ou signale une faible estime d’elle-même. Elle a un diplôme d’aide-soignante, et elle a suivi le cursus pour être infirmières mais elle a décompensé juste avant de passer le diplôme. La schizophrénie est quelque chose de très difficile à vivre. »

Un discours adapté au lieu et à ses enjeux, malgré tout

La présidente (juge unique) avait mené une instruction patiente et précise face à une femme qui répond volontiers mais nous sommes au tribunal et ça pipe les dés : on sent qu’il y a du travail, oui, mais aussi de quoi se défendre (ce n’est pas un reproche fait à la prévenue, ndla). Le discours est lisse et plutôt fermé. La procureur a bien pointé l’endroit où…
« En fait j’ai une maladie psychiatrique. J’ai commencé à entendre des choses sur moi. Que j’étais bonne à rien, que je méritais pas de vivre, que je devais faire quelque chose pour rattraper ça. J’étais suivie depuis 2006. C’est revenu en 2012. J’ai été hospitalisée deux fois et puis après j’ai essayé de travailler. »
La présidente lui demande : « Est-ce que ces voix sont plus fortes que celle de l’autorité judiciaire ?
- Quand j’entends ‘t’es bonne à rien’, j’ai tendance à faire ce qu’elles me disent. C’est plus tourné vers l’emploi. »

« Ça vous fait plaisir de manipuler les autres ? »

« Je sais votre situation psychiatrique, lui dit la présidente, mais pourquoi ne pas vous être inscrite en L1 ? Pour suivre le cursus, puisque vous avez le bac. Ça vous fait plaisir de manipuler les autres ?
- Non pas du tout. 
- Et si vous aviez eu l’inscription en M2, vous y seriez allée ?
- Non, parce que je savais que c’était mal. C’est pour ça que j’ai été hospitalisée, pour me remettre. 
- Elles vous font du bien, ces hospitalisations ? 
- Ça dépend. A Sevrey j’avais l’impression d’être moins entendue. Les petites voix sont toujours là. Le psychiatre m’a dit qu’elles ne s’éteindraient jamais mais que je vais apprendre à vivre avec. Avec le traitement que j’ai depuis 3 ans, il n’y a pas eu de nouveaux faits.
- Vous avez demandé au maire de Sercy une copie conforme de votre relevé de notes et votre diplôme du bac. Pourquoi ?
- A l’époque je voulais faire des études dans le secteur artistique. Depuis le lycée j’ai envie de ça. Je ne l’ai jamais fait. J’ai essayé de travailler dans d’autres domaines mais ça me stresse trop. »

Un sursis probatoire pendant 3 ans, une seule obligation 

Le tribunal dit la femme coupable et la condamne à la peine de 8 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire pendant 3 ans, avec une obligation de soins. 
Peine complémentaire : inéligibilité pendant 5 ans. 
Elle devra payer les 254 euros de droit fixe de procédure. Elle a dix jours pour faire appel si elle le souhaite.