Opinion de gauche

Le problème, c’est l’abstention.

L’unanimisme républicain des « Charlie » du 13 janvier n’aura duré que quelques jours. A peine les fleurs fanées, les résultats de la législative partielle du Doubs, le vote à coup de 49.3 de la loi Macron, les dérapages des lepénistes et les provocations de l’ex- président n’ont étonné personne.

Le FN est à droite, bien à droite. Il bénéficie du discours conservateur d’un ex-président cerné par les affaires et les traitrises de ses propres amis, et, tout autant, de la panne de projets progressistes d’une majorité engluée dans ses errances économiques et ses turpitudes idéologiques.

A ceux qui à droite, épousent la thèse de la guerre des civilisations, du retour à l’ordre ancien, du toujours plus de libéralisme dévastateur, du repli sur la nation, répondons que les résultats sont prévisibles : déclin assuré, austérité renforcée pour le plus grand nombre, inégalités accrues…portefeuille engraissé pour les nantis et les rentiers.

A ceux qui à gauche, suggèrent de suivre une ligne sociale-libérale, la main sur le cœur, en clamant sans cesse des valeurs progressistes, répondons que le social-libéralisme « blairiste » n’a pas fait mieux que l’ultralibéralisme « thatchérien ». Le toujours plus sécuritaire comme le toujours plus libéral ne sont que deux mamelles empoisonnées pour la population.

Le FN et les partis de la droite traditionnelle ne posent pas les bonnes questions et ne peuvent donc pas apporter les bonnes réponses. La gauche gouvernementale réfléchit avec des valeurs mais applique une politique tiraillée entre la soi-disant modernité marchande et la nostalgie démocratique du siècle dernier.

Que faire ? La réponse doit se situer sur le terrain du « bien vivre ensemble » et du progrès humain. La période qui s’ouvre doit être celle de la confrontation démocratique des idées. La ligne de fracture doit être visible et expliquée, elle se dessine autour de deux grandes logiques : l’une sécuritaire, raciste, conservatrice, ultralibérale, et au bout du compte suicidaire, l’autre émancipatrice, démocratique, progressiste, sociale et fraternelle. La gauche du peuple a tout à gagner de cette confrontation démocratique.

Rien n’est joué. Le vote est un moyen de s’exprimer. Le 22 mars, pour les élections départementales, une première occasion est donnée pour faire reculer les peurs, le conservatisme, et la barbarie. Comme écrivait Stéphane Essel : «Appelons à une insurrection pacifique contre ceux qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous ». 

Le 3 mars 2015

Lucien Matron