Chalon sur Saône
Jo Vargas expose à l'Espace des Arts de Chalon
Publié le 09 Octobre 2014 à 11h24
Elle s'est prêtée au jeu des questions/réponses pour info-chalon.com
Jo Vargas
es peintures à l'encre noire, dont la force et la profondeur sont indéniables, résolument contemporaines. Ses visages d'écrivains, qui regardent le spectateur, ajoutent une touche de mystère. On entre dans un univers inattendu qui n'est pas sans rappeler les films noirs, et le cinéma muet. Interview de cette grand artiste.
Jo Vargas, vous peignez à l’encre noire sur toile, le titre des œuvres est De nuit…
Je peins le clair-obscur, l’ombre et la lumière, je ne fais pas la couleur, cela ne me parle pas, je suis influencée par le cinéma noir et blanc, le cinéma muet, peut-être
C’est long d’apprendre à peindre quand on a développé une façon de peindre, pourquoi changer
L’encre noire, les lignes qui voilent les visages, cela fait penser au trait de la peinture chinoise, il y a une notion de cela dans votre œuvre ?
C’est très graphique, je fais une peinture figurative, si c’était en couleur ce serai seulement réaliste et alors se poserait la question de la couleur de la chair par exemple, ce serait kitch
Dans un visage, il y a toute une histoire…
Oui les artistes et les écrivains font partie de mon univers
Vous lisez les écrivains dont vous faits les portraits, vous vous imprégnez de leur univers ?
Oui j’ai même lu Virginia Woolf en anglais alors que je n parle pas cette langue, j’ai lu son premier livre, 500 pages !
Quel est votre parcours, comment avez-vous commencé à peindre, qu’est-ce qui a déclenché cette envie de peindre l’écrivain ?
J’ai fait les Arts décoratifs, on avait un cours de gravure, mais je n’ai pas aimé ce cours, on faisait des petits formats, c’est très figé et surtout il faut anticiper le résultat, je suis incapable de faire cela, il n’y a pas de geste, je ne peux pas supporter cela, j’ai besoin de cette énergie du geste… mais même le trait noir, le graphisme, cela a dû me manquer, peut-être suis-je plus marquée par la gravure que je ne l’imagine, le noir profond m’a manqué plus que je ne le crois… je suis autodidacte, je voulais être peintre depuis longtemps, mais être peintre, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce que je veux peindre, mais il y a ce besoin d’être peintre…
Dans le livre qu’Hugo Lacroix vous a consacré, vous parlez de la peur : j’ai peur de tout. Cette peur est-ce un barrage que l’on doit franchir, un œuf qu’il faut crever pour accéder à la peinture ?
Oui, il y a un déséquilibre à l’origine, j’imagine que c’est comme la page blanche de l’écrivain, mais pas tout-à-fait, j’aime avoir peur, il faut peindre malgré le vide… et on peint et tout-à-coup la peinture est achevée, c’est un autre manque…
On perçoit une jubilation dans votre œuvre, discrète, est-ce que vous éprouvez cette jubilation dans ce geste de peindre ?
Il y a un moment de peinture pure, on peint et puis un moment c’est là il n’y a plus de volonté ou d’application, c’est pure peinture, quelque chose qui est là de soi-même
Mais quand la peinture est finie, il ya une déception…
Quand on peint depuis longtemps le sujet prend moins d’importance c’est la peinture elle-même, c’est peindre qui devient sujet, il faut être entre les deux, entre la liberté et la peinture, quel mot choisir pour dire cela ? je ne trouve pas de mot pour exprimer cela, mais à un moment donné on lâche tout, c’est une sensation vraiment physique cette jubilation, il ne s’agit pas d’être à un endroit clé du tableau, ni de réussir l’œil du personnage qui est très important, non, c’est Un Moment
On chemine et tout-à-coup quelque chose prend forme dans le tableau, on s’aperçoit quand cela tient le coup, quand le tableau commence à faire un effet, quand le personnage commence à échapper
C’est très intense…
C’est plutôt comme le puits sans fond, ce n’est pas vraiment la page blanche, c’est peut-être plus comme ce tableau que j’ai commencé sur fond entièrement noir et j’ai peint ensuite le blanc et le visage qui émerge de ce noir… il faut essayer de distinguer la lumière qui émerge de l’ombre, mais c’est une sensation réelle
Jo Vargas parle encore de sa peinture comme d’un rêve.
"Ce sont des images, des mots, comme une conversation avec soi-même qui n’est pas transmissible. C’est difficile de savoir ce qu’on fait quand on le fait, on ne sait pas comment ni pourquoi… La dernière expo, il y a avait comme un thème flottant dans chaque toile qui ne m’était pas apparu au premier abord : un thème flottant que je ne voulais pas peindre ni ne pouvais écarter. C’était comme un masque, un voile… comme au théâtre on a le lever du rideau…c’est le plissé de robe, le bas de la robe du personnage de Melancholia".
Jo Vargas, Peintures, à l’Espace des arts, jusqu’au 14 décembre, ouvert en visite libre, 9-12h, 14-19h.
S.B.
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