Chalon sur Saône
Echoa au Conservatoire du Grand Chalon - Spectacle et conversation avec Thomas Guerrin pour info-chalon.com
Publié le 30 Mars 2014 à 11h41
Echoa a été brillamment aimé et applaudi à profusion par tous les spectateurs-auditeurs dans le cadre de la Semaine de la danse à Chalon organisée par le Conservatoire.
Echoa a été brillamment aimé et applaudi à profusion par tous les spectateurs-auditeurs.
Ce spectacle de danse en percussions et de musique dansée joue avec les gestes quotidiens et décode les clichés, allègrement, avec beaucoup d’humour. Et ces échos d’émotions qui engendrent le geste de l’autre, qui rebondissent entre les tambours dressés de tailles diverses, c’est une danse de dimensions et d’espaces différents. Le jeu, sur fond de lumière bleue à la manière d’Yves Klein.
Aérien, rythmé, sensible, tonique…
Quand l’envie vous prend d’explorer d’autres univers, alors le musicien danse le geste musical, le danseur devient geste de musique. Son corps même forge les résonances et devient instrument de musique pour le percussionniste.
La voix fonctionne comme rupture qui amène un autre tableau. Il y a le geste qui ne se fait pas, dans les deux sens du terme, la claque sur les fesses qui ne vient pas, et tout est ainsi : en rupture, en rebondissement, en retenue, en éclats. De ce silence, intérieur, qui anime la danse et la musique, comme un fil conducteur, de ces non-dits du re-jet, de la fragilité.
Le souffle et les sonorités
C’est drôle, certes, et surtout c’est beau. On rêve de tout danseur qu’il soit un canon de beauté, qu’il ait la puissance et la grâce d’un Nijinski ou d’un Jorge Donn autrefois. On découvre comment un corps de danseur fait rêver, fait merveille, en étant lui-même sur scène. C’est difficile d’être naturel sur scène devant des milliers de regards.
Ici, rien de tel, on part de la vie quotidienne, de poses que l’on prend, d’images que l’on se fait, comme si on était endormi et tout s’éveille : le corps, le regard, la lumière sur scène, la rencontre et les jeux qui en découlent : échos. Echos entre musiciens et musique et danseurs et danse, et public. Comment un geste quotidien répété devient rythme et danse.
Le rythme du corps, le rythme dans le corps, la musique de la danse et la danse de la musique, le musicien qui danse sa musique, le danseur qui danse la musique, la musique qui danse tout le monde, le danseur instrument de son corps, corps-danse-musique…
Thomas Guerrin joue sur les ruptures et les contrastes, le refus, la contrainte, le oui-mais-non : le geste crée une synergie dans le groupe, provoque d’autres gestes, tout en surprises.
Et le nom du spectacle ? On vous laisse deviner.
Cela rime entre souffles, onomatopées, sons. E, O, qui invite le A en sourdine, cette voyelle qui préside à toute création, invisible, silencieuse…C’est aussi le "à" : l’invite à l’autre, que l’on fait entrer dans son univers, celui qui vient, vers qui l’on va, entre baguettes de tambours, comme un sas pour un voyage entre deux mondes, celui de la musique, celui de la danse.
Le vocabulaire de la compagnie
Ce langage qui est propre à la compagnie Arcosm est né d’une rencontre entre Thomas Guerrin, danseur chorégraphe, et Camille Rocailleux, percussionniste. La compagnie fondée en 2000 joue Echoa depuis 13 ans, leur première création.
Ils sont 4 sur scène mais dix artistes de la compagnie peuvent le jouer. Le spectacle est écrit mais selon les artistes sur scène, les personnages changent et cela crée d’autres manières de jouer.
Ce vocabulaire se transmet. Thomas Guerrin a animé un stage de danse avec 17 élèves choisis sur audition. Une moitié issue du Conservatoire, l’autre des écoles du Grand Chalon. Ils ont travaillé quelques week-ends pour offrir une restitution de ce travail en avant-première du spectacle Echoa.
Conversation avec Thomas Guerrin, danseur- chorégraphe
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Thomas Guerrin fait travailler les jeunes pour leur apprendre le vocabulaire de la compagnie : théâtre, musique et danse entremêlés. Le but est d’emmener les élèves dans quelque chose d’autre, au-delà du technique, d’aller dans l’interprétation. Les professeurs du Conservatoire offre un beau suivi, les élèves ont un bon niveau, ils n’ont pas peur d’explorer des univers différents. Ce stage leur permet de s’initier à l’écriture de pièces, d’improviser, de découvrir d’autres langages. On joue aussi avec les contraintes pour éveiller l’inspiration. On travaille sur des thèmes.
Comment écrit-on une chorégraphie ? Et pour les élèves ?
L’écriture d’une pièce se fait pour tel ou tel danseur. J’écris après le choix des danseurs, car je les connais, le plaisir est de les emmener dans un autre vocabulaire. C’est la même démarche avec les élèves. Peu à peu, restituer le travail de ces trois week-ends, pour un spectacle, quelques tableaux, en vingt minutes. Ce travail, c’est apprendre à générer de l’émotion par le corps. Mais avec humour. Oser se voir.
Quelle est la place de la parole dans une chorégraphie ?
Les danseurs élèves danseurs arrivent, ils attendent, puis cela devient musique, ce sont des situations naturelles au début. Quelque chose de naturel sur scène. En danse ou dans le spectacle, on endosse un rôle, c’est ce qu’on demande à l’artiste. Mais être soi-même, lâcher le cliché du danseur…
Les jeunes ont été choisis sur audition. Quelle était la demande à l’origine ?
Le but était aussi de mélanger la moitié de danseurs du Conservatoire et la moitié d’élèves des écoles. Ce stage était une demande du Conservatoire. Comment on part d’horizons différents et comment cela devient une seule musique. Mais pas le temps en 3 week-ends de mettre en scène le dialecte, danse folk ou trad ou jazz.
Je préférais privilégier le vocabulaire de la compagnie, ce qui est le but d’un stage : favoriser la rencontre de langages chorégraphiques différents et variés. Le but ultime est aussi et surtout de se faire plaisir. Et le spectacle des élèves est une restitution de ces moments passés ensemble, à découvrir le métier, l’écriture, à s’interroger aussi sur les écoles, leur avenir ou le métier.
Dans ces stages, découvrez-vous des danseurs pour la compagnie ?
Parfois, on découvre de futurs danseurs, comme à Oullins. Un musicien était venu pour suivre un stage de danse, il danse bien, est bon musicien, il est devenu danseur-musicien de la compagnie et jouera dans le prochain spectacle.
Comment le geste se prolonge par la parole, ou la parole intervient dans la danse ?
Si le son a de l’importance, peut-être le mot ou l’histoire aussi, un nouveau projet dans ce sens ?
J’ai peut-être envie de créer un nouveau langage chorégraphique avec un conteur, Yannick Jaulin. Je le connais bien puisque Camille Rocailleux est le musicien de ce conteur et accompagne ses spectacles.
Comment est né Echoa ?
Echoa a été créé il y a 13 ans, c’est une vieille pièce qui a beaucoup évolué au début, qui est bien stable maintenant mais elle varie encore selon les danseurs. On est 10 à pouvoir la jouer mais 4 sur scène selon les disponibilités de chacun. On joue alors avec les personnages. Cela vient d’un souffle commun à la danse et à la musique. Voir comment le pas, la danse, naît comme quand on in inspire de l’air et on se lance. On expire et cela part encore. Le souffle dans le corps, simple, devient rythmique, c’est un état du corps qui parle au danseur et au public. C’est la technique du théâtre musical.
On utilise aussi la technique respiratoire, mais la sur-ventilation survient facilement et cela donne vite le vertige.
Deux batteries sont placées sur scène de part et d’autre de l’espace. Les ouvrir permet de les épanouir, c’est comme un sas pour entrer dans le mouvement.
J’aime ces allers-retours entre danse et musique. C’est une exploration. On danse sur la musique mais produire la musique, voir où elle naît avec le corps, c’était un challenge.
Quels sont les danseurs, les chorégraphes, qui vous inspirent ou que vous admirez ? Quel est votre parcours ?
J’ai étudié la danse jazz et s’est lancé dans le métier à partir du Conservatoire. J’ai travaillé dans une troupe à Malmö. Et Dominique Bagouet. Après la mort de ce chorégraphe, ses danseurs ont mis à disposition les carnets Bagouet pour tous les danseurs qui le désirent même s’ils n’ont pas dansé avec lui. Philippe Cohen aussi, qui dirige le Ballet de Genève. Thomas Lebrun, au CCN de Tours. Bertrand Glandier, compagnie Alentours.
S.B.
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