Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - 29 ans, 25 condamnations, il agresse une lycéenne dans un bus

Le 2 mars dernier à Châtenoy-le-Royal, Abel fait irruption dans un bus, ivre et les lèvres écumantes.

Hors de lui, il insulte le chauffeur, puis une lycéenne de 16 ans, qu'il gifle : "Mes sœurs sont mieux que toi, elles portent le voile, elles !" Il crache alors sur la lycéenne, et la gifle encore, à l'arrière de la tête, 

Abel, 29 ans, crâne quasi rasé, trapu, vêtu d'un survêt' noir éclairé de bandes jaune fluo. Abel au casier qui raconte pas mal d'épisodes de violences et de port d'armes (25 condamnations en tout, ça commence à ses 12 ans), Abel qui, à jeun, est un enfant :
« Vous vivez à Châtenoy chez votre père ?
- Chez mon papa, oui madame. »

Le 6 mars il est dans le centre de Chalon. « Des jeunes », dit-il, le provoquent, et lorsque le soir venu il les retrouve à la terrasse d'un café rue aux Fèvres, il sort son taser, histoire de leur montrer c'est qui le plus fort. Il y a d'autres clients, on appelle la police qui le met en cellule de dégrisement. Entre-temps la lycéenne du bus l'avait identifié sur un fichier, et la police avait récupéré la vidéo du bus, Abel est confondu deux fois, trois si on l'écoute ce lundi 10 avril en comparution immédiate :
« Je regrette énormément. J'étais pas bien, j'avais pris des cachets (Tercian) et bu de l'alcool. Je suis reparti dans l'alcool. »  Abel pleure, sincèrement bouleversé et accablé. « J'avais demandé à Sevrey qu'on m'hospitalise, ils n'ont pas voulu me prendre. J'ai un trou noir pour ce qui s'est passé dans le bus, j'ai été choqué en voyant la vidéo. » Et le gros dur dans son survêtement "so hype" sanglote.

Abel a arrêté l'école en 5e. Il a appris à lire et à écrire en prison. Il fut un enfant placé de ses 8 ans jusqu'à sa majorité. Sans emploi depuis 3 ans, il est reconnu travailleur handicapé pour un problème de dos. Il boit 7 à 8 bières par jour et on lui prescrit du Tercian « pour arrêter l'alcool », dit-il (le Tercian est prescrit pour traiter des états psychotiques, ou certaines formes de dépression et d'anxiété, ndlr).

La présidente évoque le récent décès de sa mère et Abel offre l'image de la ruine intérieure. Il précipite son visage dans ses deux mains, les bandes fluo collées aux épaules de son survet noir tressautent. 

« Monsieur décrit une grande souffrance, dit le procureur. Il a agi sous l'emprise des médicaments mélangés à de l'alcool, mais il s'en est pris à quelqu'un d'indifférent à ses problèmes et a commis une agression gratuite. C'est préoccupant. » Il requiert 18 mois de prison dont 9 avec sursis et une suivi mise à l'épreuve de 2 ans. Obligation de soins, et maintien en détention pour commencer.

« J'assumerai mais je regrette, elle pourrait être ma sœur. Si ça se trouve, je vais être incarcéré et je ne reverrai pas mon père. »   Abel repart dans un accès de douleur.

« Psychologiquement je suis pas bien, c'est pas une excuse je sais. D'un autre côté si je vais en prison, ils vont m'aider. » Un homme de l'escorte lui passe un kleenex, en frère humain qui a eu la chance de n'avoir pas eu à compter sur la prison comme le seul recours possible dans la vie, pour y apprendre à lire, pour y recevoir de l'aide, malgré la peur qui y reste attachée, et la honte d'y retourner.

Derniers mots avant le délibéré : « Je ne suis pas comme ça, j'ai envie d'évoluer. »

Abel est maintenu en détention pour 9 mois. À sa sortie il devra engager des soins et en justifier pendant 2 ans. 9 mois de sursis restent révocables, au cas où.
Il a presque une condamnation par année d'âge, et reste, sous ses allures de gars à qui on ne la fait, un enfant qui crève de malheur.

Florence Saint-Arroman        

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