Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il a fêté ses 25 ans ce 25 décembre au centre pénitentiaire

« Ben je sors de prison, ils m’accusent moi parce qu’ils savent que je sors de prison. » « Ils », c’est les voisins et les gendarmes. Lui, il a 24 ans, ce lundi 24 décembre. Il dit qu’il est innocent de ce qu’on lui reproche. Faute de la moindre preuve le tribunal va le relaxer, pourtant il est incarcéré et fête ses 25 ans, ce 25 décembre, au centre pénitentiaire. « S’il n’y avait pas eu d’incident en garde à vue, il n’y aurait pas eu de comparution immédiate », conclut la présidente Benhamou.

« Le problème entre les gendarmes et les gitans ne date pas d’hier, ça fait 200 ans que c’est comme ça », plaidait maître Revellin le 22 novembre dernier pour un homme qui fut relaxé de la plupart des poursuites. Le jeune homme dans le box ce 24 décembre regarde le tribunal les yeux écarquillés, le front plissé et cabossé. Il passe les doigts sur la gauche de son front, « vous pouvez venir vérifier, on la voit encore. Je me suis levé, ils (les gendarmes), m’ont poussé, ma tête a cogné le mur. - Les gendarmes ne disent pas ça, remarque la présidente Benhamou. » Les gendarmes disent qu’ils a fichu un méga coup de poing dans le mur. « C’est normal qu’ils disent ça, madame. Ils me connaissent depuis que je suis gamin. » Il est poursuivi pour dégradation de bien.

 

M’enfin, quand les gendarmes suite aux plaintes des voisins sont venus à son domicile à Louhans, pourquoi s’est-il enfui ? « La peur, madame, la peur. J’ai couru, et puis je me suis calmé, j’avais fait demi tour et j’allais rentrer chez moi. » Les gendarmes le trouvent les premiers, l’arrêtent, le placent en garde à vue et lui expliquent qu’on le soupçonne d’avoir tiré à la carabine à plombs sur les maisons de ses voisins. Il dit « non », on lui répond « si ». Il est monté en pression, il est parti en sucette. Il est aussi poursuivi pour rébellion et menaces. 

 

« Ils m’expliquent que j’ai fait ça. Moi je dis il faudrait être con pour faire ça, je sors de prison ! Alors ´mettez-moi en cellule !´. J’ai du le dire quarante fois mais ils ne voulaient pas, ils me reposaient des questions. J’avais pas dormi, j’avais pas mangé, j’avais pas à boire, ils m’ont laissé les menottes tout le temps. Regardez j’ai des marques. » Et il montre les marques. La substitut du procureur, Angélique Depétris, fera un peu de tri dans le sac qu’il vient de déverser : quand on lui a donné un verre d’eau, il l’a jeté sur le gendarme. Et sans doute l’aurait-on démenotté s’il n’avait pas été « dans un état second » comme a dit la présidente. La substitut requiert 2 ans de prison dont 6 mois assortis d’un sursis mis à l’épreuve. Il encaisse silencieusement, il regarde quelqu’un dans la salle, le front plissé, le yeux inquiets. 

 

« Je suis un gitan. »En garde à vue, il a invoqué son père, qui viendrait le sortir de là, « tout rafaler ». « Il s’est excusé, plaide maître Bouflija. Pour les tirs au plomb vous avez quoi ? Des propos rapportés du fils du prévenu, trop petit pour être entendu : il aurait dit au fils d’une des victimes, lui aussi, trop petit pour être entendu, que son père tirait sur les maisons ? Vous ne pouvez apporter aucun crédit à cet élément. En revanche le rapport du CPIP dit qu’il respecte ses obligations. » La présidente s’étonne qu’il ne perçoive pas le RSA : « J’ai 24 ans, madame, j’aurai 25 ans demain. »

 

Il a connu sa compagne à l’âge de 16 ans. A 17 ans il était père, leur fils est né deux ans plus tard. 9 condamnations à son casier, des vols, des violences, des dégradations (2 ans et demi ferme en 2014 pour violences aggravées, menaces de mort, violation de domicile, puis sursis mis à l’épreuve de 2 ans). Difficultés d’apprentissage à l’école. Il fut l’objet de violences, enfant. La présidente insiste sur la violence de son comportement et de ses propos : « Oui, mais c’est que des mots ! Faut que je me soigne, c’est tout. Quand ça va pas, madame, je le fais montrer. »

 

Le tribunal le relaxe pour les coups de feu, le condamne pour son comportement et ses menaces en garde à vue à 4 mois de prison (peine aménageable) et révoque 2 mois de sursis avec exécution immédiate : il est incarcéré. « La peur, quoi ! »

 

Florence Saint-Arroman

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