Cinéma
« Insecticide mon amour » ou la lutte contre la flavescence dorée .. Info-chalon.com est allé à la rencontre du réalisateur
Publié le 16 Avril 2015 à 21h58
« Insecticide mon amour ». C’est le nom du documentaire réalisé par Guillaume Bodin, 28 ans, ancien ouvrier viticole en Saône-et-Loire. Au moment des premiers traitements obligatoires par arrêté préfectoral, contre la flavescence dorée en 2013, il était au cœur des vignes et a voulu en savoir plus. Un film aux accents militants mais qui pose de pertinentes questions. Cinquante-deux minutes documentées, qui ne manqueront pas d’intéresser les Saône-et-Loiriens. Et de relancer le débat. Projection le mardi 14 juin à 20h à l'Axel en présence du réalisateur.
Le jeune homme est déjà l’auteur d’un premier film sur la biodynamie, « La clef du terroir ». Après une formation en viticulture au lycée agricole Lucie-Aubrac de Davayé, il a œuvré dans plusieurs domaines du département. Après 2013, il renonce à travailler dans les vignes. Son film, entièrement autoproduit, lui a demandé deux ans d’efforts. Il a interviewé une trentaine de scientifiques, spécialistes des pesticides, agronomes, responsables syndicaux et vignerons. Le préfet de Saône-et-Loire a annulé trois fois un rendez-vous. On voit des défenseurs de l’environnement déplorer l’arsenal « anti-terroriste déployé contre la nature ». Un vigneron à la frontière du Rhône et de la Saône-et-Loire traverse la route entre des rangées de Gamay qui recevront du produit et d’autres qui n’en auront pas. On écoute Emmanuel Giboulot, le viticulteur cote-d’orien devenu icône de la lutte anti-insecticides expliquer pourquoi il a refusé de traiter. Un jeune ouvrier évoque ses nausées. Autant de témoignages, pas tous à charge, mais planent, chez tous les interlocuteurs, des doutes sur la solution imposée en 2013 par la préfecture. InfoChalon a rencontré Guillaume Bodin, « vigneron sans vignes » mais caméra au poing.
Comment vous est venue l’idée de ce documentaire sur ce pan d’histoire agricole récente ?
A l’apparition des foyers de flavescence dorée en 2011 et plus tard en 2013, je travaillais et j’habitais dans les vignes, dans le Mâconnais. Quand les traitements obligatoires d’insecticide ont commencé en 2013, les pulvérisations pour anéantir la cicadelle, l’insecte vecteur de la maladie, nous en avons subi directement les conséquences. J’avais des migraines, des saignements de nez, l’odeur particulière du produit nous dérangeait. J’ai voulu en savoir plus sur les insecticides, j’ai commencé à me documenter, car cela suscitait beaucoup de débats dans le milieu agricole et rural. Je faisais beaucoup d’escalade le soir à Vergisson ou Solutré et là, je ne pouvais plus pendant la période de traitement.
On a imposé aux agriculteurs un produit sans mesurer le risque pour les insectes utiles, la faune, la flore ou même nous. Je me souviens avoir lu que le traitement n’aurait aucun impact sur la vigne et le vin dans la presse à l’époque, mais je me suis posé des questions. On n’a pas évoqué la santé publique au moment du traitement imposé. Il y avait peu d’information, notamment envers ceux, touristes et usagers de la voie verte par exemple, qui se déplaçaient à proximité des vignes à ce moment-là. Pour moi, cela a aussi été l’objet d’une prise de conscience comme professionnel de la viticulture. Je suis désormais membre d’associations comme Générations Futures ou Phyto-Victimes. Même si, à titre personnel, je n’ai jamais réalisé d’épandage, je m’interroge. Après l’épandage d’un produit, il est interdit pendant 24 h ou 48 h de travailler dans les rangs. Le voisin de votre parcelle, surtout dans des domaines hyper morcelés comme en Saône-et-Loire, a en revanche peut être traitée la sienne quelques heures avant. Pour moi, cela ne donne pas une belle image de la Bourgogne. Le travail d’information sur le terrain était très peu existant.
Qu’avez-vous appris en réalisant « Insecticide mon amour »?
Je me demande si un traitement ciblé autour des ceps et domaines malades, à Plottes, ou Cruzilles, des foyers identifiés de la maladie n’aurait pas suffi sans lancer un traitement préventif imposé à tous. On ne savait pas si la maladie était là, mais au cas où on a traité... Le risque est grand de perdre le vignoble car cette maladie est grave mais je m’interroge toujours sur la méthode choisie et ses conséquences. Je ne suis pas le seul. A l’époque, beaucoup m’ont encouragé à faire un film sur le sujet. Dans certaines régions, cela fait quinze ans qu’ils traitent chimiquement et la flavescence n’est toujours pas éradiquée. Certains professionnels achètent les produits pour être en règle mais, peu convaincus, ne vaporisent pas. C’est une façon de résister. »
« Insecticide mon amour », disponible en vidéo à la demande depuis le 8 avril sur le site des éditions Montparnasse. On peut le louer pour 30 jours pour 1€ et le partager avec un ami. Une maigre dépense qui vaut largement le coup d’œil.
http://www.montparnassevod.fr/movie/insecticide-mon-amour
Florence Genestier
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