Cinéma

La Soirée Afrique de La Bobine a attiré 180 spectateurs au Mégarama Chalon

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 15 Juin 2026 à 09h00

La Soirée Afrique de La Bobine a attiré 180 spectateurs au Mégarama Chalon

Une Soirée placée sous le signe de la découverte avec deux films africains aussi rares que passionnants. Plus de détails avec Info Chalon.

Jeudi 11 juin 2026, l'association chalonnaise La Bobine, engagée dans la promotion du cinéma d'auteur et des cinémas du monde, avait donné rendez-vous aux amateurs du 7ème Art au Mégarama Chalon pour une riche et passionnante Soirée Afrique. 

Une programmation ambitieuse qui a attiré 180 spectateurs venus découvrir deux œuvres marquantes du cinéma africain contemporain.

La première séance proposait à 17 heures «Soumsoum, la nuit des astres», du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, récemment récompensé par le Prix de la Critique internationale au Festival de Berlin 2026.

Le film nous plonge dans un village isolé du Tchad où vit Kellou, une jeune fille considérée comme «maudite» par les habitants en raison des visions qui la traversent. Marquée par le prénom mystérieux que lui a légué sa mère avant de mourir, elle va peu à peu apprendre à accepter sa différence grâce à sa rencontre avec Aya, ancienne accoucheuse rejetée par la communauté.

Dans le décor grandiose du plateau de l'Ennedi, site tchadien classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, Mahamat-Saleh Haroun livre une œuvre d'une remarquable beauté visuelle. Les paysages deviennent les complices d'un récit où légendes animistes, croyances populaires et merveilleux s'entremêlent avec naturel.

Dans la continuité de «Lingui, les liens sacrés» (2021), le cinéaste signe également une œuvre profondément féministe. Face à une société patriarcale qui regarde avec suspicion les femmes indépendantes, Kellou et Aya incarnent la liberté, l'émancipation et l'acceptation de l'autre. Le réalisateur interroge avec finesse le rejet de la différence et les discriminations qui en découlent.

Pour la première fois de sa carrière, avec la complicité de l'écrivain Laurent Gaudé, le réalisateur s'aventure du côté du fantastique. La magie y devient un outil d'humanisme permettant de raconter autrement le monde et les liens invisibles qui unissent les vivants à ceux qui les ont précédés.

Un film d'autant plus précieux que le cinéma tchadien demeure extrêmement rare. Comme l'a rappelé Laurence Vincent, qui présentait les deux œuvres au public, le Tchad ne compte aujourd'hui que deux salles de cinéma sur l'ensemble de son territoire.

Entre les deux projections, les spectateurs ayant choisi de participer à l'intégralité de la soirée ont pu profiter d'une pause gourmande autour de beignets africains salés ou sucrés et de bissap proposés par KK Signature d'Afrique, présent les mercredis, vendredis et dimanches sur les marchés du centre-ville de Chalon-sur-Saône.

À 20 heures, place à «Un jour avec mon père», premier long métrage du réalisateur britannique d'origine nigériane Akinola Davies Jr.

Ce récit semi-autobiographique nous transporte dans le Nigeria des années 90. Âgés de 10 et 8 ans, Olaremi et Akinola vivent paisiblement dans leur village lorsque leur père, souvent absent, réapparaît soudainement et les entraîne dans une aventure inattendue au cœur de Lagos. À travers les yeux des deux enfants, le spectateur découvre une immense métropole en pleine effervescence politique alors que le pays traverse une période cruciale de son histoire.

Situé lors des élections présidentielles de 1993, moment d'espoir démocratique après de longues années de dictature militaire, le film fait revivre une période charnière du Nigeria. Le réalisateur y revisite également sa propre enfance et la figure d'un père disparu trop tôt, dans un récit écrit avec son frère Wale Davies.

Filmée à hauteur d'enfant, cette œuvre délicate mêle réalisme et onirisme. Le périple des deux frères traduit avec beaucoup de justesse les conséquences humaines de la dictature tout en conservant une étonnante légèreté. À travers cette journée singulière, le film éclaire les raisons qui poussent parfois des familles entières à quitter leur pays pour chercher refuge ailleurs.

Porté par des interprètes remarquables, «Un jour avec mon père» a offert au public un moment de cinéma particulièrement émouvant et profondément humain.

Entre les légendes envoûtantes du Tchad et les souvenirs d'enfance bouleversants du Nigeria, cette Soirée Afrique a démontré toute la richesse et la diversité du cinéma africain contemporain. Une programmation exigeante et accessible qui a su séduire un large public. Forte de ce succès, La Bobine poursuit sa mission de faire voyager les spectateurs à travers le monde et les regards des cinéastes, avec un nouveau rendez-vous cinématographique jeudi.


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati