Cinéma
Festival international du film policier de Beaune 2017 : projection de "Strangled", en présence de son réalisateur, le Hongrois Árpád Sopsits
Publié le 01 Avril 2017 à 10h09
Le Festival international du film policer de Beaune continue. Retour sur "Strangled", film hongrois projeté hier à Beaune, en présence de son réalisateur, le Hongrois Árpád Sopsits.
« International », le Festival du film policier de Beaune l’est, assurément. Cette année, par exemple, les films projetés viennent de tous les continents, y compris d’Afrique qui, avec Wùlu, de Daouda Coulibaly, est en compétition pour obtenir le "Prix du Sang Neuf". Bien sûr, l’Europe est peut-être un plus présente que d’autres. Toutefois, les films européens programmés ne viennent pas uniquement de ce que le Secrétaire de la Défense des États-Unis de Georges W. Bush, Donlad Rumsfeld, avait qualifié en janvier 2003 de « vieille Europe » : l’Europe de l’Ouest, celle qui, du temps de la « Guerre froide », se rangeait derrière le pays leader du « monde libre », c’est-à-dire les Etats-Unis d’Amérique. Certes, parmi ces derniers, les films français, belges, britanniques, allemands, autrichiens, espagnols, italiens, suédois, ne manquent pas. Cependant, l’Europe de l’Est, avec la Hongrie, est également présente, avec Strangled*, un film consacré à un tueur en série qui a terrorisé la petite bourgade de Martfű dans les années 1960, c’est-à-dire lorsque le pays était communiste, inféodé à l’Union soviétique. Un film auquel le Festival de Beaune a fait toute sa place en conviant son réalisateur Árpád Sopsits, venu le présenter ce vendredi à Beaune.
Ce film, Árpád Sopsits, à qui l’on doit le remarqué Shooting Gallery, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 1990, ou encore Video Blues et Abandoned (Grand Prix du festival de Montréal en 2001), cela faisait « 37 ans [qu’il] voulai[t] le faire ». Pourquoi ne l’a-t-il pas réalisé plus tôt ? Tout simplement parce que les « évènements réels » sur lesquels cette fiction se base étaient liés à ce qui est « quelque part le premier vrai fiasco judiciaire » du régime communiste hongrois, et qu’il a fallu attendre l’ouverture des archives, la fin d’une certaine obstruction politique.

Que les autorités hongroises aient été réticentes à faire toute la lumière sur une affaire qui, d’une certaine façon, et même s’il faut se garder de toute comparaison hâtive, n’est pas sans points communs avec « l’affaire Vaux et Petit », un autre fiasco judiciaire mais français celui-là**, votre serviteur d’Info-Chalon.com est tout à fait disposé à le croire. En effet, quand la justice d’un pays se met à dérailler, enferme un innocent et laisse le coupable libre de continuer d’infliger des meurtrissures au corps social, cette dernière n’est que rarement prompt à reconnaître qu’elle a failli. Il en va, voyez-vous, de sa réputation. C’est d’ailleurs quelque chose que le film d’ Árpád Sopsits illustre parfaitement, en plus de ressusciter l’ambiance d’un pays, à une certaine époque donnée, ce qui, pour le féru d’histoire, présente un immense d’intérêt.
Ceci considéré, faut-il absolument voir Strangled ? Devant cette question, votre serviteur d’Info-Chalon.com, qui n’aime pas les réponses de jésuite, encore moins celles de Normands, est sans ambiguïté : oui ! Ce qu’a réalisé Árpád Sopsits mérite d’être vu. Son cinéma tient bien la route. Le jeu des acteurs est convaincant, l’ambiance gagne à être connue. Quant à cette façon qu’il a de filmer les visages, nul doute qu’elle ravira le cinéphile ou, du moins, l’intriguera suffisamment pour qu’il ressorte satisfait d’avoir visionné Strangled.
Samuel Bon
*2016. Durée : 2 hrs. Date de sortie dans les salles obscures non communiquée.
Synopsis : La Hongrie, dans les années 1960. Suite à une série de meurtres atroces, la petite bourgade de Martfű est sous le choc. Tandis qu’un innocent, accusé à tort, est condamné pour des crimes qu’il n’a pu objectivement commettre, un tueur psychotique rôde dans les environs et continue d’assassiner d’autres jeunes femmes. Obsédé par cette affaire, l’inspecteur chargé de l’enquête subit la pression du procureur qui souhaite voir l’auteur de ces meurtres rapidement pendu. Inspirée de faits réels, cette histoire dérangeante aux ramifications complexes a pour toile de fond l’univers non moins étouffant de la Hongrie sous l’ère communiste.

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