Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - « T’es qu’une pute, tu sers à rien, si je te tape, c’est de ta faute »

Le 6 mai fut « une journée agitée » résume la présidente Aussavy qui sait manier la litote. Le prévenu attend la suite. De dos il a une jolie stature, on voit l’anneau doré qu’il porte à l’oreille. De face il a le bidon rebondi et gras, et on remarque une petite moustache grise qui rapproche la pointe de son nez du menton. Il a 46 ans et visiblement il aime montrer qui est le chef sous son toit. Le 6 mai dernier, en cette « journée agitée », sa compagne avait appelé les gendarmes de Chagny au secours pour de nouvelles violences, il a voulu leur montrer aussi de quoi il était capable. Résultat : gazé, plaqué, menotté, embarqué. Comparution immédiate ce lundi 14 mai au TGI de Chalon.

« T’es qu’une pute, tu sers à rien, si je te tape, c’est de ta faute »

Dans la salle, trois des victimes : sa compagne et deux gendarmes. Il y en a deux autres : le fils de madame, majeur, la fille de monsieur, 6 ans. Ce 6 mai est un épisode de plus (et le dernier) d’une histoire dans laquelle il était question de se marier en août prochain, mais dans laquelle il est aussi question de violences intrafamiliales, et si monsieur X est poursuivi pour violence sur conjoint, rébellion et CEA, le traitement appliqué à sa fille de 6 ans inquiète les magistrats. Lui, à la barre, il se défend comme il peut d’être violent ou de maltraiter sa petite. C’est un peu la faute au mélange anti-dépresseurs/alcool. Les violences verbales quand il est à jeun ? Euh… ben… « T’es pas une femme, t’es qu’une pute, tu sers à rien, si je te tape, c’est de ta faute », ben… euh…

« Il fait semblant de prendre des murs avec la voiture pour faire peur à la fillette »

Ce 6 mai, des violences contre sa compagne. La veille au soir il ne parvenait pas à la joindre, ça l’a énervé. Et si elle le trompait ? « Je suis jaloux. » Puis il part. Il va dans deux bars, picoler, sa petite de 6 ans avec lui. Il décide de rentrer chez lui, il a 2 grammes d’alcool par litre de sang, et « fait semblant de prendre des murs avec la voiture pour faire peur à la fillette ». Il arrive au domicile à Chassey-le-Camp, les gendarmes sont là. « Je vais t’éclater, pédé ! » Il en agrippe un par le col, il leur crache dessus. Les gendarmes évidemment règlent le problème en 2-2. La petite a tout vu. « Monsieur, vous savez que le parquet transmet ce genre de dossier au juge des enfants ? » ça, ça l’ennuie. Pour le reste, « je ne suis pas quelqu’un de violent ». Ah bon ? C’est quoi alors quelqu’un de violent ? « Dans un sens, je le suis, parce qu’il y a des faits contre moi. » La présidente y revient : il y a plusieurs problèmes, l’alcool en est un, mais pas seulement.

« Je pense déjà avoir ma punition, plus de permis, plus de femme, je suis réprimé »

Le 6 mai, il a entre autres lancé des boules de pétanque sur sa chérie, puis a insulté le grand fils qui était dans sa chambre, lui a craché sur le visage, l’a insulté. Quand le jeune homme a fui la maison pieds nus, sa mère a pris le téléphone. Enfin. Trois semaines auparavant, son compagnon lui avait « juré que c’était la dernière fois ». Après le témoignage de son ex-future femme à la barre, l’homme devient un peu nerveux. Il se dandine d’un pied sur l’autre et triture ses doigts. Lors de sa garde à vue, il avait dit : « Je pense déjà avoir ma punition, plus de permis, plus de femme, je suis réprimé. » Le juge des libertés et de la détention l’avait placé sous contrôle judiciaire, avec bien sûr l’interdiction de tout contact avec la victime, alors il est retourné vivre chez ses parents. Sa compagne a acté la séparation, la présidente s’assure qu’il l’a bien entendu.

« Il veut bien reconnaître, mais c’est de façade car il ne se remet pas en question »

Maître Duquennoy plaide un cadre apaisé : son client n’est pas poursuivi pour « violence avec arme par destination » (les boules de pétanques), il n’est pas poursuivi pour « violences habituelles », « nous n’avons pas d’ITT ni de certificat médical, mais il reconnaît. Il a respecté son contrôle judiciaire, ses obligations, il a fait une demande de logement. » Au casier de monsieur, quelques condamnations pour stups, conduite sous l’empire de l’alcool, délit de fuite.
Le parquet se dit « inquiet » : « il veut bien reconnaître, mais c’est de façade car il ne se remet pas en question. » Aline Sanez-Cobo, vice-procureur, requiert 8 mois de prison dont 5 assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de soins, d’indemniser les victimes (les gendarmes), interdiction de tout contact avec son ex (elle ne se constitue pas partie civile), suspension de son permis de conduire pendant 15 mois. Elle demande l’exécution provisoire (cela signifie que monsieur a bien sûr le droit de faire appel du jugement, mais que les obligations et interdictions du SME prennent effet néanmoins immédiatement).

« Le dialogue était vraiment impossible »

Le tribunal ramène la suspension du permis à 10 mois et pour le reste suit les réquisitions. La présidente précise à monsieur que l’obligation de soins l’envoie chez un addictologue et chez un psychothérapeute. Il devra verser quelques dommages et intérêts aux deux gendarmes, lesquels, à la barre, témoignaient : « Le dialogue était vraiment impossible, vraiment. »

FSA

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