Chalon sur Saône

Ce dimanche, la librairie Gibert Joseph reçoit l’auteur du « Noël de Gargantua » : Marc Rozanski

Ce dimanche 19 décembre, à partir de 15 heures, la librairie Gibert Joseph de Chalon-sur-Saône reçoit Marc Rozanski, qui viendra dédicacer sa dernière « fantaisie littéraire » : "Le Noël de Gargantua".

Après Marie Vindy, Didier Cornaille, Bernard Friot, Marie-Thérèse Mutin, Laurent Vignat et Robert Coulon, la directrice de la librairie Gibert Joseph à Chalon, Marie Grandchamps, continue de mettre à l’honneur des écrivains locaux de talent, en recevant ce dimanche Marc Rozanski, de son vrai nom Marc Rey.

Celui-ci ne viendra pas tant parler de la maison d’éditions qu’il dirige avec Gérard Gauthier, Les éditions de l’Armançon, que de sa dernière « fantaisie littéraire » : Le Noël de Gargantua.

Fantaisiste, ce livre ? Ça, c’est le moins que l’on puisse dire…. Il faut dire qu’en faisant revivre un personnage pour le moins connu de l’un des plus géniaux, brillants, originaux et loufoques écrivains de la langue française, François Rabelais, il pouvait difficilement en être autrement.

Ceci dit, s’il est fantaisiste, et même carrément loufe parfois, Le Noël de Gargantua n’est pas que cela. C’est, d’une certaine façon, un conte philosophique. Un conte philosophique dans le droit fil de celui qui, écrit pour tailler en pièce le philosophe Leibniz et tenter de démontrer que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, contribua à la gloire de Voltaire : Candide ou l’optimisme. Car, derrière la fantaisie, une écriture élégante et une langue de qualité, comme on n’en croise pas assez souvent hélas, est assurément là pour étriller les aspects les plus ubuesques de notre société contemporaine.

Ceci posé, s’il s’agit en un sens d’un conte philosophique, celui-ci a une particularité non négligeable : il est beaucoup plus réussi que celui dont on vous parlait quelques lignes plus haut, pas toujours drôle, pas très honnête à l’égard de Leibniz et un peu donneur de leçons, ce qui peut s’avérer particulièrement agaçant si, à l’instar de votre serviteur, on ne supporte pas ceux qui prétendent vous imposer des devoirs dont ils sont les premiers à s’exonérer…

S’il est beaucoup plus réussi, c’est d’ailleurs parce que Marc Rozanski,lui, n’a pas la prétention de vous dire ce que vous avez à faire ou pas. Il dégomme, explose, défonce, massacre, tourne en ridicule ce qui mérite de l’être, avec un humour de nature à vous faire littéralement glousser de joie dans votre fauteuil. Le tout en même pas 115 pages !

La comparaison ne lui plaira peut-être pas, mais il le fait de telle sorte que l’on retrouve parfois chez lui ce que votre serviteur aime dévorer le soir avant de tomber dans les bras de Morphée : Les exorcismes spirituels, du féroce Philippe Muray [3]. Qu’elle lui plaise ou pas, puisse son sens très développé de la dérision continuer de sévir ! Et vivement dimanche 19 décembre, qu’on puisse tailler une bavette avec lui !

S.P.A.B.  

[1] Marc Rozanski, Le Noël de Gargantua, Editions de l’Armançon, 2015, 113 pages, 15 euros

[2] Philippe Muray, Essais, Les Belles Lettres, 2010, pp 459-1764, 33 euros

 

Extraits

 

En application de la théorie du chaos qui, du battement d’une aile de papillon en Malaisie, crée une tempête désorganisant la mise en plis d’une ménagère à Livry-Gargan, le réchauffement induit par les susdits gaz amena l’atmosphère terrestre à dépasser son seuil de tolérance. Entre 18 h 22 et 23 h 12 la température aux pôles s’accrut de trois degrés, accélérant la fonte des glaciers arctiques ainsi que la dilatation de l’eau de mer. Une partie des experts attribua haut et fort ce phénomène à ces causes conjoncturelles indépendantes de l’industrie, puis vérifia que les compagnies pétrolières avaient bien versé leurs émoluments sur leur compte en banque. L’autre partie clama qu’elle avait prévu cela depuis longtemps, et envoya des devis à divers organismes afin de leur proposer des conférences expliquant le processus.

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Une loi d’airain veut que les lorsque les choses se passent bien, le mérite en revient aux hommes politiques locaux, et que quand cela va mal les fautifs sont les instances européennes.

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-« Postérité » a la même étymologie que « postérieur. C’est dire l’intérêt que je lui porte.

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Le zig-zag est le meilleur moyen de relier un point à un autre.

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Il fallut peu de temps pour qu’une polémique s’installât au sein du parti environnemental régional. Certains tenaient qu’il fallait renouveler l’opération, car elle permettait de produire de l’électricité  à bas coût à partir d’une énergie renouvelable, à condition qu’on ait assez de flageolets. D’autres affirmaient que les gaz dégagés détruisaient la couche d’ozone et que de toute façon cette histoire n’était qu’un artifice du grand capital pour cautionner le programme démentiel d’installation d’éoliennes qui défigurait le paysage. Cette seconde faction quitta le parti lors d’un congrès houleux à la salle polyvalente de Vitteaux, pour créer un autre parti baptisé les DOPAGE, « Démocrates Opposés au Programme Ahurissant de Groupement d’Eoliennes ». Au sein du DOPAGE, un courant se fit rapidement jour qui prônait la suppression pure et simple des éoliennes, alors que le courant principal militait pour l’installation d’engins n’importe où au monde, sauf dans le parallélépipède Dijon-Précy-Semur-Vitteaux. Ce courant fut exclu pour « dérive nihiliste », et on murmure que l’attitude de son dirigeant envers la compagne du DOPAGE n’y était pas étrangère. En effet, en amoureux de la nature qu’il était, il avait conté fleurette à celle qu’il qualifiait de « belle plante ». Ce nouveau parti pris le nom de NAC, « Non Aux Constructions », dénomination qui fut rapidement abandonnée quand on découvrit sur Google que NAC était l’acronyme de « Nouveaux Animaux de Compagnie ». Ne voulant point être pris pour des gerbilles, des axolotls ou des pythons, les militants, au nombre de cinq, décidèrent de s’appeler « NON » qui, en l’occurrence, n’était pas un acronyme. Mais dans une démarche tout à fait démocratique, un débat interne s’instaura sur le fait de savoir s’il fallait des toilettes dans la maison ou dans une cabane au fond du jardin. Une nouvelle scission se produisit, et un nouveau parti apparut, dont le nom fut rapidement trouvé : « Les Grudoux ». En effet les dissidents étant un couple, ils prirent leur nom de famille comme dénomination.

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[il] était affligé d’une forme de surdité très répandue : il ne savait écouter qu’une personne : lui-même.

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