Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Au foyer Adoma, la soirée s'était terminée avec un coup de couteau dans l'abdomen

Le 21 juin dernier, en soirée, Chalon fêtait la musique. Le 21 juin dernier, en soirée, derrière les murs d’un des logements de la résidence Adoma, une femme d’une cinquantaine d’années a vu son abdomen planté d’un coup de couteau. Lame entière, 8 cm dans le bide. Qui a osé ? Un autre locataire. Pourquoi ? On n’en sait fichtre rien, « c’est assez nébuleux, de part et d’autre », constate la présidente Pertuisot. Ce soir-là ils tapaient à 2 grammes d’alcoolémie chacun. L’auteur est jugé ce jeudi 21 décembre en mode de comparution rapide. Un renvoi le 22 novembre a rallongé son contrôle judiciaire d’un mois, et ça lui a profité.

Il a meilleure mine. Evidemment, les séquelles de l’alcoolisme morbide dans lequel son existence a trempé jusqu’à s’y dissoudre n’ont pas disparu. Y a du mal et de l’irréversible. Mais la dernière fois que nous l’avons vu, il pleurait* sur le banc de la salle car l’association enquête et médiation, saisie par le parquet pour assurer son contrôle judiciaire avec un accompagnement individuel renforcé (AIR) voulait en être déchargée : son alcoolisme empêchait tout travail sur d’autres problèmes. Il pleurait d’être ainsi renvoyé à sa misère, mais le tribunal a ordonné qu’il soit maintenu, et miracle (bien que « rien ne soit miraculeux » dit la chargée de mission à la barre) une place s’est libérée au CHS de Sevrey trois jours après.

Enfin passer le pont : sobre « depuis 3 semaines et 2 jours »

Il avait bien senti le boulet du canon le frôler. Il avait bien senti qu’il ne voulait pas partir en prison. Il avait eu le temps de goûter aux rencontres quotidiennes avec l’AEM, et compris que cette fois-ci il devrait passer le pont. Il a 52 ans. C’est donc un homme sobre « depuis 3 semaines et 2 jours » qui se présente devant les juges. Il est aussi celui qui a eu ce geste qui n’a rien d’évident, d’enfoncer la lame de son couteau, jusqu’à la garde, dans le ventre de sa voisine. Ils se rendaient de menus services, je te prête un peu de sous, tu me passes des cigarettes. Pour l’alcool, on ne sait pas. Elle n’est pas venue, de toute façon, terrorisée encore à l’idée que par ce geste, il aurait pu la tuer.

Intestin grêle perforé, la victime souffre encore des conséquences

« Et elle souffre encore, dit maître Grenier-Guignard. C’est une dame cabossée par la vie, qui était arrivée en mai à la résidence. Elle a peu d’amis mais elle a trouvé à ce qu’on l’héberge car elle a trop la trouille de remettre les pieds chez elle, elle a si peur de l’y croiser. Les services de police ont un peu banalisé la situation, ce soir-là : ‘une petite plaie non saignante, qui ne nécessitera qu’un point de suture au maximum’. Alors moi, je ne suis pas médecin, mais les services de police le sont ? Perforation du mésentère et de l’intestin grêle… sa cicatrice va de là, à là. Elle souffre au quotidien des conséquences de cette éventration. » Elle demande un renvoi sur intérêts civils, une expertise aussi. La CPAM se constitue pour plus de 5000 euros de frais médicaux.

« Personnalité borderline qui supporte mal la frustration, mais son comportement a évolué »

L’auteur est un majeur protégé, il est sous tutelle, il a rencontré un expert psychiatre qui a conclu à l’altération du discernement au moment des faits, et non parce qu’il avait trop bu (c’est une circonstance aggravante, au pénal) mais parce que ce monsieur en était au stade des crises de delirium tremens et que ses facultés en sont altérées. « Aucune empathie spontanée, très autocentré, inquiet des conséquences judiciaires. » « Personnalité borderline qui supporte mal la frustration, mais son comportement a évolué : une demande de soin a fini par se profiler », écrit une psychologue pour l’AEM, qui a actualisé son premier rapport.

« Une demande de soin a fini par se profiler »

Tous les dispositifs d’insertion, de réinsertion, reposent sur cette pierre angulaire qui n’est jamais gagnée d’avance : une demande. Une demande émanant de la personne concernée, qui a du sens pour elle, une « vraie demande ». Accepter un dispositif pour échapper à la radiation (insertion professionnelle), accepter l’accompagnement individualisé pour échapper à la prison, ça ne fait pas une demande, ça fait un consentement contraint pour sauver ses fesses de pire (se voir couper les vivres, être incarcéré). Le parquet a décidé, pour cet homme-là, de tenter la carte d’alternative à la prison, et si fin novembre le vent était mauvais, l’homme rétif, toujours à gigoter dans l’alcool, l’audience de renvoi, ce qui y fut dit, puis sa prise en charge en cure, ont rendu le vent respirable : « il y a eu un déclic » dit la chargée de mission, et « on est d’accord pour continuer avec lui ».

Les traits plus détendus, comme lavés du toxique, il parle en élève appliqué

Le soir du 21 juin, il a planté la dame, puis il a accueilli la police, inquiet tout de même de son devenir à elle, si des fois elle allait mourir ? A la barre, les traits plus détendus, comme lavés du toxique, il parle en élève appliqué, « il a tant préparé cette audience, plaide maître Marceau, qu’il a des réponses un peu formatées ». « J’ai encore omis de dire quelque chose, au sujet de mon problème de dépendance alcoolique depuis mes 24 ans. Je suis tombé en dépression nerveuse en août 1990, avec des idées suicidaires.  (« Il a fait plusieurs tentatives de suicide, explique son avocat. Il a mis aussi le feu à son appartement, et s’est jeté sous un bus ») Mais j’insiste sur le fait que mes idées suicidaires, depuis que je suis au CHS, je ne les ai plus du tout en tête. »

Tout ce qui peut se jouer au cours d’une audience, quand chacun y met du sien

« Il encourt jusqu’à 7 ans de prison », rappelle Charles Prost, vice-procureur. Il requiert 15 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. « On essaie de trouver une structure adaptée pour lui, dit son tuteur de la Sauvegarde 71. Vivre en milieu autonome c’est compliqué. » « On ne s’est jamais vraiment intéressé à lui », plaide maître Marceau. « On s’est contenté a minima de dire que ce sont deux alcooliques et on les renvoie dos à dos », disait maître Grenier-Guignard. On ne soupçonne pas tout ce qui peut se jouer au cours d’une audience, quand chacun y met du sien. Y compris lorsque le prévenu passe à son avocat une main courante qui raconte que si lui il respecte l’interdiction de contact, la victime ne peut pas en dire autant.

« Je tiens à aller en postcure, je ne l’ai jamais fait »

Il n’avait jamais réussi à s’inscrire dans des soins. Il avait essayé, beaucoup, et ça foirait. Et puis voilà que ça marche. « Je l’ai déjà dit, je tiens à aller en postcure, je ne l’ai jamais fait. » Le tribunal retient l’altération du discernement et le condamne à 15 mois de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de soins psychologiques et en addictologie, indemniser la victime. Interdiction de la rencontrer et de paraître à son domicile. L’exécution et le suivi de la mesure seront assuré par le SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation), mais il peut en même temps aller au bout du contrat qu’il a signé avec l’AEM, et visiblement il s’y accroche.

Florence Saint-Arroman

Renvoi sur intérêt civils en avril : une nouvelle occasion pour monsieur d’être confronté aux conséquences de ses actes.

http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2018/11/22/40778/tribunal-de-chalon-renvoi-de-jugement-parce-que-les-avocats-chalonnais-etaient-en-greve/

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