Chalon sur Saône
Divina, présentatrice étoilée de la télé, est menacée…Amanda Lear vient à sa rescousse
Publié le 25 Novembre 2014 à 09h05
Déjà d’attaque l’an dernier à Chalon-sur-Saône, la comédienne Amanda Lear y remettra le couvert le samedi 6 décembre. Elle nous avait à l’époque dépossédé de notre sinistrose de fort belle manière, pourquoi alors voudriez-vous qu’il n’en soit pas ainsi de nouveau, surtout qu’a fortiori on est encore dans le même ordre d’idées ? Interview pour info-chalon.com.
Avec un rôle au poil, elle n’a aucun mal à camper son personnage, Amanda, à l’examen de la frontière très ténue qui se fait jour entre celui-ci et ses différents statuts artistiques, dont l’un fait pencher la balance en faveur d’une présentatrice de télé hyper cathodique. Le hic, c’est que cette Claire Bartoli, alias Divina, qui règne sans partage depuis longtemps sur son émission, risque d’en perdre le monopole, ladite émission devant brutalement passer un beau jour de vie à trépas. D’où un entêtement pas possible au sein du petit écran afin qu’en aucun cas il ne soit question de chant du cygne…Amanda Lear s'extériorise avec son parler truculent et sans détour.
Avec un nom comme Divina, on devine déjà que l’on va côtoyer les hautes sphères ?
« Parce qu’en fait cette femme est la reine de la télévision, elle est insupportable, capricieuse, arrogante. Elle terrorise notamment les deux assistants, les piétine, les insulte. Elle est assez antipathique, décide de faire des pieds et des mains pour revenir sur le devant de la scène, quitte à accepter une petite émission humiliante. Il y a des tas de quiproquos et de rebondissements. C’est un double rôle : elle s’est créé un personnage, et elle se croit obligée d’interpréter ce personnage antipathique. Ca m’a plu de faire découvrir le côté humain. Dans le boulevard il y a plein de vannes, maintenant de jeunes auteurs de 30 ans cherchent à renouveler le genre. Ils ont décidé d’actualiser le boulevard. Pourquoi reprendre des pièces mythiques ? J’ai eu de la chance en jouant au meilleur Théâtre de Paris, celui des Variétés, en travaillant avec le metteur en scène de théâtre Nicolas Briançon, en étant habillée par Jean-Paul Gaultier. C’est une association de coups de cœur. Comme ça a été bien à Paris nous sommes partis en tournée. On a pris de vrais acteurs d’expérience, ce n’est pas un one-woman-show, il y a aussi Camille Hugues, Cédric Moreau, Andy Coq, Simon Oldani. C’est un bonheur, on se marre, c’est une famille en tournée. »
Présentatrice star de la télé, vous êtes plutôt dans votre élément, non ?
«Oui, Nicolas Briançon a pensé à moi. Je n’ai pas eu la malchance de Divina, mais ce sont les nouvelles moeurs de la télé, avec des victimes comme Courbet, Poivre d’Arvor…très barbares et très violentes. Ce sont tellement de petites marionnettes en carton qui n’existent que si on les voit ! C’est un univers très cruel, où chacun fait des sourires, et donne des coups de poing… »
Si ce qui pend au nez de Divina se réalisait véritablement, soit cette éviction du paysage audiovisuel, seriez-vous touchée en profondeur ?
« J’ai compris une fois pour toutes que la télé ce n’est pas pour moi. C’est nul de chez nul, et pas qu’en France d’ailleurs, j’ai pu me faire une idée après avoir pris part à différentes émissions dans des pays d’Europe. A quoi ça ressemble cette téléréalité avec ces gens qui s’insultent ? Avant, on y allait pour parler de sa pièce, son livre, etc. Le théâtre, j’ai hésité, et je le regrette. Si je revenais sur le petit écran, ça serait par exemple en tant qu’actrice dans une série télé. »
Cette élégance que vous exhalez, est-elle naturelle ou très travaillée pour un capital sympathie bonifié ?
« J’ai été mannequin, et depuis des années je connais bien le milieu de la mode. J’ai la chance en outre d’être habillée par de grands couturiers. On peut faire rire avec élégance grâce à des mots, des paroles. On n’est pas obligé de trébucher, tomber par terre, pour le déclencher. »
Chanteuse, actrice, animatrice de télé, artiste peintre, auteur, polyglotte (avec cinq langues parlées), c’est : « N’en jetez plus, la cour est pleine », ou reste-t-il des poches de résistance ?
«Loin de là. On a envie de communiquer des émotions, des sentiments, vouloir partager avec des gens, quel que soit le média. J’ai fait un peu de tout en privilégiant la peinture, puis la chanson, puis le métier d’actrice. Le public m’a accepté comme actrice, mais est-ce qu’il m’accepterait avec des choses plus dramatiques comme Racine, Shakespeare ? J’ai très, très envie de tourner un film aussi. Il ne faut jamais être blasé, mais se remettre en question. »
Dans votre fonction de comédienne, est-il plus important pour vous de faire rire que n’importe quoi d’autre ?
« Non, ce n’est pas tellement de faire rire. A Paris le public est plus difficile, pas en province, où les gens sont sympas. La victoire, c’est le soir quand les gens n’avaient pas envie de venir, et qu’à la fin ils sourient. Alors là je me dis que je les ai eus au sens noble du terme. On est contents. »
Vous n’avez plus rien à prouver. Quelle est votre carotte pour continuer d’avancer ?
« Je m’ennuie très vite, je me lasse de tout. Ce qui m’intéresse, c’est de faire de nouvelles choses. On a tout le temps envie de créer, fréquenter des créateurs, ça me motive beaucoup. Autrement, c’est le ronron. Dans ce métier, on peut rester longtemps. »
De quoi se compose autrement votre présent artistique, et se composera dans un futur plus ou moins proche ?
« Je vais commencer la pièce de Palmade faite spécialement pour moi, j’aurai des galas à gauche et à droite, comme à Berlin, une télé en Italie, le jour de l’An je chanterai à New York…le calendrier se remplit peu à peu. »
Vous étiez à Chalon-sur-Saône le 28 mars 2013 avec Lady Oscar, vous y revenez en 2014 avec Divina. Que réserve 2015 aux Chalonnais en vertu du fameux « Jamais deux sans trois » ?
«Tout dépend, on verra, peut-être tomberai-je amoureuse là bas…? » (rires)
Etes-vous plus sensible aux louanges qu’aux critiques, voire offenses ?
« Ni aux unes, ni aux autres. Je fais mon petit train-train, j’écoute mon metteur en scène. Les gens ne connaissent pas la demi-mesure. Il faut tout voir avec un certain recul, de l’humilité, de la modestie. Je ne suis pas responsable, il ne faut surtout pas se la jouer. »
Pour être tuyauté
La pièce de Jean Robert-Charrier, portée par Pascal Legros Productions, accueillie par A Chalon Spectacles, sera jouée le samedi 6 décembre à 20h, à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône. Billetterie : A Chalon Spectacles au 03.85.46.65.89 ; www.lestheatrales.com/www.achalon.com
Michel Poiriault
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