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CYCLISME - Rencontre avec Manu Carneiro, 70 ans, double vainqueur du Grand Prix de Chardonnay en 1982 et 1983

CYCLISME - Rencontre avec Manu Carneiro, 70 ans, double vainqueur du Grand Prix de Chardonnay en 1982 et 1983

 Manu Carneiro. Un nom que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mais les autres, eux, pour la plupart, ont vécu de nombreux cauchemars en revoyant débouler dans leurs rétros ce diable de petit homme lusitanien sur les reliefs escarpés de la région ou les sauter sur le fil lors des sprints. « Je n’étais ni un très bon grimpeur, ni un très bon rouleur, ni un très bon sprinteur mais j’étais un compétiteur » sourit Manu « Bélier » Carneiro. « En Portugais, Carneiro signifie bélier » reprend-il.


Le petit Manu va à l’école
Un Manu Carneiro qui se contente de fermer les yeux et de se charger d’émotion pour rassembler ses souvenirs et remonter le temps. Nous sommes le 9 novembre 1969 à la gare de Chalon. Il fait froid pour cette famille portugaise qui débarque d’un pays où le soleil berce chaque matin ou presque. Direction Germagny, près de Buxy, à 10 km à peine. C’est là que le petit Manu , âgé de 13 ans, grandit. Comme un enfant du village. « Au Portugal, je travaillais déjà mais en France, tu ne pouvais pas travailler avant 14 ans, alors je suis allé à l’école ».


Licencié à Blanzy
Et c’est aussi à Germagny qu’il devient coureur cycliste. « Le vélo, j’en faisais au Portugal, j’allais bosser tous les jours avec celui de mon père » murmure-t-il les yeux humides. Ses premières armes, c’est sur un vélo trop grand pour lui qu’il les effectué, mais après quelques modifications, Manu se lance corps et âme sur les routes de Saône-et-Loire. Licencié à l’UV Blanzy de 70 à 76, il remporte ses premières courses. La passion l’enveloppe. Il est désormais un coureur, un vrai coureur.
Son fait de gloire durant ces années remonte à l’année 1975 et ce succès à la Grande-Verrière près d’Autun. « J’avais gagné une course devant Charly Bérard, l’équipier de Bernard Hinault, qui s’était fait piéger dans un groupe à l’arrière ». Tout s’accélère. De Blanzy à l’UV Chalon avant un arrêt pour cause professionnelle de 80 à 82.


Vainqueur du Grand Prix de Chardonnay 82
Et après ce break, revoilà ce diable de Portugais d’origine sous les couleurs d’un troisième club, le VC Tournus. « C’est grâce à Rachel Dard et je connaissais et Alain Pradier, qui venait juste de prendre la présidence » se rappelle-t-il. « Le club était en construction, Rachel m’avait conseillé auprès d’Alain ». En 1982, alors que les Bleus de Michel Platini pleurent suite après leur élimination face à l’Allemagne en Coupe du monde, Manu Carneiro inscrit son nom à l’une des plus belles courses d’un jour de la région. Sinon la plus belle. Le Grand Prix de Chardonnay. « Financièrement, elle était super bien dotée, mieux que toutes en Bourgogne-Franche Comté et autant que dans le Lyonnais » indique Manu, qui avait, ce jour-là, dominé au sprint Patrick Janin et Gilles Mas, ses deux compagnons d’échappée. « Je m’en souviens comme si c’était hier » susurre-t-il du bout des lèvres avant de sécher les larmes qui coulent sur son visage.


Il n’en reste pas là. Un an plus tard, il revendique. Comme pour souligner que la chance n’avait rien à voir l’année précédente. Il s’impose une deuxième fois dans ce Grand Prix de Chardonnay, où figure dans le peloton un certain Jean-François Bernard, tout frais champion de France amateur.


Il gagne devant… Jacky Durand
Deux succès qui s’ajoutent aux venues des Kaikinger, Hosoit, Moretti à Tournus et qui font basculer le club dans le gotha amateur de l’Hexagone. « On était 4e au classement ! » souffle-t-il avec une once de fierté. Manu poursuit sa carrière sans basculer dans le narcissisme. En 1988, Jacky Durand, lui-même, futur vainqueur du Tour des Flandres en 92, subit la loi de l’aigle de Porto lors d’une étape du Tour de l’Yonne. « De 86 à 88, je faisais beaucoup de vélo, j’étais pro ».


En 1988, c’est l’heure à 32 ans accomplis, de prendre une décision. Et celle de Manu sonne comme un de ses démarrages en côte dont il avait le secret. « J’ai tout arrêté, je me suis souvenu des paroles de Joël Millar   l’un des plus grands coureurs de Saône-et-Loire-  qui avait décidé d’arrêter au même âge. Et j’ai recommencé à bosser ».


Le vélo au placard pendant 7 ans !
Il range son vélo, enfile la tenue de commercial et se consacre à sa famille. Avant de prendre, pour le plaisir, une licence cyclosport FSGT,en 1996,  histoire de se dire que la petite reine lui procurait toujours du bonheur. « Mon dernier titre, c’était à Louhans, en 2017, un championnat de Saône-et-Loire FSGT par équipes 5e division ».


Joueur de pétanque
Ce jeudi 16 juillet, sur les quais de Saône de Chalon, sous les coups des 17 heures, nombreux sont ceux qui reconnaîtront la silhouette de ce diable de Manu Carneiro. « A moins d’un événement grave, je ne vais pas rater ça » conclut le licencié de Chalon Amicale Pétanque Boucicaut. « C’est mon petit fils Mattéo qui m’a conduit là-bas » rigole-t-il avant d’enfourcher son vélo et de filer comme le vent. Comme il a toujours su si bien le faire.


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