Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait tiré des coups de feu sur la caravane d'un mauvais payeur

C’est l’histoire d’un carrossier de 54 ans qui vit du côté de Chagny. Son entreprise compte 5 salariés, mais il a passé la direction à sa fille pour n’être qu’employé car il est alcoolique ce qui lui rend la vie considérablement difficile. Il comparaît ce lundi 10 décembre, un bracelet électronique à la cheville : incarcéré en milieu ouvert, à cause de l’alcool. Or, toujours à cause de l’alcool, il doit répondre aujourd’hui d’avoir tiré des coups de feu, le 3 décembre dernier avant l’aube, sur la caravane d’un client mauvais payeur et vindicatif.

Le client est un gitan, comme on dit. Dans cette affaire il est victime, et pas qu’un peu puisque la police a constaté 4 impacts de tirs, dont 2 directement sur la caravane stationnée dans une cour à Champforgeuil. La famille, cette nuit-là, ne l’occupait pas, mais son chef vient dire à la barre combien il a eu peur rétrospectivement pour ses enfants, et combien sa femme est affectée, « elle doit voir un psychologue ». Il râle que « quand on veut faire peur à un gars, c’est facile, on fait comme ça », et il mime des deux bras les gestes de celui qui arme et tire en l’air. C’est à ça qu’on reconnaît les connaisseurs. Le carrossier n’est pas en reste car chez lui, la police trouve pas mal d’armes (fusils, armes de poing) non autorisées et non déclarées, « elles viennent du grand-père de ma femme », dit-il.  

Le débiteur ne paie pas, insulte et menace

Le carrossier ne parvenait donc pas à se faire payer cette fichue facture de 951 euros, toujours en souffrance. Relances, simples, en recommandé, puis coup de fil : « il est très mal reçu ». A la barre et d’une voix à peine audible il fait mention d’insultes, « il le menace de mort » plaidera maître Charrier, « il y a assez d’éléments au dossier pour le caractériser ». L’avocate revient sur ce « contexte de conflit, qui doit être pris en considération pour remettre chacun à sa place car la victime n’a pas eu un comportement irréprochable. »

Cette soirée-là, l’auteur des faits boit et rumine

La victime en question, vu le mauvais tour que prenait l’audience pour le prévenu, s’était nettement détendue et avait pris quelques aises, les deux bras étendus sur le rebord du box des avocats de la partie civile. S’entendre être ainsi mis en question le pique et il se lève tout de go, fait mine de partir en grommelant, maître Vermorel le rappelle et lui chuchote de quoi le faire se tenir tranquille. Le prévenu, toujours en mode mineur, explique qu’une voiture avait essayé de le renverser, dit qu’on l’avait menacé, explique que le 2 décembre au soir, chez lui, la soirée fut amicale et bien arrosée, et qu’il a ruminé cette histoire pour en conclure que « ça ne pouvait être que lui ».

« Il se prend pour John Wayne »

Un Smith et Wesson, un scooter, et « c’est John Wayne qui nous joue Rio Bravo, mais avec du 44 ». Maître Vermorel donne un cachet un tantinet surcoté à la situation, car se figurer John Wayne, bien pété par-dessus sa dose de Valium, à cheval sur un scooter, rallier Champforgeuil à 4 heures du matin pour tirer dans le noir 4 coups en ciblant une caravane, comment dire ? D’ailleurs le John Wayne en question le regarde d’un air soucieux, car l’avocat détaille ses armes et leur dangerosité. Le président Therme synthétise l’aberration de sa situation : « Vous êtes en aménagement de peine. Déjà, détenir ces armes, c’est un délit. Et en plus vous allez tirer sur une caravane qui aurait pu être occupée. » Décidément ce n’est pas John Wayne, c’est un homme dépassé par sa propre situation.

« Pourquoi s’est-il fait justice lui-même ? »

« Pourquoi monsieur n’a-t-il pas saisi le civil et s’est-il fait justice lui-même ? Parce qu’il est sous bracelet et que dans ces conditions, il n’identifie plus les forces de police et de gendarmerie comme des recours possibles pour lui », a expliqué maître Charrier, qui justifie par ailleurs des efforts que fournit son client pour se détacher de la boisson. Et pourquoi le débiteur n’a-t-il pas payé cette facture ? « J’ai des problèmes d’argent. » Angélique Depétris, substitut du procureur n’encaisse pas que « monsieur n’aie pas vérifié que la caravane était vide », elle rappelle que deux balles ont traversé la carrosserie, elle requiert 1 an de prison et un mandat de dépôt.

Mandat de dépôt à la barre

L’un dans l’autre le tribunal, après en avoir longuement délibéré, a estimé que « ce sont des faits particulièrement graves », et que la situation pénale du carrossier au Smith et Wesson aurait dû le retenir de passer à l’acte. Une escorte est déjà là, au cas où, elle ne sera pas venue pour rien : le tribunal condamne monsieur X à 1 an de prison et décerne mandat de dépôt. Interdiction de détenir une arme pendant 5 ans, confiscation des scellés. « Mesdames et messieurs les policiers qui sont là vont vous emmener au centre pénitentiaire. » Incarcéré une deuxième fois, mais en milieu fermé. C’était pas Rio Grande.

Florence Saint-Arroman

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche