Chalon sur Saône

Tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône - Dérapage inquiétant sur internet

Tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône - Dérapage inquiétant sur internet

Piégé par une section spécialisée de la gendarmerie qui recherche des comportements pédophiles sur internet, ce quinquagénaire était poursuivi vendredi matin pour « propositions sexuelles faites à un mineur de quinze ans par un majeur utilisant un moyen de communication électronique ». Un délit rare.

Il n’a toujours pas compris pourquoi il a fait ça. Cheveux poivre et sel et moustache soignée, le prévenu qui comparaît face à une collégiale de femmes transpire la honte. Parfois, ce sentiment le paralyse. En janvier 2014, Arnaud (prénom changé) fréquente des sites internet de rencontres. Il engage la conversation avec une certaine Sybille71, qui au bout de quelques échanges, lui annonce qu’elle a en fait treize ans et vit à Autun. Loin d’être découragé, Arnaud pose des questions indiscrètes sur l’aspect du corps de la jeune fille, développement de la poitrine et du système pileux sur le pubis compris. Il s’enquiert aussi de son expérience en matière sexuelle. Et Sybille répond. Enfin, l’avatar Syblle71 qui cache en fait un cybermilitaire avisé. Un rendez-vous est envisagé, mais malgré quelques « chats » supplémentaires, Arnaud semble avoir réfléchi et ne donne pas suite. Les poursuites sont tout de même lancées car la teneur des propos échangés inquiète la maréchaussée.

La situation se complique pour Arnaud. Il s’est en effet connecté depuis son lieu de travail et quand les cyberenquêteurs identifient l’adresse IP de l’utilisateur commence un processus qui coûte, à quelques trimestres de la retraite, sa place à l’internaute mal inspiré. Faute professionnelle. Identifié et placé en garde-à-vue, sa femme est interrogée par les enquêteurs. Jamais de sa vie, Arnaud n’a eu de tendance perverse  ou pédophile. Il reconnaît quelques aventures extra-conjugales, facilitées par le net, ces dernières années. « Dans mon esprit, je ne pensais pas discuter avec une mineure, articule Arnaud. J’ai joué le jeu à fond. Je ne voulais que du virtuel.» La présidente Cécile Therme lui rappelle alors qu’il a donné son numéro de téléphone et envisagé un rendez-vous avec une interlocutrice qui disait avoir treize ans. Arnaud se tortille à la barre, il reconnaît les faits reprochés mais affirme qu’il ne voulait pas ça exactement. Une attitude qui agace la présidente : « Vous ergotez sur des détails. Je n’ai pas forcément envie de lire en audience publique vos dialogues qui sont très crus... Si vous êtes là, assumez ce que vous avez fait ! Vous voyez bien que ces faits  sont graves, non seulement pour ce qu’ils représentent mais aussi par rapport aux conséquences sur votre vie personnelle». Depuis la révélation des faits, Arnaud a perdu son travail, doit composer avec son épouse qui ne l’a pas quitté mais « c’est compliqué ». L’expert psychiatre, dans son rapport souligne qu’il n’a pas l’air d’avoir compris ce qu’il a fait. Un point qui intrigue le tribunal. Le parquet requiert 12 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve, l’inscription au fichier des délinquants sexuels, une interdiction d’entrer en contact avec des mineurs et une obligation de soins. « On a l’impression que monsieur n’assume pas ses responsabilités » interroge le ministère public. Pour la défense, assurée par Me Anne-Virginie Labaune, le dossier d’Arnaud est un « dossier qui dérange. Il n’y a pas de vraie victime en face. C’est quelqu’un qui a eu une vie bien rangée, n’a jamais eu affaire à la justice, en manque d’épanouissement personnel. Il n’a jamais été attiré par les mineurs ». La Mâconnaise plaide la diminution du quantum de la peine requise et demande si l’inscription au fichier spécialisé est bien indispensable.

Le tribunal a condamné Arnaud à six mois de prison avec sursis et une mise à l’épreuve de deux ans, l’obligation d’avertir le tribunal à chaque changement d’adresse, l’interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs et a beaucoup insisté sur l’obligation d’un suivi psychologique.

Florence Genestier