Journée Internationale des droits des femmes
Femmes à l'honneur [Portrait 1] - Caty Fournier
Publié le 08 Mars 2018 à 06h00
Traductrice / interprète depuis 12 ans, diplômée sur le tard, devenue membre du Chartered Institute of Linguists, son parcours professionnel est passé par bien des milieux, des initiatives, des structures et des pays...
Caty, parlez-nous de vous et de votre parcours ?
Née en 1963, je suis arrivée à Chalon en 2001 après un nombre incalculable de déménagements, en France, en Angleterre, en Italie. Une multitude de départs en voyages, certains de longue durée. Mes points de repère dans la vie sont humains et géographiques ; le cadre et la stabilité se trouvent chez moi, à l'intérieur. Des formations toute ma vie, en fonction de mes attirances ou de mes besoins professionnels : l'art de la traduction bien sûr mais aussi l'art contemporain, le marketing ou la mécanique poids lourds... Ce parcours enrichissant est aujourd'hui ma force et ma fragilité. Toutes mes expériences professionnelles ont cependant un lien avec le voyage, les échanges internationaux ou les arts. Engagée dans la défense des droits humains et sensible à la protection des plus faibles. Maman comblée.
Que représente pour vous la journée internationale des droits des femmes ?
Le simple fait qu'elle ait lieu en dit long et me désespère. Nous avons même un secrétariat d'état chargé de l'affaire ! Dans ma vie de tous les jours, ma condition en tant que femme n'est pas un sujet, je passe outre. Pourtant, chaque jour me rappelle à l'ordre, encore et toujours. Je rêve du jour où elle sera supprimée pour obsolescence...
Au cours de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu ou avez-vous été témoin d'inégalités hommes/femmes ?
Bien sûr. À mon âge, quiconque affirmerait le contraire aurait traversé sa vie les yeux bandés et les oreilles bouchées.
Depuis ces dernières années, les politiques tentent de prendre à bras le corps ce problème, la mise en place de la parité vous a-t-elle semblé être une bonne mesure ?
À titre d'aide à la prise de conscience peut-être. C'est pour moi bien en amont que les choses se jouent. Une fois de plus, le simple fait d'imposer la parité me semble inouï.
Pensez-vous que l'image et la place de la femme dans la société française aient évolué ?
Au cours des siècles, oui. Sur une période plus récente, bien moins.
Être une femme a-t-il déjà été pour vous un handicap ? Une force ?
Les deux parfois, à tour de rôle. La plupart du temps je n'y pense pas.
Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ?
C'est techniquement plus facile maintenant que mes filles sont adultes. L'équilibre entre ces deux composantes majeures de la vie reste néanmoins un réel challenge.
Quelle est la phrase que vous aimeriez ne plus entendre ?
Une phrase qui ne m'est maintenant plus destinée : "Madame ou Mademoiselle ?"
Quelle est votre devise ou votre philosophie ?
Continuer à vivre le mieux possible avec ce que l'on est, là où l'on se sent le mieux.
Que défendez-vous et que voulez-vous transmettre ?
L'ouverture sur le monde, les mélanges de genres, la liberté de choix, l'amour...
Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Le meilleur que vous ayez donné ?
On peut toujours transformer positivement les choses.
Quelle est ou quelles sont les femmes qui vous ont le plus influencée ?
Mes filles ! Plus que des influences, des repères, des inspirations, des sources d'amour, d'apprentissage et de réflexion. Des interlocutrices de premier ordre, qui ont alimenté ma pensée au quotidien, depuis plusieurs décennies maintenant.
De nombreuses actrices ont pris la parole ces derniers mois, qu'a suscité chez vous l'affaire Weinstein ?
On en revient à votre première question. Même si certains critiquent le côté buzz de cette affaire, elle nous rappelle bien à l'ordre sur le fond.
Comprenez-vous que certaines femmes n'aient pas voulu s'exprimer sur le sujet, comme certaines victimes qui ne veulent pas porter plainte alors qu'elles subissent des violences conjugales ?
Absolument. Il faut être extrêmement entourée et soutenue pour pouvoir le faire. Ce type de violence détruit toute confiance en soi et force souvent au repli.
Qu'avez-vous pensé du #balancetonporc en France ou #MeToo lancé aux États-Unis ?
Je pense que des réactions exacerbées sont toujours à attendre de situations inacceptables. Et dans un monde peu enclin à la réflexion, ce sont ces mouvements qui feront peut-être avancer les choses.
... D'autres initiatives, comme le mouvement Time's Up (un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel) initié entre autres par Natalie Portman et Jessica Chastain ?
Toute initiative en ce sens a lieu d'être.
Chef, cheffe, auteur, auteure, autrice, madame le sénateur, madame la sénatrice... que pensez-vous de la féminisation de certaines professions et de l'écriture inclusive ?
En tant que traductrice, je suis confrontée à ces choix en permanence. Pourquoi pas les néologismes et les adaptations ? Je suis pour, quand le sens et je dirais même le bon sens, ne s'y perdent pas. Par ailleurs, notre langue est ainsi faite, tout est féminin ou masculin, faudrait-il alors y introduire un genre neutre ? On n'en finit plus. C'est une question d'ordre technique, et ce n'est pas changer le genre des choses qui fera changer les choses du genre ! En l'espèce, pour moi, les vrais combats sont ailleurs.
Que pensez-vous des féministes ?
Je pourrais vous dire instinctivement : Elles ont jalonné l'histoire, partout, sans cesse. Elles sont nos repères de femmes. Mais voilà un bel exemple où la linguistique pourrait agir sur notre inconscient collectif. J'aimerais que l'on dise des féministes qu'ILS ont jalonné l'histoire, qu'ILS sont nos repères à tous. En France, le féminisme manque sérieusement d'hommes !
Homme/femme, un message pour un "mieux vivre ensemble" ?
Le féminisme n'est pas une affaire de femmes, tout comme l'ostracisme n'est pas l'affaire des minorités. Le "mieux vivre ensemble" ne peut être que l'affaire de tous.
Propos recueillis par SBR - Photo : SBR
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