Cinéma

Pour Boris Lojkine, venu présenter Hope à Chalon-sur-Saône, « le cinéma, c’est une super agence de voyage »  

Pour Boris Lojkine, venu présenter Hope à Chalon-sur-Saône, « le cinéma, c’est une super agence de voyage »  

Boris Lojkine vient de réaliser son premier long métrage de fiction avec Hope*, sorti en salle le 28 janvier dernier. Il est venu présenter son travail jeudi 19 février au soir au cinéma Axel de Chalon-sur-Saône dans le cadre d’une projection organisée par La bobine. 

« Il faut courir ce jour-là pour ne plus jamais courir de toute ta vie ». Les migrants qui ont atteint Melilla croient en un Eden européen – « Là-bas c’est un vrai jardin botanique ! » - et sont prêts à endurer encore quelques souffrances pour atteindre leur rêve. Quelques souffrances encore… car ce qu’ils ont vécu auparavant, quel que soit leur pays d’origine, quelle que soit la distance parcourue pour arriver à la frontière de cette enclave espagnole au Maroc, est loin de ressembler à un de ces voyages qui forment la jeunesse ! Ce qu’ils ont vécu ? La peur, la faim, l’épuisement de la traversée du désert, la prostitution, le viol, la rencontre de bandits et trafiquants en tous genres, les ghettos organisés par nationalités, les passeurs… Ils sont encore prêts à se blesser en escaladant les grillages, prêts à risquer leur vie pour traverser la mer en barque. De telles traversées ont fait « 5000 morts l’an dernier » nous précise Boris Lojkine. Ils affrontent cela malgré tout car ils sont, pour beaucoup, « l’espoir de toute une famille ». Le réalisateur explique que, alors que pendant ce voyage ils sont traités de façon inhumaine, « ils se voient comme des aventuriers. Ils partent à la conquête avec le sentiment qu’ils sont en train de prendre en main leur destin. Partir pour se chercher »

 

L’histoire que raconte Boris Lojkine avec son premier film de fiction, lui qui est entré dans le monde du cinéma par le documentaire, est celle de Hope, jeune nigérienne, et de Léonard, Camerounais, qui font route ensemble pour atteindre Melilla et tenter de passer en Europe. Si l’histoire de ces voyageurs amoureux est une fiction, tout le film raconte cette réalité bien difficile à regarder en face.

 

Hope a été réalisé avec des acteurs non professionnels, de vrais migrants, d’ex-bandits, d’ex-maquereaux et même un ancien chairman (sorte de parrain d’une communauté) pour donner à voir un tableau au plus proche de la réalité. « J’ai été frappé par la dimension communautaire de l’organisation du voyage et de ses règles fondamentales […] les nigérians sont très organisés, ce sont eux qui ont inventé le système des ghettos et des chairmen ». Certaines de ces règles se sont même appliquées au tournage du film puisque deux passeports ont été achetés pour les acteurs principaux et que des faux papiers ont été loués.

 

A l’instar de Quentin Tarantino qui pense que l’on apprend la vie dans les films, pour Boris Lojkine : « le cinéma, c’est une super agence de voyage ».

 

Info-chalon.com vous recommande ce voyage pour mieux comprendre le parcours des migrants.

 

M.B.

 

* 2015. Durée : 1h31

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19550307&cfilm=228466.html