Faits divers
Une rixe à Chalon qui se termine par une interdiction de territoire pour un jeune syrien
Publié le 24 Août 2017 à 23h05
Il a 18 ans depuis le mois de février. Il est né en Syrie, il est arrivé en France en 2013. Il a fui son pays par la Lybie, puis l’Italie, puis il a réussi à gagner Paris, parce qu’une de ses tantes y vivait. Il est orphelin de père, sa mère est toujours au pays. Il dit s’appeler Sanfou S. et il a participé à Chalon by night dans la nuit de lundi à mardi.
Cette nuit-là la police est appelée rue Edouard Benes pour une rixe entre plusieurs personnes. Les policiers voient un homme torse nu, très énervé, qui court après une Alfa Roméo puis qui se ravise pour se jeter tous poings dehors sur un homme vêtu de blanc, un homme déjà blessé qui saigne abondamment. On arrête le jeune forcené et on le place en garde à vue. Sur lui : 5,62 grammes de résine de cannabis. Il est alcoolisé et a déclaré s’appeler « Sassi Emen », et être tunisien, sauf que ses empreintes correspondent à une autre identité, alors naturellement c’est mal emmanché pour le jeune homme sans papiers à l’aube de sa majorité, et qui n’a entamé aucune démarche de régularisation.
Les policiers trouvent un couteau et une arme de poing dans une encoignure sur les lieux de la rixe, le couteau est imputé au jeune syrien (et avec lui, la blessure au bras de la victime), mais aucune analyse ne vient corroborer ce lien, et Sanfou conteste fermement avoir détenu le moindre couteau.
Comme si cela ne suffisait pas, les forces de l’ordre recherchent à quoi peut bien correspondre le tatouage du jeune homme, « ACAB », et trouvent que ça pourrait être l’acronyme d’une phrase en anglais qui signifierait « Tous les flics sont des bâtards ». « Rien à voir, répond le prévenu, j’étais supporter d’une équipe de foot quand j’étais petit », et il donne le nom de l’équipe mais le problème finalement n’est pas vraiment là.
Le problème pour lui c’est que le parquet va le charger jusqu’à la lie. En dépit du fait que « les précautions d’usages n’ont pas été prises pour le couteau, car la police était affairée », la vice-procureur Saenz-Cobo est bien convaincue que c’est celui de Sanfou, et qu’il s’en est servi. Elle pense même que ce prénom-là lui va bien puisqu’il s’en fout, du tribunal. « J’affirme qu’il ne dit pas la vérité », « je pense qu’il était là pour faire une transaction de produits stupéfiants » (ce qui change le consommateur en trafiquant), « je ne vois pas pourquoi on devrait s’embarrasser de monsieur S. qui ne respecte rien ni personne ». Elle requiert 18 mois de prison et la révocation d’un sursis de 6 mois prononcé à Paris, son maintien en détention « compte-tenu de sa situation irrégulière », et enfin, une interdiction du territoire : « Les Syriens, on ne les renvoie pas parce que c’est trop dangereux, alors que les tunisiens, les marocains, on le peut. On peut s’assurer de son origine, comme font les préfectures, avec quelques questions bien senties ».
Maître Jérôme Duquennoy revient sur la description de la scène telle que la police l’a faite (la victime était déjà blessée), rappelle le défaut de preuves quant au couteau, et que 5 grammes de cannabis ne signalent pas un trafiquant. Il insiste enfin sur le fait que la victime elle-même n’est pas claire du tout dans ses déclarations, qu’elle va jusqu’à nier la présence d’un homme sur les lieux, un homme pourtant que la police connaît et a donc reconnu.
Mais le problème c’est que Sanfou dit parfois s’appeler Sassi, qu’il n’a pas de papiers, pas d’attache connue et avérée, qu’il a déjà 1 mention à son casier.
Décision du tribunal
Le jeune majeur syrien est condamné à 12 mois de prison, plus à 6 mois (révocation du sursis antérieur), soit 18 mois avec maintien en détention, puis à une interdiction du territoire de 5 ans.
Personne dans la salle pour lui, pas d’effets personnels à son intention, il repart discrètement avec l’escorte, aussi discrètement que son sort vient de se jouer.
F. Saint-Arroman
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